Beau-Jardin: une grève de la faim couve… sous l’eau

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Un sexagénaire dort sous une tente depuis plus d’un an.

Un sexagénaire dort sous une tente depuis plus d’un an.

Ce quartier de 290 habitants à proximité de Riche-en-Eau, dépend de St-Hubert. Il n’a ni boutique, ni loisir pour les jeunes. Un transport quasi inexistant coupe ses habitants de tout.

Nous sommes dans le Sud de l’île. Alors que plusieurs villages se développent, d’autres sont restés figés dans le temps. Beau-Jardin en est un bon exemple. Ici, nombreux sont les aînés qui ont longtemps travaillé à l’usine sucrière de Riche-en-Eau. Si les problèmes varient, la tranquillité et la paix font que peu d’habitants songent à déserter les lieux. Bashir Peerally, gardien de profession, y a vécu toute sa vie. Aujourd’hui âgé de 52 ans, il explique qu’au fil des années, les choses n’ont pas beaucoup évolué. «Vous voyez toutes ces maisons ? Elles ont toujours été là. Il y en avait encore plus avant. Mais beaucoup de villageois sont partis avec le temps», dit-il, non sans un petit pincement au cœur.

Bashir Peerally, qui habite Beau-Jardin, souligne que pas un seul chemin n’a été asphalté pendant huit ans.

Plus qu’un endroit oublié, les 290 habitants, indique notre interlocuteur, se sont sentis délaisser ces huit dernières années. Ils ont sollicité les autorités à plusieurs reprises, mais aucun changement n’a été noté. «Aucune route n’a été asphaltée en huit ans. Ici les drains passent au milieu de la route. Vous avez déjà vu ça vous ?» indiquant que les travaux de drains ont brusquement été stoppés, sans qu’ils n’aient été informés de la reprise. Outre l’accumulation d’eau, les habitants ciblent le mauvais état des tuyaux de la CWA et dévoilent les désagréments d’un dysfonctionnement qui dure depuis des années et qui s’accentue durant la saison des grosses pluies. «Il y a des fuites à plusieurs endroits, nous avons demandé que ces tuyaux soient changés. Mais rien.»

Le pire, selon Bashir Peerally et d’autres habitants du quartier, serait le transport en commun. «Si ou debout lor sa bustop la pou atan enn bis, ou sévé vinn blanc», ironise-t-on. En effet, seuls deux autobus le matin, et deux le soir desservent le secteur. Sinon, pour bouger, il faut prendre un taxi. «S’il arrive que les enfants ratent le bus pour l’école, les parents doivent les accompagner en voiture ou payer un taxi. Combien de jeunes ont raté leurs examens, à cause du bus ?»

D’ailleurs, cet endroit coupé de tout ne dispose pas de grand-chose. En effet, la seule boutique du quartier a fermé depuis des années. Pour acheter du pain et diverses commodités, les habitants doivent se rendre à Mahé- bourg. «Lerla bis mem pa gagné. C’est infernal !»

Une tente plantée sur un terrain en friche attire notre attention. Des voisins nous informent que c’est l’abri de fortune d’un homme de 62 ans, qui vit seul. Comme il est absent ce jour-là, nous ne pouvons le rencontrer. «Il a toujours habité ici avec sa mère dans une maison qu’ils louaient. Il ne s’est pas marié et au décès de celle-ci, ne pouvant plus payer le loyer, il a été expulsé. Cela fait près de deux ans qu’il dort sous cette tente.» Plusieurs ONG et députés de l’endroit ont essayé de l’aider, mais l’homme vit toujours dans les mêmes conditions.

Un chauffeur d’auto- bus, Prakash Seedam, aussi connu comme Deepak, est candidat du parti Pour un vrai changement, pour représenter Beau-Jardin. Âgé de 38 ans, il en est à sa deuxième participation, ayant été conseiller en 2006. Il affirme que, s’il est élu, il traitera trois projets en priorité : l’amélioration du transport, le changement des tuyaux de la CWA et l’aménagement d’un jardin d’enfants.

Le leader du parti, Nitin Jeeha, qui est également membre du MMM, indique que son équipe travaille pour tout le village de St-Hubert, dont Beau-Jardin dépend. Il ajoute que le problème de transport touche l’ensemble de cette partie du pays depuis plus d’une trentaine d’années : «Si nous parvenons à résoudre ce problème, 70 % des villageois seront enfin soulagés. Une pétition sera envoyée le 15 décembre et je peux vous assurer que si rien ne bouge, le 15 janvier, nous entamerons une grève de la faim...»

En cas de victoire, en plus d’améliorer les infrastructures du village et l’asphaltage des routes, il prévoit de mettre l’accent sur le développement d’activités de loisirs et sportives. Nitin Jeeha, bien qu’associé aux mauves, soutient que son parti est apolitique. «Nou bizin separ politik ek social.»

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