Dé–mots-cratie

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Du haut de sa frêle silhouette, elle s’est imposée, mercredi, sur les marches du Capitole, éclipsant, en l’espace de six minutes, Joe Biden et Kamala Harris, dont c’était pourtant l’investiture aux plus hautes fonctions de la première puissance mondiale. Il fallait le faire. Elle l’a fait. À la manière d’un des géants du National Mall, panthéon washingtonien.

Le monde retient déjà son nom : Amanda Gorman, 22 ans, écrivaine, poétesse, citoyenne du monde, qui vient de Los Angeles. Devant Mike Pence, les Obama, les Clinton, et tant d’autres, elle a réinventé, dans son style, le rêve américain que Donald Trump voulait précisément pulvériser, au nom d’un populisme barbare. Elle a insufflé la puissance des mots d’un Martin Luther King à la verve d’un John Fitzgerald Kennedy, pour orner la démocratie de quelques-unes de ses plus belles formules.

Avec son gestuel, digne d’une professeure de Harvard, disons du département Romance Languages and Literatures, et avec une voix de chanteuse de blues rodée par l’obscurité, elle a clamé en faisant taire à jamais son défaut d’élocution :

“We will not march back to what was but move to what shall be, a country that is bruised but whole, benevolent but bold, fierce and free, we will not be turned around or interrupted by intimidation because we know our inaction and inertia will be the inheritance of the next generation, our blunders become their burden. But one thing is certain: if we merge mercy with might and might with right, then love becomes our legacy and change our children’s birthright.

So let us leave behind a country better than the one we were left, with every breath from my bronze, pounded chest, we will raise this wounded world into a wondrous one, we will rise from the golden hills of the West, we will rise from the windswept Northeast where our forefathers first realized revolution, we will rise from the lake-rimmed cities of the Midwestern states, we will rise from the sunbaked South, we will rebuild, reconcile, and recover in every known nook of our nation in every corner called our country our people diverse and beautiful will emerge battered and beautiful, when the day comes we step out of the shade aflame and unafraid, the new dawn blooms as we free it, for there is always light if only we’re brave enough to see it, if only we’re brave enough to be it.”

Rebuild, Reconcile, and Recover. Trois mots-clés qui d’ailleurs ponctuent les premières actions de la nouvelle administration Biden. Les mots de Gorman nous réconcilient avec cette notion de démocratie, où chacun a un rôle et une partition à jouer pour consolider la nation. No one left behind! Surtout quand celles et ceux qui composent l’union viennent d’origines diverses, aussi variées que les paysages, les visages et les saisons. Si la démocratie est un processus, et non pas une fin en soi, le parcours des États-Unis, depuis que le pays a arraché, dans le sang, son indépendance à la Grande-Bretagne, a été en dents de scie, avec des extrêmes, souvent violents, des fois passionnants, virevoltants, brûlants.

L’Amérique de ce début 2021 est clairement en désordre. Mais ce pays regorge de pyromanes et d’artisans-pompiers, qui patiemment recousent les plaies, en parlant le langage universel. Gorman avait du mal à terminer son hymne à l’union jusqu’à l’insurrection du Capitole le 6 janvier dernier. Ce désordre a remis les choses en perspective et lui a donné l’inspiration finale. Dans son poème, The Hill We Climb, elle le dit sans détour : cet effort a presque réussi, mais si la démocratie peut-être par instant retardée, elle ne peut pas être définitivement supprimée.

Amanda Gorman nous redonne espoir, aujourd’hui, comme lors de ce matin du 20 janvier 2009, lors de l’investiture de Barack Obama, devant le Lincoln Memorial. Il faisait un froid glacial, et un manteau blanc recouvrait les routes, et un enfant issu du métissage incontournable allait s’installer à la Maison Blanche. Ce jour-là, on était parmi la foule qui tâtait l’Histoire du bout des doigts. Personne ne croyait vivre ce jour de son vivant. Après huit ans, le miracle Obama n’a, certes, pas tenu toutes ses promesses, et a, surtout, produit un Donald Trump, réflexe réactionnaire au progrès. Fort heureusement que ce dernier n’aura été qu’une parenthèse de l’histoire et qu’il y aura toujours des Gorman pour nous réconcilier avec nous-mêmes, et avec cette notion polymorphe surnommée démocratie…

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