Vente de letchis: quand des voleurs se mettent au business

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De plus en plus rares dans les cours, les letchis se vendent presque à prix d’or…

De plus en plus rares dans les cours, les letchis se vendent presque à prix d’or…

Leur gagne-pain du moment : des letchis fraîchement cueillis d’arbres… qui ne leur appartiennent pas. Les «traser» sont nombreux en cette période de fin d’année à arpenter les rues, épier des cours individuelles et des vergers afin de mettre la main sur ce fruit chéri, qu’ils revendent au grand dam des propriétaires de vergers et marchands de «bazar».

C’est un business qui fleurit en fin d’année : la vente de letchis. Ces fruits à la chair goûteuse, qui se font de plus en plus rares dans les cours, se vendent comme des petits pains. Bien que les consommateurs voient rouge en ce qui concerne les prix. Si les propriétaires de vergers ou les marsan bazar se remplissent les poches grâce à la vente des letchis en cette période, ils indiquent cependant que la compétition est rude. La faute, disent-ils, aux traser, ou plutôt des voleurs de letchis, qui se frottent aussi les mains, ayant flairé le bon filon…

Dans la capitale, pas loin du marché, des hommes et quelques femmes, sacs en plastique remplis du fruit tant convoité en main, essaient d’attirer les passants. «Rs 100 pran alé, fer labous dou», crient certains. L’offre est alléchante, on s’approche.

Si certains d’entre eux semblent plutôt réticents à l’idée d’une conversion, deux hommes – après leur avoir promis que nous ne les prendrions pas en photo – se confient. Après un peu d’insistance de notre part, ils avouent que leur gagne-pain du moment, ce sont les letchis fraîchement cueillis d’arbres… qui ne leur appartiennent pas. «Létan dir, bizin rod lavi, non?» se justifie Jean (prénom fictif). Ce marchand ambulant de 33 ans a laissé de côté sa boîte à peluches et écouteurs, qu’il vendait à tous les coins de rue de Port-Louis, pour se consacrer à la vente de letchis depuis une semaine.

«Mo éna enn vwazin, li inpé vié, bé li pa kasé mem, sa res lor pié-la. Mo’nn démann li pou kasé, li dire mwa non. Bé mo vey li dormi, lazourné mo al pran. Li pé les kas dormi, mo gagn enn lavi mwa», déclare ce dernier, tout en essayant d’attirer l’attention d’une passante.

Selon son collègue de rue, Avinash (prénom fictif), 27 ans, la vente de letchis en tant que traser, est très lucrative. Tant et si bien qu’il a abandonné les mangues, qu’il vendait encore il y a quelques jours, pour se consacrer aux letchis. «Nou marsé partou-partou, nou al divan laport dimounn tousala. Nou gagn plis kliyan.»

Le fait de pouvoir se rendre partout n’est pas le seul avantage, poursuit Avinash. Ne pas être propriétaire de letchiers en serait aussi un. «Pa bizin vey sov souri, per lapert sipaki. Nou pa gagn sa bann traka-la nou. Zordi kas kot vwazin, dimé népli ena kot vwazin al lot plas al rodé. An plis nou kapav konvink dimounn pou aste li pri ki nou anvi. Ena fwa nou vann li pli bo marsé ki bann vré marsan é nou nou gagn pli bokou kas», ajoute Jean.

Comment s’y prend un voleur de letchis pour ne pas se faire prendre ? risque-t-on. Selon nos interlocuteurs, tout est dans l’observation du propriétaire de l’arbre fruitier. «Avan, nou sey al demandé. Nou dir sansé nou anvi kas enn yen manzé. Si dimounn-la pa lé doné, bé lerla nou fer-fer létour nou vey li, lerla nou kasé aswar swa kan li sorti. Si get bien, nou pa voler, nou. Zot, zot fer gaspiyaz, nou, nou gagn enn kas ar sa», explique avec moult détails Jean.

Pour Avinash, ce sont les vergers qui sont les véritables cavernes d’Ali Baba. «Ou pansé koumadir bann propriéter-la kas tou sa letsi-la? Zot éna sipa komie pié, zot met lisien pou véyé, mé bann lisien donn zot inpé manzé zot korek zot. Zot les ou fer ou travay trankil», confie ce dernier, après un moment d’hésitation.

Tout en remplissant leurs sacs de feuilles ou de branches, «pou fer sak-la paret pli gro», nos interlocuteurs expliquent que le fruit est tellement rare que même les “demimûrs” se vendent rapidement. «Bann lagrin-la kav gro, laser kav ak, mé dimounn-la pou asté em li…»

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