Les larmes de Franco Poulay, Agaléen… il y a déjà des militaires ici

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Le cri du coeur de Franco Poulay, en live sur Facebook d’Agalega, dans la soirée de vendredi, n’a pas laissé insensibles des Mauriciens d’ici et d’ailleurs. Ce «handy man», employé du gouvernement, et ses pairs, ont manifesté durant la semaine écoulée pour faire entendre leur voix. Témoignage.

Pourquoi avoir versé ces larmes ? 
Nous, peuple agaléen, sommes à bout face à ce trop-plein d’injustice et cela nous touche profondément. C’est chagrinant de le dire mais le gouvernement nous a délaissés. Un père de famille connaît son devoir pour ses enfants. Kouma dir nou pe bizin dimann sarite. Nou an 2021. Inn ariv ler fam, zenfan, sa lepep-la, leve. 

Le fait que vous soyez pour la plupart des handymen employés du gouvernement ne vous a pas arrêté cette fois-ci ? 
À chaque fois que nous essayons de faire entendre notre voix, la menace qu’on reçoit constamment est la suivante : «To kapav perdi to travay si to fer sa.» Mon frère Arnaud Poulay a déjà reçu une lettre de déportation dans un passé pas trop lointain. Malgré toutes les intimidations, l’arrivée du Trochetia avec un passager en isolement à son bord a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. 

Est-ce la raison pour laquelle la semaine écoulée a été mouvementée à Agalega ? 
Ici, pour toute fracture ou lorsqu’une femme arrive à son cinquième mois de grossesse, on doit se rendre à Maurice pour les soins, le suivi médical et l’accouchement parce qu’Agalega n’a toujours pas les infrastructures médicales nécessaires pour être autonome. Avant que le Mauritius Trochetia ne quitte Port-Louis, nous avions appris qu’il y avait un cas suspect. C’est donc normal que nous interrogieons les autorités et que nous nous assurons à travers des tests PCR qu’aucun porteur du Covid-19 ne débarque.. 

Le Premier ministre, au Parlement, mardi, a affirmé qu’il n’y a «absolument aucune raison» pour vous de manifester car deux tests ont attesté que le faux positif parmi les passagers du Mauritius Trochetia était finalement négatif. Que lui répondez-vous? 
Le PM a tort. Il est responsable d’Agalega. Pour lui, le peuple agaléen n’existe pas. Seul son projet d’aéroport et de port existe. Si nous n’avons pas de raison de manifester, qu’il vienne nous dire quoi faire. Tou sa doleans ek problem nou ena, pa kapav, nou bizin kriye. Il a aussi dit qu’on bloque les passagers. Nous n’avons rien contre ces travailleurs qui ont des familles à nourrir. Nous ne disons pas qu’ils font exprès d’apporter le virus dans l’archipel mais notre inquiétude est qu’un accident est vite arrivé. 

Pourquoi votre protestation s’est-elle accentuée jeudi ? 
Un bateau qui a quitté l’Inde le 28 mars s’est presque ‘collé’ à la jetée le mercredi 7 avril alors que le protocole en place depuis l›année dernière veut que tout navire qui accoste reste au large pendant 14 jours. Lorsque nous avons interrogé les autorités ici, la réponse a été qu’il n’y a pas de passagers à bord. Mais l’équipage avait déjà commencé à décharger des conteneurs avec notamment des matériaux de construction. Ce qu’on voit c’est qu’Agalega n’est plus administré par Maurice... 

Expliquez-nous. 
Nous ne sommes pas d’accord avec ce qui se fait à Agalega et nous attendons que le PM vienne nous expliquer clairement pourquoi les Indiens construisent une piste d’atterrissage de cette envergure chez nous. Nos aïeux inn gagnn kout fwet isi. Ena enn pep ki pe viv la. 

Ils ont évoqué le secret d’État tout en affirmant qu’Agalega ne sera pas une base militaire. Mais il y a déjà des militaires à Agalega. Ils ne sont pas en uniforme mais nous, Agaléens, nous savons qui ils sont. Si ce n’est pas vrai, que le Premier ministre vienne le démentir. 

Qu’est-ce qui vous fait dire que ce sont des militaires? 
Il y a deux consultants à Agalega. Selon nos informations, ce sont deux officiers de l’armée indienne et ils supervisent les travaux. Ils se relayent à tour de rôle et ont également un bureau au siège de l’Outer Islands Development Corporation (OIDC) à Port-Louis. 

Tout cela vous tourmente ? 
Nou enn pep ki pa fouti get devan pou lavenir nou zanfan. Comme nos grands-parents et parents avant nous, nous n’avons toujours pas de toit et une portion de terrain à notre nom. Récemment nous avons eu deux décès à Agalega. Depuis, leurs maisons ont été cadenassées, le temps que l’administration les reprenne. Le bail qu’ont signé certains contre un paiement de Rs 1 000 par an ne garantit nullement que la propriété qu’ils habitent leur appartiendra un jour. Ni later ni lakaz pou nou. Tou pou administration OIDC. 

Lorsqu’on achète des matériaux de construction à Maurice, nous devons répondre à toutes sortes de questions et l’on nous dit que nous ne pouvons pas agrandir la maison que nous habitons. Nou pa demann kado me pe kontign roul nou. Ils ne veulent pas dire leur intention mais nou ena nou lintelizans malgre nou lointain. Leur plan est fait depuis longtemps. Le déracinement a commencé depuis qu’ils ont interdit aux femmes d’accoucher à Agalega. 

Quels sont les autres droits que vous réclamez ? 
Tout reste à faire. Nous souhaitons plus de considération envers notre peuple, nos enfants, nos seniors. Un hôpital équipé comme il se doit, un système éducatif approprié. Nous avons une quinzaine de jeunes qui ont quitté l’école et ki pe bat-bate vann enn ti pwason, netway kot dimounn. Où iront-ils chercher du travail ? Cela fait quelques années depuis que ce gouvernement est en place que l’OIDC n’a pas recruté. 

Ensuite, qu’on retire Agalega du n°3 (NdlR, Port-Louis Maritime-Port-Louis Est) pour les prochaines élections. Les députés de cette circonscription n’ont pas besoin des votes de quelque 250 Agaléens pour se faire élire. Nous reconnaissons des députés comme Shakeel Mohamed et Aadil Ameer Meea qui nous défendent de tout coeur mais Agalega réclame sa propre circonscription avec ses représentants !

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