À toute vitesse !

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Un des éléments importants de la culture humaine, ce sont les formations et propagations des rumeurs. Cela semble étrange que quelque chose qui se dit va prendre toute une ampleur et se répandre à vitesse grand V. Vieille comme le monde, la rumeur a ceci d’étrange qu’à partir du moment où elle se forme et au moment où on la reçoit, elle n’a pas forcément changé de signification, son contenu de départ reste entier. Et si nous voulions, pour nous amuser, former une rumeur, cela ne veut pas dire que ça marcherait, que ça prendrait. La rumeur s’inscrit toujours dans un contexte du moment, avec des interrogations, des peurs ou des craintes que la société a à un moment donné. C’est pour cela que n’importe quel discours ne peut pas devenir une rumeur, la rumeur «s’enracine» dans quelque chose de précis, dans un moment propice. Son vocabulaire, c’est le fameux «il paraît» ou «on dit que». Mais dans la plupart des cas, du moins chez nous, la rumeur est un quelque chose qu’on pense être vrai. Le «on», d’ailleurs, a toute sa place dans la rumeur, il est même roi. Impersonnel, neutre, insignifiant, le «on» est tout cela à la fois, et bien plus. Il est le regard de l’autre, le fameux «qu’en dira-t-on». Il est l’approbation ou la désapprobation sociale.

Une rumeur ne part pas de rien. Elle s’inscrit dans quelque chose qui paraît probable, voire possible. Mais pour celles et ceux qui la reçoivent, elle n’est pas rumeur, justement. Elle est vraie. Alors doit-on former les gens à repérer la rumeur ? Avec les réseaux sociaux, sa vitesse de propagation a fait un énorme bond ces dernières années. Elle peut arriver aux quatre coins de la planète avant même qu’on ne puisse réaliser les tenants et les aboutissants de son contenu. On en a fait encore l’expérience avec «l’annonce» du confinement vendredi de la semaine dernière. Et ce qui est incroyable, c’est que le nombre de personnes qui ne prend aucun recul est impressionnant. Les expressions d’usage «il paraît que» ou «il semblerait» n’existe plus dans le vocabulaire, ils ont disparu. La rumeur, dans son processus de fabrication, semble les détruire. Et ce qui est le plus visible dans la rumeur, pour celle ou celui qui fait preuve d’esprit critique, c’est la disparition quasitotale de la prudence et du questionnement. Précisément, ce qu’il manque à notre société, c’est cette capacité à questionner. Prendre tout pour argent comptant semble la nouvelle devise des sociétés modernes, alors même qu’elles ne manquent pas d’outils pour mettre à distance ce qu’elles reçoivent.

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