Qui gagne ? Qui perd ?

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Dans l’un de ses derniers livres, Kishore Mahbubani, sans doute provoqué par les dernières années Trump, pose la question sans détour et un tantinet provocateur : HAS CHINA WON ?

La question est importante car elle sous-entend, dans les décades à venir, une possible transformation du cadre de vie de l’humanité et de ses valeurs référentielles. Les deux superpuissances n’ont pas du tout la même vision du monde, ni les mêmes approches. Comme Mahbubani le résume bien : les Américains privilégient la liberté, la Chine préfère être libérée du chaos ; les Américains privilégient la stratégie décisive et la Chine la patience ; la Chine est unipolaire, les Américains ont leurs ‘checks and balances’; les États-Unis, longtemps promoteurs de la méritocratie, sont en passe d’éroder ce principe.

Sur cette dernière question, les États-Unis ont longtemps eu la capacité d’attirer et d’intégrer les meilleurs du monde, tant à l’université que dans les affaires. Il n’y a pas, en Chine, d’équivalent à Elon Musk ou à Sundar Pichai. Cependant, la culture du privilège se répand, notamment pour l’accès aux meilleures écoles / universités et le rêve américain se partage moins bien, puisque les 50 % d’Américains les moins fortunés n’auront vu quasiment aucun progrès dans leurs revenus moyens sur les 40 dernières années, alors que le revenu des 1 % les mieux installés, plus que triplait (page 74) sur la même période. Sans ajustement, ce ne sera pas sans conséquence…

«Kishore Mahbubani indique que le rapprochement avec l’Inde permettra aux USA d’écrémer les meilleurs d’une quasi-ressource de 1,2 milliard d’individus de plus»

L’autre grande force des Américains, sérieusement remise en question sous Trump, mais sûrement largement rétablie sous Biden, est la primauté d’institutions fortes, équitables et indépendantes. Si l’Amérique croit en et encourage l’individualité, elle ne dépend heureusement pas, comme en Chine, seulement de leaders forts. Crucialement, elle équilibre les pouvoirs avec ses institutions fortes et libres et la primauté de l’État de droit. C’est ce qui empêche d’ailleurs, au final, Trump de décider qu’il est élu président, malgré un vote contraire : les cours de justice ne regardent que les faits, le vice-président assume ses devoirs, ceux qui gèrent les élections, comme en Géorgie, récusent les pressions même quand ils sont du même bord politique ! C’est à cause de ces institutions fortes d’ailleurs que la planète entière, y compris la Chine* croit au dollar comme la monnaie de référence privilégiée, ce qui consacre en fin de compte, une des armes les plus puissantes des Américains.

Ayant rappelé que la Chine a un puits de talents quatre fois plus important que les États-Unis et qu’il suffirait que la Chine atteigne le PIB par tête singapourien pour être, de très loin, la première économie mondiale, Mahbubani indique que la quantité est moins cruciale que la qualité et que le rapprochement avec l’Inde permettra aux USA d’écrémer les meilleurs d’une quasi-ressource de 1,2 milliard d’individus de plus !

Le titre provocateur (trouvaille de l’éditeur ?) est sans doute pour faire vendre, mais, au final, ayant brossé des tableaux détaillés et passionnants de ces deux grands rivaux planétaires des prochaines décennies, Mahbubani conseille et prédit même plus d’empathie et de coopération mutuelle, car le conflit accéléré sera désastreux tant pour ces deux-là que pour l’humanité entière.

«Il est estimé que les coûts de se plier aux exigences de la FATF se montent à 180 milliards de dollars par an, 100 fois plus que l’argent ‘noir’ qui est effectivement saisi»

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Vous connaissez l’expression ‘batté rendé’, bien sûr ? Dans la guéguerre nationaliste pour s’approprier le maximum de vaccins, l’Europe a menacé d’interdire les exportations, l’Inde, devant une seconde vague grave l’a fait, d’autres aussi, et maintenant si les États-Unis ne reculent pas devant leur contrôle de l’exportation des ingrédients des vaccins fabriqués ailleurs, c’est, par exemple, le plus grand producteur mondial, le Serum Institute of India (SII) qui va être mis à genoux ! Il faut comprendre : un vaccin comme Pfizer comprend 380 ingrédients fabriqués par 84 compagnies dans 19 pays différents. Avec un seul ingrédient mis aux arrêts, il n’y a plus de production ! Le SII fabrique AstraZeneca et Novavax. On espérait jusqu’ici produire 14 milliards de doses de vaccin cette année-ci. Si tout se passait sans anicroche, bien sûr ! Et sans trop d’égoïsme…

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Un récent article de The Economist indique que la guerre contre le blanchiment d’argent n’est pas en train d’être gagnée. Même qu’elle se perd ! Cet article cite le Dr Ronald F. Pol, un expert du crime financier https://medium.datadriveninvestor.com/the-war-on-money-laundering-has-failed-2e8b3df7507b, qui souligne que selon Europol et même les Nations unies https://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/Studies/Illicit_financial_flows_2011_web.pdf, 30 ans de lutte contre le blanchiment de l’argent du crime n’ont réussi à saisir que moins de 1 % de l’argent sale en circulation ! Le problème, est-il suggéré, ce sont des faiblesses structurelles majeures, malgré les bonnes intentions du départ, qui auront favorisé (et imposé) la bureaucratie du ‘compliance’ aux règles de la FATF, plutôt que d’essayer de combattre le crime lui-même au départ. Un des résultats est un système de contrôle pléthorique et extrêmement coûteux, imposé principalement aux banques, qui finit par être une contrainte et un coût pour les innocents… Comme toujours ! Il est ainsi estimé que les coûts de se plier aux exigences de la FATF se montent à 180 milliards de dollars par an, 100 fois plus que l’argent ‘noir’ qui est effectivement saisi.

La FATF reconnaît les problèmes. Son président, Marcus Pleyer, reconnaissait apparemment en octobre dernier que la vaste majorité des pays échouent dans leurs actions contre le blanchiment. L’article de The Economist présente sans hésitation Dubaï comme un “haven for corrupt capital”, même si Dubaï ne se retrouve sur aucune liste du genre ! Les États-Unis et le Royaume-Uni jouent aussi avec les règles de la FATF, même si de façon moins flagrante, est-il indiqué ; les Britanniques ayant leur réseau de BOT et les États-Unis admettant franchement être une juridiction qui blanchit beaucoup https://www.state.gov/wp-content/uploads/2019/03/INCSR-Vol-INCSR-Vol.-2-pdf.pdf, malgré ses efforts.

Trois axes d’amélioration sont suggérés : plus de transparence (notamment sur les propriétaires ultimes de compagnies), plus de collaboration entre agences régulatrices et plus de ressources pour ces dernières. L’administration Biden pourrait aider. Cependant, pour réécrire les règles, il faudra d’abord persuader les Chinois et les Russes, ce qui, en l’état des relations internationales actuelles, est loin d’être gagné. En attendant, les petits États faibles ou sans protecteurs, hors de la catégorie de Dubaï ou des Bermudes, peupleront plus facilement les listes grises et noires et rouges de la planète…

Ce qui ne veut évidemment pas dire que nous ne devons pas faire mieux qu’actuellement !

Sinon, sous la loi suprême des plus forts, on va perdre encore plus !

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Évidemment qu’il faut mieux contrôler les tordus sévissant sur les réseaux sociaux. Mais pas de cette façon-là ! Et puis comment ne pas douter des motivations de gouvernants qui, en cinq ans maintenant, n’ont jamais rien fait pour approfondir et mieux enraciner notre démocratie. Bien au contraire !

*La Chine veut pousser le yuan comme une alternative, mais à moins d’erreurs grossières des Américains, le dollar régnera pour longtemps encore. C’est d’ailleurs la Chine qui était, au 31 décembre 2020, le plus gros détenteur de dette américaine ($1 100 milliards), juste après le Japon ($1 300 milliards)

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