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Qu’est-ce qui fait l’image d’un pays et de son peuple ?

Pour le Brésil, est-ce le football-samba, le carnaval, l’Amazonie ou l’outrance de Bolsonaro et celui des gangs de Cidade de Deus, à Rio, qui imposent «leur» confinement, à eux, à la plus grande favela de la ville pour ne pas laisser mourir, trop rapidement, leur marché pour la vente de drogue ?

En Amérique, serait-ce la prouesse d’il y a 50 ans des premiers pas sur la lune ? Hollywood et ses Oscars ? Sa Constitution et les succès des contre-pouvoirs de sa démocratie contre les tentations totalitaires de certains ? Son plan Marshall à la sortie de la Seconde Guerre mondiale ? Ou serait-ce le choc que l’inénarrable Trump ait récolté 7 millions de voix de plus, après 4 ans de pouvoir ? Le règne de la mafia, depuis Al Capone jusqu’à Joseph Massino ? Mỹ Lai ? Guantanamo (45 miles carrés, loués à perpétuité, depuis 1903, pour $3 386 par an), les armes de destruction massive de Saddam ?

Si nous allons en Angleterre, que retenons-nous ? Leur délicieuse variante d’humour qui va de Fawlty Towers à Yes Minister ? La solidité de leurs pratiques parlementaires et l’intégrité du speaker qui les préside ? Le Privy Council ? Le mouvement anti-esclavagiste de Wilberforce ? Pour certains, la famille royale ? Oxbridge ? Ou ne pouvons-nous pas nous soustraire à l’arrogance violente et aux pillages de leur période coloniale, leur hypocrisie sur les Chagos, l’étroitesse de vision de leur Brexit ?

On admirera toujours le grand «bond en avant» économique de la Chine depuis 1978 sous Deng Xiao Ping, qui aura tiré des centaines de millions de chinois de la pauvreté abjecte. Le «grand bond» tout court, de Mao Tse Tung, celui des «communes populaires» a, par contre, été une catastrophe… La cuisine chinoise, même si parfois trop «exotique», est probablement la meilleure du monde. L’efficience chinoise aujourd’hui est spectaculaire, même étonnante**. Mais l’image de la Chine souffre aussi de ce qui se passe à Hong Kong, du traitement des Ouighours, de leur comportement en mer de chine du sud, face à leurs voisins, de leur pollution accélérée de la Chine et de la planète.

La France accroche son image à ses musées fabuleux, à ses recettes du terroir, à son État compassionnel («liberté, égalité, fraternité»), à ses footballeurs, son TGV, sa haute couture, son monde campagnard, à sa littérature s’étalant de Molière à Pagnol ; mais cette image est certainement écornée par son passé colonial, une réputation de grogne permanente, de manifs, de verbosité et de grèves.

L’invention du zéro par l’Inde est admirable et de plus en plus à propos quand on regarde l’état de notre «humanité» ! Le parcours de Krishnamurthy Ella, le fondateur de Bharat Biotech, est aussi exemplaire que celui de Bill Gates à Microsoft ou de Elon Musk à Tesla. L’Inde de Tagore et du Mahatma Gandhi est admirable, celle qui fait don de 60 millions de vaccins à 73 pays aussi, mais l’Inde de Modi qui veut faire taire ceux qui protestent et qui doit être rabroué par la Cour suprême ne convainc pas. Celle qui sévit au Kashmir non plus. Celle qui pollue le Ganges ou le Yamuna au-delà des niveaux acceptables pour la… baignade, pas du tout !

Et quelle image avez-vous de l’Afrique du Sud ? Estelle ancrée autour de Mandela ou de Zuma ? Du bon vin et de la bonne chère de Sun City ou des ghettos et des townships qui s’incrustent encore près de 30 ans après la fin de l’apartheid ? Qu’est ce qui caractérise le pays ? Un Eskom en faillite avec ses coupures occasionnelles, le «state capture» par les Gupta ou le génie piquant de Trevor Noah ?

Notre pays aussi a une image. Elle est importante évidemment dans ce monde qui vit de plus en plus de son «paraître» et de la perception. Pendant des années, pendant des décades entières, que l’on ait produit du textile ou offert des services financiers, notre image a été principalement celle d’une île paradisiaque avec un sens de l’accueil remarquable et remarqué. Ce que notre industrie touristique a d’ailleurs mobilisé avec grand succès grâce à de grandes réussites architecturales, du bon marketing et une gestion imaginative. Cette image positive a été renforcée par le fait que nous avons été une des très rares démocraties d’Afrique que certains ont, en plus, décrite comme «un miracle de la coexistence pacifique».

Mais cette image composite positive se dégrade sérieusement, malheureusement, et on peine à voir ce qui va faire le contrepoids, ce qui va nous oxygéner, ce qui va nous permettre des jours meilleurs ! Le sens de l’accueil s’effiloche. On est devenu plus mercantile, voire plus mercenaire. Les plages s’érodent. Le lagon se vide. Vous avez peut-être eu la même réaction de honte que moi de voir un touriste arriver avec sa gaule de «casting», se brûler au soleil pendant 7 jours sans un «coupe-couillon» à ramener à son épouse ? Ça, c’était avant le Covid. Il est vrai que, depuis, nous avons dépensé Rs 380 millions en pub chez Liverpool, alors que l’aéroport est cadenassé pour les touristes… Le lagon est peut-être plus poissonneux maintenant?

Le textile devient compliqué. D’avoir été le troisième plus grand producteur mondial des produits lainiers «Woolmark», nous avons fermé plusieurs usines, exporté la production de nombreuses autres et failli même fermer CMT complètement en décembre 2015 grâce à l’interventionnisme mal motivé du tandem Soodhun-Callichurn. Heureusement qu’il y avait François Woo en face ! Le textile ne rayonne plus. Le coton que l’on file ne tient plus la concurrence. La liste grise du GAFI et celle noire de l’UE ne dynamisent plus l’image de l’offshore. Nous ne sommes même plus Covid-safe ! Que disons-nous d’ailleurs à ceux, un peu rares, qui se sont laissé attirer par le Premium Visa et qui ont été «locked down» pendant 8 semaines (régissant leurs sorties par le seul «alpha bête» ?).

Notre réputation comme pays démocratique ne cesse de se détériorer. Le Parlement est devenu un spectacle de mauvais goût et les débats sont truffés de partisannerie et de remarques vulgaires. La partialité du speaker est lamentable. Le législatif est totalement fondu dans l’exécutif. La presse indépendante est boycottée et pénalisée quand c’est possible. L’opposition est manœuvrée. Le contrôle des institutions indépendantes est largement atteint, même si le judiciaire reste, pour le moment, plutôt indépendant. Le Prosecution Commission Bill, la clause 46 de l’ICT Act, les nouvelles propositions de l’ICTA pour contrôler les réseaux sociaux (associées à leurs possibilités pour encore plus, en aval), les pétitions électorales qui s’éternisent, l’affairisme éhonté des protégés du pouvoir, notamment lors des achats d’urgence en pleine pandémie, la distribution des terres de l’État, la loi Hofman, les enquêtes de l’ICAC qui traînent, faisant bouclier contre la vérité… sont autant d’indicateurs de perdition. Et le Mauricien qui ne manifeste presque jamais a été suffisamment secoué par tout cela pour l’afficher, depuis, dans des manifs monstres qui sentaient le soufre, du moins verbalement. La sortie des lois de la quarantaine, associée à des vagues de difficultés économiques, des licenciements et des insatisfactions grandissantes pourraient même menacer la paix sociale, notre bien le plus précieux, si on ne fait pas attention et si on continue à braquer et à décevoir le pays.

Dans lequel cas, notre image qui valait une roupie solide vaudra moins que quatre sous ! Et ce ne sera pas, fâcheusement, le seul fait de la dépréciation de notre devise nationale… inévitable, celle-là, semble-t-il !

**https://www.theguardian.com/world/2015/ apr/30/chinese-construction-firm-erects-57- storey-skyscraper-in-19-days

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