Castes: faut-il toujours être Vaish pour être Premier ministre mauricien ?

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Quand les électeurs vont aux urnes, pourquoi se baser sur un système qui a été perverti à la base ?

Quand les électeurs vont aux urnes, pourquoi se baser sur un système qui a été perverti à la base ?

«Bizin Vaish pou vin Premyé minis.» «Akoz so kast ki li dan sa sirkonskription-la li.» On en passe, et des meilleurs. Depuis la nuit des temps, ces phrases reviennent sur le tapis, surtout quand il s’agit de mariages ou en politique. Quand des alliances se font et se défont, quand il faut présenter le prochain Premier ministre…

Cependant, rares sont les politiciens et politiciennes qui osent parler ouvertement de castes, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit. Quant aux jeunes, ils se disent de plus en plus distants de la politique castéiste pratiquée par les plus vieux. Qu’en est-il au juste ?

Qu’est-ce donc ?

Déjà, il faut savoir que le mot caste n’est pas d’origine hindi ou sanskrit, contrairement à ce que l’on pourrait croire. «Il faut se rendre au Portugal pour retrouver les racines de ce mot : ‘casta’», explique d’emblée Manish Rajkoomar, travailleur social impliqué dans des activités socioculturelles.

Cependant, ce qui est mentionné dans les textes sacrés, ce sont les «varnas», c’est-à-dire, la place d’une personne au sein de la société – qui est définie par sa profession, et ce n’est pas transmissible hiérarchiquement. Par exemple, explique le travailleur social, le fils d’un prêtre ou d’un médecin ne devient pas prêtre ou médecin uniquement parce que son père tient ce rôle. Il y a tout un processus d’apprentissage à respecter.

Pas mentionné dans les livres sacrés

Mais au fil du temps, avec les colonisations successives de l’Inde, le système de «varna» a été perverti. Le but ? ‘Manipuler’ la société… Et c’est ce système, qui n’est mentionné dans aucun livre sacré, rappelons-le, qui perdure à Maurice, aujourd’hui encore.

Pour en revenir au système de base, Vaibhav Jeeta – étudiant qui a analysé le système des castes – va plus loin. Il explique que l’emploi de l’enfant n’était, certes, pas défini à la naissance, mais souvent, les ‘progénitures’ suivaient les traces de leurs parents. «Ils naissent et grandissent en voyant leurs parents. Donc, dès un jeune âge, ils ont déjà acquis les bases qui rendaient la formation plus facile», avance-t-il.

Arvesh Sharma Dabedeen, pandit, avance que sous le système tel qu’il était décrit dans les écrits sacrés, la classification de la société marchait bien. «Les bhramins s’occupaient des prières, les Vaishs étaient à l’économie, les Munims aux finances et les Sonars à la bijouterie. Chacun avait un rôle défini.»

Pourquoi est-ce que cela fonctionnait ? Selon Vaibhav Jeeta, au fil du temps, non seulement les enfants apprenaient le métier de leurs parents tôt, mais ils développaient aussi d’autres atouts. «Prenez par exemple ceux qui travaillaient le cuir. Leur système immunitaire était plus fort. Si quelqu’un d’autre devait apprendre le métier, il pourrait le faire, mais il devra faire face à plusieurs inconvénients, contrairement à ceux qui ‘trempent’ déjà dedans.»

Quotas

Dans une étude publiée en 2015, l’ethnologue français Mathieu Claveyrolas avance que le discours sur les castes à Maurice n’est pas explicite, mais que derrière le déni, il y a un fait : les postes importants sont distribués selon des quotas.

L’élément politique, même s’il n’est jamais explicite, est toujours présent en filigrane. «Trois décennies auparavant, la caste avait une valeur identitaire à Maurice et dans les années 70 et 80, le facteur ethno-castéiste était fondamental pour l’alignement des candidats. Mais aujourd’hui, cela a changé», rétorque Manish Rajkoomar.

Arvesh Sharma Dabedeen confirme le changement. «Aujourd’hui, avec l’accès à l’information et l’éducation, nous avons vu que le système disparaît peu à peu. On peut toujours apprendre le Sanskrit, connaître le système sans qu’il y ait une influence majeure», dit le religieux.

Vaibhav Jeeta tient le même discours, même si les ‘traditions’ ont la dent dure. Ou le cuir épais. «Aujourd’hui, le fils d’un menuisier peut devenir agriculteur ou médecin. Il n’y a plus ces barrières.» Manish Rajkoomar ajoute que le changement a commencé il y a longtemps. «Depuis plusieurs années déjà, c’est plus l’affirmation de l’identité hindouiste personnelle qui cohabite avec l’identité mauricienne.»

Cependant, Arvesh Sharma Dabedeen ne pense pas que le système doit être un sujet tabou ou disparaître. «À Maurice, caste ou pas, tout le monde peut connaître les origines de son voisin uniquement en entendant son nom. Cela ne nous empêche pas de vivre en harmonie. C’est déjà le cas. Mais cela ne veut pas dire que nous devons jeter tous les enseignements à la poubelle», précise-t-il.

Lesquels ? Le pandit avance qu’au-delà de la religion, les différentes castes apportent différentes cultures. «Il y a des mariages intercastes depuis toujours à Maurice. Mais sommes-nous au courant des problèmes que cela engendre ? L’exemple est simple. Est-ce que la cohabitation des végétariens et des non-végétariens est facile ?»

La politique dans tout ça ?

Nos intervenants s’accordent – ou presque – à dire qu’avec la jeune génération, le castéisme disparaît. Allons dire, pour trouver un juste milieu, qu’il est en voie d’extinction. «Comme je l’ai dit, cela a été une réalité. Mais avec l’urbanisation et l’éducation spirituelle et académique, ce facteur n’est plus déterminant», avance Manish Rajkoomar. Il réitère le fait que de plus en plus, c’est une affirmation religieuse collective qui existe et les différentes appellations des classes sociales sont sous respiration artificielle.

Encore une fois, il rappelle que le système qui prévaut à Maurice ne figure dans aucun livre sacré. «Avec notre éducation, nous avons dépassé ce type de raisonnement de castes», déclare également Arvesh Sharma Dabedeen. Une raison est avancée par Vaibhav Jeeta. «Nos grands-parents pensaient différemment. Mais aujourd’hui, nous avons l’esprit critique. Nous voyons qu’audelà des castes ou autre appartenance ethnique, c’est la compétence qui doit prévaloir. Quels changements avons-nous eus depuis l’indépendance ? Est-ce que nous sommes satisfaits de cela ? C’est cela, et non les castes qui doivent guider le vote.»

Et la question déterminante. Est-ce qu’un non-Vaish peut devenir Premier ministre de l’île Maurice ? «Déjà, que ce soit dans le système mentionné, dans les écrits sacrés ou celui qui existe à Maurice, il n’est pas dit que le poste de Premier ministre est réservé à une certaine caste, que les ‘représentants de celle-ci’ soient en majorité ou pas. Si on veut maintenir ce discours, on peut aussi se demander si n’importe qui peut faire n’importe quel boulot, du coup», argue Arvesh Sharma Dabedeen.

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