Enquête judiciaire sur la mort de Soopramanien Kistnen: Pooveden Subbaroyan fait des révélations qui ébranlent le système

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L’agent orange Pooveden Subbaroyan veut que toute la vérité éclate par rapport à la mort de son ami Soopramanien Kistnen.

L’agent orange Pooveden Subbaroyan veut que toute la vérité éclate par rapport à la mort de son ami Soopramanien Kistnen.

Coup de chapeau à Me Azam Neerooa, avocat représentant le directeur des poursuites publiques (DPP). Toutes ces révélations n’auraient pas été exposées au grand jour sans l’insistance et le tact de cet avocat du Parquet, qui était décidé à connaître toute la vérité. Grâce donc à son art de l’interrogatoire, Me Neerooa a réussi à faire Pooveden Subbaroyan vider son sac. Il a, il est vrai, été aidé par Me Rama Valayden, qui est intervenu en lançant au témoin : «Vous êtes croyant, n’est-ce pas ? Alors, parlez sans peur !»

Ce témoin, ainsi que son père Dewananda, sont les deux partenaires d’affaires de Soopramanien Kistnen. Pooveden Subbaroyan était au courant de toutes les démarches entreprises par son ami défunt. Et il est venu confirmer les déclarations d’un autre témoin vedette, Koomadha Sawmynaden, frère du ministre Yogida Sawmynaden.

Pooveden Subbaroyan a affirmé exactement ce que Koomadha Sawmynaden avait dit à propos du rendez-vous fatidique du vendredi 16 octobre à l’effet que Soopramanien Kistnen allait rencontrer Vinay, soit Rudy Appanah, à La Louise. Et qu’on allait lui remettre une grosse somme d’argent. Pourquoi ce paiement ? C’est là que d’autres révélations ont fusé.

«J’espère que l’on ne me descendra pas.»

Pooveden Subbaroyan a fait des allégations et décrit un système de gouvernance où les contrats de marché public sont alloués non pas en fonction des besoins mais pour satisfaire les agents-contracteurs. Il a expliqué comment les procédures existantes pour les appels d’offres «sont contournées» sous prétexte d’urgence et les contrats alloués à «quelques Happy few.» Au fait, dit-il, Soopramanien Kistnen faisait, la plupart du temps, de la figuration, comme l’avait d’ailleurs déjà dit l’express tandis que les contrats allaient aux gros bonnets.

Ce n’est pas tout. Selon Pooveden Subbaroyan, l’argent reçu par Soopramanien Kistnen - quand il en recevait – était redistribué aux politiques, à ceux qui ont accordé ces contrats.

Que ce soit pour les drains, nouvel eldorado des amis contracteurs, pour le Covid-19 ou le nettoyage et la désinfection dans le sillage de la pandémie, ce sont les élus, a-t-il allégué au tribunal de Moka, qui décident à qui iront les contrats. Et qui sont-ils ? Pooveden Subbaroyan allègue que ce sont surtout Yogida Sawmynaden mais aussi Leela Devi Dookun et même Pravind Jugnauth.

Pooveden Subbaroyan a raconté comment il a fait la connaissance de Soopramanien Kistnen, qui lui avait dit qu’il bénéficierait de contrats du gouvernement et celui-ci lui a demandé de se joindre à lui pour fonder la compagnie Rainbow Construction Ltd.

Un des contrats en jeu concernait la construction de drains à Vuillemin pour la somme de Rs 4,6 millions. «Combien Rainbow Construction Ltd a-t-elle perçu comme paiement ?» lui a demandé Me Neerooa. Sa réponse a été : «À peu près Rs 700 000. Le reste, je ne sais pas. Kistnen ti pe servi casse compagnie pou paye tout, par-ci par-là» par rapport aux élections. Pourquoi ? «On lui donnait toujours de l’espoir d’obtenir un gros contrat pour rembourser ses dettes.» Au final, a-t-il précisé, il ne restait pas beaucoup d’argent à Soopramanien Kistnen pour sa compagnie.

Les travaux étaient-ils complétés à la satisfaction du donneur d’ordre, surtout le conseil de district de Moka ? «Pas tout le temps», a répliqué Pooveden Subbaroyan. Il n’est donc pas étonnant que la Rainbow Construction Ltd fut considérée comme un contracteur indésirable. Et pourtant, cette compagnie continuait à obtenir des contrats.

Cet ex-partenaire de Soopramanien Kistnen a aussi révélé comment une autre compagnie, la Final Cleaning, a été mise sur pied rien que pour obtenir un contrat de nettoyage et de désinfection de la State Trading Corporation durant le confinement. «Quelle était la valeur de ce contrat ?», lui a demandé la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath. «Plusieurs millions de roupies car ce contrat allait s’étaler sur plusieurs années.» Ce qui a fait un membre du public dire qu’il «sait désormais pourquoi le prix du riz a augmenté.»

Ces contrats alloués sous des Emergency Procurement Procedures que Me Neerooa a qualifiés de «contrats taillés sur mesure» seraient, selon Pooveden Subbaroyan, une pratique courante par rapport à la pandémie du Covid-19.

Au fur et à mesure que se poursuivait l’interrogatoire de ce témoin, Me Neerooa n’a pas arrêté de lui conseiller de bien réfléchir avant de parler et de ne dire que la vérité. Pour le mettre, de temps à autre, à l’épreuve, l’avocat du Parquet lui a posé certaines questions, notamment la date et l’heure où qu’il a téléphoné à Soopramanien Kistnen. Et Me Neerooa a vérifié sur place les réponses du témoin en consultant l’Itemised bill des téléphones de Soopramanien Kistnen. Et c’est ainsi qu’il a pu faire Pooveden Subbaroyan dire qui Soopramanien Kistnen allait rencontrer le vendredi 16 octobre. «Vinay Appanah et Deepak Bonomally à La Louise.»

L’avocat du Parquet a encore voulu savoir comment Soopramanien Kistnen a connu ces deux hommes? Sans hésitation, Pooveden Subbaroyan a allégué que c’était «à travers Yogida Sawmynaden.» Et il a ajouté que Soopramanien Kistnen allait avoir une part du contrat que Vinay Appanah allait remporter auprès de la STC «en étant sous-traitant ou alors en étant compensé financièrement pour la perte du contrat.»

Il a ajouté d’un ton triste en évoquant cette rencontre que «linn (NdlR : Soopramanien Kistnen) al pran kass, li pann revini». Cela a été l’occasion pour Me Neerooa de rappeler à la magistrate MungrooJugurnath que la police n’a rien fait à la suite de sa demande de recherche des images des caméras privées dans les environs de la Guest House appartenant à Vinay Appanah à La Louise.

Au cours de son interrogatoire, Pooveden Subbaroyan a eu beaucoup d’hésitations. «J’espère que l’on ne me descendra pas», a-t-il dit à au moins deux reprises. Il a fallu tout l’art de l’avocat du Parquet et même de la magistrate Mungroo-Jugurnath pour que Pooveden Subbaroyan évoque l’origine de ce deal. «Soopramanien Kistnen était en colère quand il a découvert qu’on l’utilisait pour accorder des contrats à d’autres personnes, notamment à Vinay Appanah.» C’est ainsi que Soopramanien Kistnen aurait été s’expliquer avec le ministre Yogida Sawmynaden au bureau de ce dernier. Et c’est depuis cette rencontre que les deux hommes n’étaient plus en bons termes.

Et quand la magistrate MungrooJugurnath lui a demandé pourquoi, d’après lui, Soopramanien Kistnen a été tué, Pooveden Subbaroyan a répliqué que son partenaire d’affaires «connaissait trop de secrets… » Et pourquoi lui, Pooveden Subbaroyan, n’est-il pas venu de l’avant pour tout dénoncer ? «J’ai eu peur», a-t-il admis.

Il a souvent utilisé l’expression «bann la» qu’il a allégué être le trio de ministres élus dans la circonscription no 8 de Moka-Quartier Militaire. À la fin de son interrogatoire, la magistrate Mungroo-Jugurnath lui a posé une question capitale : «Qui d’après vous est à l’origine du meurtre de Soopramanien Kistnen ?» Réponse de Pooveden Subbaroyan : «Ceux qui étaient proches de Soopramanien Kistnen dans les affaires, y compris des politiciens et des hommes d’affaires avec qui il traitait.» Et qui en particulier ?

Pooveden Subbaroyan a eu une longue hésitation. Pour le rassurer, Me Neerooa lui proposé d’écrire le ou les noms des personnes auxquelles il faisait allusion sur un bout de papier qu’il a directement remis à la magistrate Mungroo-Jugurnath, non sans avoir obtenu l’assurance du tribunal qu’il serait désormais sous la protection de la justice. Et que la police l’escorterait et veillerait sur lui aussi longtemps qu’il serait nécessaire.

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Depuis la mort de Soopramanien Kistnen, les événements se sont enchaînés. Yogida Sawmynaden, l’ancien ministre du Commerce dont le nom a été cité à plusieurs reprises, a démissionné, de même que le no. 1 de la STC. Pendant ce temps, chaque nouvelle comparution pendant l’enquête judiciaire vient avec son lot de rebondissements. Retrouvez tous les articles relatifs dans notre dossier.

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