Saisie d’héroïne et de haschisch: pleins feux sur Niresh Gurroby, celui qui n’a pas été arrêté

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Le terrain à Pointe-aux-Cannoniers sur lequel la drogue, d’une valeur de plus de Rs 3 milliards, a été déterrée par les éléments de l’ADSU, dimanche.

Le terrain à Pointe-aux-Cannoniers sur lequel la drogue, d’une valeur de plus de Rs 3 milliards, a été déterrée par les éléments de l’ADSU, dimanche.

Ritesh Gurroby est-il un «petit poisson», dans le trafic de drogue saisie dimanche, comme veulent le faire croire certains ? Dans la vente de poissons, il vient certes de commencer à nager dans les grandes eaux. En tout cas, toute autre est l’histoire du frère aîné, Niresh, soupçonné d’être celui qui va, à bord de puissantes vedettes, recueillir des colis en haute mer de ces étranges navires qui rôdent autour de nos côtes, prétextant une panne ou autre besoin de faire du «bunkering». Retour sur la journée de dimanche.

Saisie record sur le territoire mauricien dimanche. 243,45 kg d’héroïne et 26 kg de résine de cannabis – d’une valeur de plus de Rs 3 milliards – sont retrouvées enfouies dans le sable à différents endroits sur un terrain à Club Med Road, Pointe-aux Canonniers. Le terrain occupé par Ritesh Gurroby est gardé par Siwdanand Rawah, un vigile de 37 ans habitant Petit-Raffray. Arrêté, Ritesh Gurroby fait valoir son droit au silence.

La police apprend, cependant, que ce directeur d’une compagnie de pêche s’est rendu sur le terrain en question durant la semaine en compagnie de trois personnes portant toutes des sacs. Les policiers de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) surveillaient Ritesh Gurroby depuis plusieurs jours car ils le soupçonnaient d’être mêlé au trafic de drogue. Il est appelé à se présenter sur le terrain de Pointe-aux Canonniers pour ouvrir le conteneur où une fouille sera effectuée. Il est arrêté quand la drogue est découverte non dans le conteneur mais sous le sable. Il répond d’une charge provisoire de trafic de drogue.

Pierres précieuses, devises étrangères, chevaux…

Ritesh Gurroby est arrêté le 11 février sous une accusation provisoire de blanchiment d’argent lorsque l’équipe de l’inspecteur Lepois de la Metropolitan Division met la main sur un sac à son domicile contenant des devises étrangères d’une valeur de Rs 443 150. Il était en liberté provisoire avant qu’il ne soit arrêté à nouveau dimanche à Pointe-aux Canonniers. Nitesh Gurroby, le troisième frère, fait aussi objet d’une inculpation provisoire de blanchiment d’argent et il était en liberté provisoire après son arrestation du 11 février.

Après cette fouille à Grand-Baie, les limiers de l’ADSU s’étaient rendus à Congomah, chez Dhaneshwar Sookalee, où un coffrefort sous une structure en bois est retrouvé. Sookalee a alors expliqué que le coffre-fort appartenait à Nitesh Gurroby, son beau-frère. Une fois le coffre-fort ouvert, plusieurs sacs d’argent en devises étrangères d’une valeur dépassant Rs 7 millions sont découverts ainsi qu’un pistolet paralysant avec le mot police inscrit dessus. Nitish Gurroby et Dhaneshwar Sookalee sont arrêtés et emmenés au quartier général de l’ADSU. Mais ce n’est pas tout, des pierres précieuses et des gold coins sont aussi retrouvées. Un autre pistolet paralysant, toujours avec l’inscription police, est aussi saisi chez Dhaneswar Sookalee.

La police soupçonne les frères Gurroby de faire du blanchiment d’argent en achetant des pierres précieuses, des devises étrangères mais aussi à travers les courses hippiques. Nitesh Gurroby serait propriétaire de chevaux et possède 10 % d’actions chez l’entraîneur Amar Sewdyal. Nous avons contacté ce dernier, qui nous a expliqué que tous ses documents et dossiers sont en règle.

Le fugitif

Lors de cette arrestation du 11 février, l’aîné des frères, Niresh, a pu prendre la poudre d’escampette et la police le recherche toujours. Il sera interpellé  alors qu’il se trouvait dans une villa à la Balise Marina, il y a quelques semaines. Rs 500 000 ont été retrouvées sur lui mais, comme il a pu expliquer l’origine de cette somme en liquide, la police n’a pas objecté à sa remise en liberté conditionnelle. Aucun soupçon de trafic de drogue ne pesait sur lui. Une Jaguar retrouvée toujours à la Balise Marina qu’il conduisait, selon des informations reçues, n’a pu être saisie car les papiers ne prouvaient pas qu’elle lui appartenait. En fait, les frères Gurroby auraient à leur disposition une flotte d’au moins 12 voitures neuves, rien que des BMW, Mercedes, Jaguar, Ford 4 X 4 et autres joujoux. Selon les proches de la famille, ces voitures sont en fait louées à des touristes fortunés. La commission anticorruption (ICAC) enquête, dit-on.

De Baie-du-Tombeau à la Balise Marina

Niresh serait celui des trois frères qui serait engagé dans le trafic de drogue depuis plusieurs années. Il serait devenu délinquant dès son plus jeune âge et il aurait été, pour cette raison, banni du toit familial à Grand-Baie, son père lui interdisant même l’accès à leur commerce familial de poisson. Niresh aurait alors élu domicile à Baie-du-Tombeau, où de délinquant, il serait devenu trafiquant. Après huit ans, Niresh est revenu au bercail. Est-ce son argent que l’on a saisi chez ses deux frères le 11 février ?

Yacht pour hauts gradés et super conseiller

Niresh posséderait plusieurs yachts portant tous le doux nom de Thalassa 1,2,3 etc. qui invitent au voyage au large et à la pêche au gros. Il détiendrait un permis touristique mais on l’a rarement vu promener des touristes. En revanche, ce que l’on a bien remarqué, c’est que Niresh réservait ses sorties à des chefs de l’ADSU, de la National Coast Guard, de la police et même à un super conseiller de ministre, qui avait d’ailleurs avoué sa passion pour la pêche au gros. De poisson, s’entend. Le père d’un ministre aurait aussi des liens très étroits avec la famille Gurroby.

Du gandia à l’héroine

Et le patriarche Babul ? Il ne serait pas en reste. Il a déjà été condamné à payer Rs 1 million en amende après que des membres de l’ADSU ont déraciné 250 plants de gandia cultivés par Babul. C’est lui qui a démarré le business de poisson. La famille a une usine à Bonair Road, Triolet, où elle emploie une dizaine de personnes qui conditionnent le poisson pour la vente. Les Gurroby possèdent également une glacière à Koyratty. Une boutique flambant neuve vient d’être inaugurée à Triolet, spécialisée dans la vente de produits de mer. Cette famille s’est fait connaître aussi à St-Brandon. Armés de leurs permis de pêche, les Gurroby et leurs marins malgaches sont soupçonnés non seulement d’être parmi ceux qui ont raclé les fonds de ce lagon mais aussi d’avoir transformé l’île en poubelle.

Ritesh Versus Prem Koonjoo

En tout cas, il semble que toute la situation ait été régularisée par le nouveau ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo. Celui-ci leur aurait accordé des permis pour la pêche sur les bancs des îles éloignées et en haute mer même si son prédécesseur, Prem Koonjoo, avait toujours imposé un refus catégorique à leurs demandes, en raison du mauvais état des bateaux de pêche que les Gurroby avaient achetés dans des ventes à l’encan. Les relations étaient tellement mauvaises entre Prem Koonjoo et les Gurroby qu’une rencontre entre eux s’était terminée au poste de police. Nous avons demandé au ministre Maudhoo s’il est vrai qu’il a accordé ces permis si généreusement sans faire le regardant sur l’état des navires. Et s’il connaît les Gurroby. Réponse : il faut qu’il vérifie !

Pêche à la drogue ?

Ce sont surtout des permis de pêche hauturière qui intriguent. Selon nos informations, Niresh Gurroby s’est spécialisé dans une drôle de pêche. À l’aide de vedettes rapides, il allait à la rencontre de navires croisant en haute mer à parfois 30 à 40 km de nos côtes pour prendre livraison de poissons pêchés légalement et illégalement par les navires pilleurs d’océans, et aussi de drogue. Si les produits de la mer étaient acheminés vers les usines opérées par la fratrie avec laquelle il s’est réconcilié, les autres produits étaient débarqués un peu partout dans le Nord.

Et les garde-côtes et garde-pêche dans tout cela ? On ne sait pas s’ils n’avaient pas les moyens de surveiller ces vedettes trop rapides pour eux ou s’ils ont regardé ailleurs. Même les produits de mer rapportés par les Gurroby n’étaient, semble-t-il, pas légaux. On nous parle de bébés langoustes et de bébés poulpes (ourite). Or, ils n’ont jamais été inquiétés même si des photos de prises illicites ont été envoyées aux autorités.

Selon Me Rama Valayden, l’avocat de Ritesh Gurroby, l’arrestation de dimanche a été rendue possible quand son client s’est rendu volontairement à la police. L’homme de loi demande que les caméras se trouvant sur les lieux soient examinées pour découvrir la vérité. Ritesh Gurroby est-il concerné par ces saisies de drogue même indirectement à travers son frère ou toute autre personne ? La police s’acharne-t-elle sur lui ou est-elle en présence d’éléments lui permettant de le soupçonner d’être impliqué dans le trafic d’héroïne ? Deux ans de cela, le même Ritesh était à côté d’Alain Laridon pour dénoncer la brutalité policière et l’arrestation arbitraire dont il aurait été victime.

Le DCP Choolun Bhojoo: «Une coopération régionale a abouti à cette grosse saisie»

Le DCP Choolun Bhojoo intervenait lors de la saisie importante de dimanche. «La grande opération d’hier est l’aboutissement d’une série d’opérations qui ont mené à des saisies de drogue, d’argent et un certain nombre d’arrestations. Hier, c’était le climax de cette série d’opérations qui ont demandé beaucoup de planifications. Cela a demandé beaucoup de travail sur le terrain et l’implication de beaucoup de personnel. C’est le fruit d’un travail de fourmi et d’une bonne coordination. Surtout l’engagement et le courage des éléments de l’ADSU qui ont cru dans cette opération car ils se sont donnés corps et âme pour qu’elle soit un succès.» Il ajoute qu’il a démarré une enquête et qu’il suit de très près cette opération. «Nous avons eu des partenaires locaux ainsi qu’une coopération régionale de l’océan Indien dans cette grande saisie.»

Les 157 kg d’héroïne dissimulés dans des compresseurs et retrouvés dans le port, les 110 kg de la même drogue saisis au large du Coin-de-Mire et les 95 kg de cocaïne trouvés dans une tractopelle chez Scomat : ce sont trois des plus grosses saisies de drogue dans l’île ces dernières années. Qui sont derrière ces importations ? Autant de questions qui restent, pour l’heure, sans réponses. Nous l’avons aussi interrogé par rapport aux autres grosses saisies dans le passé. «Ce sont des enquêtes complexes et il y a eu des arrestations. On essaie de mettre les bouchées doubles pour compléter ces enquêtes. En ce qui concerne les autres grosses saisies, nous sommes déjà arrivés à dix arrestations au fur et à mesure que les enquêteurs avancent.»

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