[Enquête] Dépenses électorales du MSM au numéro 8: Les reçus sont authentiques !

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Une des trois factures d’Alouette Tours et le reçu certifiant le paiement. Le directeur de cette compagnie avoue que c’est sa signature et a été incapable de démentir qu’il a bien été payé Rs 188 000 au total.

Une des trois factures d’Alouette Tours et le reçu certifiant le paiement. Le directeur de cette compagnie avoue que c’est sa signature et a été incapable de démentir qu’il a bien été payé Rs 188 000 au total.

Jamais auparavant, des reçus pouvant prouver le «overspending» d’un candidat ne s’était retrouvé sur la place publique. Selon la loi, les conséquences des #MSMLeaks pourraient être désastreuses. Pravind Jugnauth et consorts ne peuvent plus plaider le «faux».

«Bonjour on aimerait vous parler des documents qui circulent et qui démontrent que les candidats du numéro 8 vous ont payé des dizaines de milliers de roupies durant la campagne 2019.» C’est l’approche que nous avons adoptée dans la circonscription numéro 8 hier avec quatre des nombreux fournisseurs de service qui figurent sur la conséquente documentation que l’express rebaptise les #MSMLeaks. En effet, Soopramanien Kistnen n’est pas l’auteur du diary qui a servi de «ledger» pour les dépenses électorales du MSM au numéro 8 auquel sont annexés une série de reçus signés.

Après notre tournée au numéro 8, le verdict est sans appel : la véracité des documents est établie. L’animateur et sonorisateur Joe Modely qui à lui seul a touché Rs 81 500 pour ses services nous a gentiment reçus chez lui à Saint-Pierre. Fin diplomate avec la parole facile, il ne paraît nullement inquiet. Bien sûr il sait que des reçus avec sa signature se partagent dans deux longs documents PDF via WhatsApp. «Que voulez-vous que je vous dise ? Je suis un professionnel. J’ai fourni un service et j’ai été payé», nous lance-t-il en ouvrant les bras pour montrer qu’il n’a rien à se reprocher. Il confirme les sommes démontrées dans la documentation. «Oui c’est bien ma signature, les sommes sont exactes. Je ne vais pas vous mentir. Pourquoi devrais-je ? C’est mon métier et j’en suis fier,» et il va sortir de son meuble TV-argenterie une édition de l’express de mars 2020 qui parle de sa success story et de son parcours atypique. Le hic – pas pour le sympathique Joe – mais pour les trois candidats élus du MSM, c’est que dans leurs affidavits post-électoraux ils affirment n’avoir payé Joe Modely que Rs 57 000, soit une sous-déclaration de Rs 24 500.

Le même schéma se répète pour un autre fournisseur de sono : Ravi Imrith, connu comme Dj Ash. Officiellement, dans les affidavits du trio Jugnauth-Sawmynaden-Dookun, la somme qui lui a été payée s’élève à Rs 90 000. Or, les #MSMLeaks démontrent que Ravi Imrith a été payé Rs 169 500. Il y a une disparité de Rs 79 500 entre la documentation qui a fuité et ce que jurent les trois élus devant la cour et la Commission Electorale. Ravi Imrith reprendra quasiment le même refrain que son confrère Joe Modely quand nous le rencontrons à Route Royale, Verdun. «C’est le prix du marché vous savez. Vous savez ce que c’est qu’une sono d’un meeting ? Vous imaginez la puissance sonore nécessaire ? J’ai tous mes équipements et par moments j’ai même dû payer six personnes pour travailler avec moi.» Ravi Imrith n’a même pas voulu qu’on lui montre ses factures et ses reçus. «Les documents me sont parvenus via WhatsApp. Je les connais par cœur. Oui j’ai signé quand on m’a payé, et les documents sont vrais», banalise-t-il. «Et c’est qui qui vous paie», lui demande-t-on. Et il nous balance un nom. Le même que celui que nos recoupements identifient comme l’auteur de l’agenda qui a servi de «ledger» pour les dépenses électorales au numéro 8. (voir la section : Qui est l’auteur du diary).

Un des trois reçus que signe l’animateur Ravi Imrith (Dj Ash). Il confirme sa signature et qu’il a été payé au total Rs 189 500 alors que le trio d’élus jure ne l’avoir payé que Rs 90 000. La signature en bas à droite est celle du gardien des finances électorales au numéro 8, un témoin crucial.

Si les factures pour Joe Modely et Ravi Imrith ont été artificiellement sous déclarées dans les serments de Yogida Sawmynaden, Pravind Jugnauth et Leela Devi Dookun-Luchoomun, celles d’Alouette Tours n’y figurent même pas. Or, les #MSMLeaks, ceux-là même authentifiés par les fournisseurs de sono, démontrent que le bureau du MSM au numéro 8 a payé (en trois transactions) Rs 188 000 à Pravesh Ramduny, le directeur-propriétaire de la compagnie de transport, pour avoir fourni des autobus aux partisans pour qu’ils se rendent à divers congrès et meetings du MSM. «Est-ce votre signature», demande-t-on à Pravesh Ramduny qui paraissait complètement abasourdi de nous voir débarquer dans ses paisibles locaux à l’arrière de la gare de Saint-Pierre. «Oui, on dirait,» concède-t-il. «Donc les reçus sont vrais encore une fois ? Vous avez touché Rs 188 000 du MSM ?», renchérit-on. La gorge nouée, à court de mots, Pravesh Ramduny avale deux fois sa salive avant de trouver les ressources pour nous dire : « Ça je ne sais pas. Je vous répondrai après, je ne peux rien vous dire. Apré éna ti pé fer donation ouci.» Mais on lui fait remarquer que quand c’est cadeau, c’est précisé dans les factures. Par exemple, pour un congrès à Côte-d’Or le 10 octobre, Alouette Tours facture 9 autobus pour Rs 27 000 et offre un van «free». Pravesh Ramduny, toujours gêné, ne répond pas. Il se lève de la chaise derrière son bureau, pour nous montrer gentiment la porte de sortie. «Je vous appellerai,» promet-il. On s’échange nos portables, et jusqu’à l’heure il n’est pas revenu vers nous.

Notre tournée au numéro 8 s’achève à Valetta. Ce village doté d’un cachet particulier avec l’immense lac qui s’y étale à l’entrée avait abrité un «bureau d’agents» du MSM lors des élections 2019. Officiellement, un certain Partab Ramnega écrit une lettre à la la commission électorale pour dire qu’il offre son bâtiment «Free of Charge» au MSM. Or, un autre habitant de Valetta, Sanjiv Etwaroo, qui signe comme «witness» en bas de cette lettre, touche Rs 25 000 du MSM le 18 octobre 2019 pour «Base Valetta» ; somme qu’il remet à Ramnega. Pour ne pas se compliquer dans la paperasse, Ramnega accepte le paiement en signant en bas-même d’une copie de la lettre qu’il a envoyée à la commission électorale pour dire que c’est cadeau ! Partab Ramnega n’était pas chez lui quand nous y sommes allés. Mais Sanjiv Etwaroo a bien voulu interrompre sa sieste pour nous parler. «Oui c’est ma signature,» confie-t-il. «On doit donc logiquement conclure que le MSM vous a payé Rs 25 000, somme que vous avez remise à Ramnega ?», renchérit-on. Et là, Sanjiv Etwaroo se lance dans une explication qui ne semble pas tenir la route : «Non, nous avons payé Rs 25 000. Chacun dans le quartier a contribué et nous avons payé Ramnega.» On insiste que le reçu qui porte sa signature démontre que le MSM l’a payé, et non l’inverse, mais l’homme insiste : «Puisque je vous dis que c’est nous qui avons payé.»

Cette version ne tient pas la route, parce que sur chaque reçu pour chaque roupie qui quitte la «caisse électorale» du MSM au numéro 8, il y a la même signature à droite alors que le prestataire de service signe à gauche pour accuser réception de paiement. La signature à droite c’est celui du gardien des finances du MSM à ces élections. L’homme semble bien être aussi celui qui a utilisé un diary en «ledger book». A lui seul le diary contient d’autres informations encore plus accablantes. Dans une des pages, on peut lire «PM 1,000,000». Cela veut-il dire que Pravind Jugnauth a contribué Rs 1,000, 000 à un moment ? En attendant que l’auteur du diary vienne de l’avant pour tout déballer – ou pour tout couvrir – l’express ne s’est intéressé qu’aux reçus annexes qui à eux seuls démontrent que le trio Jugnauth-Sawmynaden-Dookun n’a pas tout dit à la Commission électorale. Les conséquences légales de ces «omissions» ont été analysées par Rezistans ek Alternativ .

L’auteur du diary potentiellement «en danger»

Qui est cette personne de confiance à qui le Premier ministre et ses deux colistiers ont confié la gestion de leurs dépenses électorales ? Elle signe à droite de tous les reçus aujourd’hui incriminants, et plusieurs pistes nous conduisent à elle comme l’auteure du ledger improvisé dans un diary d’Airports of Mauritius. Un des fournisseurs que nous avons interrogés nous a donné l’identité de celui qui procédait au paiement dans son cas. On semble bien voir son nom dans la signature comme émetteur des reçus. Cet ex-Advisor de Yogida Sawmynaden, nous dit-on, avait quasiment élu domicile au bureau principal du MSM au numéro 8, au 1er étage d’un bâtiment à l’arrière de la gare de Saint-Pierre, nous disent les agents MSM. Comment et pourquoi toute la documentation s’est retrouvée sur la place publique ? Il est difficile d’établir le tracé des originaux, mais il est établi qu’à un moment donné, c’est Soopramanien Kistnen qui avait commencé à rencontrer certains opposants pour leur montrer, et donner des photocopies. L’express a pu parler avec une des dernières personnes qui aurait pu avoir eu les originaux en main. Tout ce qu’il répond c’est que les originaux sont dans un lieu sûr gardé par «des forces suprêmes». Cette même source qui confirme nos soupçons sur l’auteur du ledger, explique que notre homme, conscient d’être potentiellement un témoin clé dans cette catastrophe politique, est «très inquiet» et craint d’être «en danger». Nous avons essayé d’entrer en contact avec cet ex-Advisor. Pour l’heure, nos tentatives sont restées vaines.

Le trio Jugnauth-Sawmynaden-Dookun peut perdre ses sièges et se rendre inéligible aux prochaines élections

Rezistans ek Alternativ, qui a toujours marqué la scène politique locale pour sa constance dans son combat pour l’assainissement du processus électoral, a écrit au Commissaire électoral. Elle dit noter des infractions possibles à la Representation of The People Act. Selon le parti papiyon, les dépenses révélées dans les #MSMLeaks sont susceptibles d’être considérées comme des «illegal practice» telle que définie dans la même loi dans les sections 51 à 55 où les limites de dépenses (Rs 150 000 par candidat) sont imposées. Rezistans ek Alternativ cite ensuite la section 74(1) qui stipule «A person who is guilty of an illegal practice shall, on conviction, be liable to a fine not exceeding 1,000 rupees, and, subject to subsection (2), shall in addition, be incapable during a period of 5 years from the date of his conviction of being registered as an elector or of voting at any election or of being a candidate at an election, or, if elected before his conviction, of retaining his seat.» A la lumière de cela et des déclarations sous serment des candidats élus qui ne collent pas avec les reçus aujourd’hui authentifiés, Rezistans ek Alternativ demande au Commissaire électoral de démarrer une enquête pénale et de faire, si besoin est, une déclaration publique à ce sujet.

Tableau comparant les dépenses démontrées dans #MSMLeaks à celles officiellement déclarées par les trois candidats. Ce tableau ne s’intéresse qu’à trois fournisseurs et ne représente qu’une infime partie de la documentation complète des #MSMLeaks.
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