Casernes centrales: Preetam Matadin, ami de Soopramanien Kistnen, «battu par la police»

Avec le soutien de
Preetam Matadin qui se dit toujours secoué après les coups reçus des policiers, a porté plainte à ''la police des polices

Preetam Matadin qui se dit toujours secoué après les coups reçus des policiers, a porté plainte à ''la police des polices" ce mercredi 20 janvier. © Tony Fine

Il était l’un des amis proches de Soopramanien Kistnen, régulièrement présent au tribunal de Moka pour assister à l’enquête judiciaire. Preetam Matadin, qui travaillait pour Kistnen, revient sur sa journée de lundi, où il affirme avoir été approché, questionné et malmené par la police. Accompagné de son avocate Lovena Sowkhee, il a porté plainte à l'Independent Police Complaints Commission, ou ce qui devrait être "la police des polices", ce mercredi 20 janvier.

Avant cela, il nous a livré le compte rendu de l’interrogatoire.

«Quatre policiers en civil ont débarqué chez moi, à Saint-Pierre, vers midi, lundi, et m’ont demandé de les suivre aux Casernes centrales. Comme je ne savais pas si c’étaient bien des policiers ou des tueurs, j’ai demandé la preuve de leur appartenance à la police. C’est ce qu’un élément du groupe m’a montré mais sans que je puisse discerner le contenu de la carte exhibée.»

Selon les dires de Preetam Matadin, un policier a alors pris possession de sa voiture, et s’est installé au volant, après l’y avoir introduit de force. On l’aurait mis à côté du chauffeur et un autre policer aurait pris place à l’arrière. Les deux autres agents se seraient engouffrés dans un fourgon de la police. Preetam n’a eu droit à aucune explication, sauf : «Atann, to pou koné laba.»

Arrivé aux Casernes centrales, Preetam Matadin s’est senti soulagé car il n’a pas été kidnappé par des bandits mais est entre les mains de la police. Cependant, il le regrette très vite. Aussitôt descendu du véhicule, raconte l’ami de Kistnen, les quatre agents l’ont conduit au premier étage dans une petite salle où il n’y avait ni caméra ni aucun autre policier. Il y aurait passé près de six heures sans manger ni boire et où les questions aussi bien que les baffes auraient plu. Il comprendra que sa «convocation» avait trait à la mort de Kistnen. Voici quelques-unes des questions (et réponses) dont dit se souvenir Preetam Matadin :

Q : Avez-vous travaillé sur le chantier du bâtiment abritant maintenant le magasin ‘Courts’ à Bambous ? (Bâtiment qui appartiendrait à Yogida Sawmynaden)

R : Oui, c’était en 2017.

Q : Combien de travailleurs y avait-il et qu’y faisiez-vous ?

R : Cinq à dix ouvriers. Je faisais la peinture.

Q : Êtes-vous allé voir Kistnen à l’hôpital ? Et qui vous a dit qu’il y était… ?

R : Oui, deux fois en août. C’est Shivom Arian qui m’a appris que Kistnen venait de subir une opération.

Q : Où avez-vous rencontré Shivom Arian ?

R : A la station-service de Moka.

Q : On vous a vu à Telfair dans le champ de canne dans votre voiture avant et après la mort de Kistnen. Qu’y faisiez-vous ?

R : Non, je ne m’y suis pas rendu. (Pour cette réponse, il a droit à deux claques bien sonores des deux mains sur les joues.)

Q : Qui était avec vous dans la voiture ?

R : Je n’étais pas à Telfair. (Mauvaise réponse. Deux taloches bien placées de l’arrière sur les deux oreilles. Preetam a très mal mais résiste et ne pleure pas.)

Q : Ta voiture rouge – (ils le tutoient à partir de cet instant) – a accroché un rocher et y a laissé des traces. Dis la vérité.

R : Non, ma voiture est de couleur grenat pas rouge. (Un coup sur la nuque le projette en avant.)

Q : Nou koné pa twa kinn fer sa. Si tu ne coopères pas, on t’enfermera sur le champ à Alcatraz.

R : Non, je ne sais rien. (Deux coups répétés sur le genou font pousser un cri de douleur à Preetam Matadin. Mais il ne cède pas.)

On l’aurait alors emmené dans le bureau du chef Jankee. Qui recommence une partie de l’interrogatoire. Après les mêmes réponses de Preetam Matadin, Jankee aurait tapé à deux reprises sur la table à l’aide d’une sorte de règle en métal, ce qui fait sursauter notre interlocuteur. Ce dernier affirme qu’il a toutefois maintenu sa version. Las de ses réponses, on lui aurait alors fait signer trois pages de ce qu’il aurait dit sans toutefois lui donner l’occasion de les lire.

On l’aurait ensuite conduit dans un autre bureau annexe pour signer une autre déclaration qu’il n’a pas le temps de lire non plus. On l’informe alors qu’il vient d’autoriser la police à conserver sa vieille voiture. Idem pour ses deux cellulaires, des anciens modèles. De retour dans le bureau de Jankee, le policier aurait demandé à Preetam Matadin de rentrer chez lui par autobus. Comme il n’a pas de sou, Jankee lui aurait remis un billet de Rs 100, tout en lui demandant de revenir le lendemain aux Casernes centrales en disant comme mot de passe à l’entrée : «Affaire Kokil».

Selon Preeetam Matadin, cet interrogatoire était destiné tantôt à lui faire avouer qu’il était l’auteur du meurtre, tantôt à lui demander l’identité du ou des meurtrier(s). Si c’est ce dernier, c’est en tout cas une bien étrange façon d’obtenir la coopération d’un témoin. L’ami et collègue de Soopramanien Kistnen serait ressorti des Casernes centrales complètement abasourdi et cela pas seulement à la suite des gifles reçues.

Sollicité, l’inspecteur Shiva Coothen, du Police Press Office, dit ne pas être au courant de cet interrogatoire musclé et a précisé qu’il reviendra vers nous.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
Suivez le meilleur de
l'actualité à l'île Maurice

Inscrivez-vous à la newsletter pour le meilleur de l'info

OK
Pour prévenir tout abus, nous exigeons que vous confirmiez votre abonnement

Plus tardNe plus afficher

x