C’est quand le pire ?

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2020. Serait-ce la pire année du 21e siècle ? S’il paraît encore précoce pour se prononcer, force est de constater que nombre d’entre nous, affligés et désemparés, sommes de plus en plus en quête de sens, compréhension, rassurance. La réallocation de milliards et une contraction économique amplifiée, annoncées hier par le Grand argentier, sont loin de rassurer le petit peuple qui commence à voir ce qu’il ne voyait pas encore : la perte de richesse, d’emplois… 

Nous sommes face à des équations inconnues. Nos économistes sont à court de modèles. Nos références futures sont encore des esquisses. Nous avançons à tâtons sans savoir de quoi demain sera fait… 

À bien considérer, il se pourrait fort bien que nos années de gloire soient derrière nous. Raison pour laquelle nos recettes d’hier ne font plus… recette. Nos capitaines d’industrie, qui n’ont pas toujours été des innovateurs, disons comme un José Poncini, mais des repreneurs ou riches héritiers d’activités, ne comprendront, peut-être, pas le challenge fondamental de se réinventer, de repartir sur de nouvelles bases, en faisant abstraction, dans certains cas, du passé. 

Aujourd’hui nous intériorisons, enfin, le fait que le risque zéro n’existe pas, que tout, tel un Black Swan, peut arriver d’un coup, que le château de cartes finira toujours par s’écrouler malgré toutes les précautions d’usage et tous les protocoles établis. Nous réalisons qu’une catastrophe naturelle ou maritime, qu’une crise financière ou économique, voire sociale, que l’émergence d’un virus ou d’une arme biologique, l’avènement d’une guerre nucléaire généralisée, ou aussi la chute d’une météorite géante, peut se produire n’importe quand, comme ce vraquier japonais qui n’était pas sur nos radars, et qui, depuis son échouement, ne cesse de faire des vagues, en faisant remonter à la surface nos insuffisances et nos suffisances. 

Dans la presse internationale, les philosophes classiques, décédés depuis des lustres, sont relus, dans une tentative de les remettre au goût du jour, et de décoder le message qu’ils voulaient véhiculer en leur temps. Ils sont devenus maintenant, face au vide empirique, des médicaments pour la conscience populaire et contre la sinistrose collective. 

Les philosophies et philosophes recherchés n’apportent pas de réponses claires, directes, prêtes à porter. Ils recadrent les questions que l’on se pose. Ils modifient les perspectives. Ils enlèvent nos visières. Ils repoussent souvent les horizons et chassent les nuages qui bloquent nos visions. «Many of history’s greatest thinkers did their most lasting work during pandemics, economic upheaval and social unrest. Theirs is an earned wisdom (...) Unlike information or technology, wisdom is never rendered obsolete. Philosophy’s insights are more relevant than ever’», relève Eric Weiner, dans un article du Wall Street Journal, qui reprend les pensées de Socrates, Montaigne, Camus et Henry David Thoreau. 

Socrates, le saint patron de la philosophie occidentale et premier martyr étudié, aurait compris et apprécié notre situation à sa juste valeur, selon Weiner, précisément parce qu’il a connu le déclin d’Athènes comme superpuissance, face à la double menace de l’imprudence militaire et de la peste. «We crave to a return to ‘normal’ but have we stopped to define ‘normal’ ? We know these times demand courage, but what does courage look like?» 

Autant de questions-clés, existentielles, qu’il nous faut nous poser avant de prendre des décisions pour un semblant de retour à un semblant de normal, alors qu’au fond de nous, nous sentons que plus rien ne sera vraiment comme avant. Et dire que ce n’est que le commencement… 

La famine, les fermetures, les grèves, les licenciements, les catastrophes, les réélections, le confinement, le déconfinement, la contraction, la reprise, la croissance molle, les plans d’aide, les réallocation de budgets, la déplétion de nos réserves… Pas facile de gérer le pire, surtout quand on ne sait si on a atteint le pire, ou pas. Tout le paradoxe de notre époque. Dans sa Logique du pire, un philosophe s’interrogeait du reste : «La pensée du pire a pour propos de défaire et de dissoudre»… Si au lieu de voir se dissoudre notre monde devant nous, il nous fallait tenter d’anticiper tout cela, en faisant dissoudre nos certitudes et nos réflexes d’hier dans le cours d’événements du jour… 

*** 

Allons aux States. Le second débat télévisé entre Donald Trump et Joe Biden était bien plus civilisé cette semaine. Les nouvelles règles pour encadrer les échanges entre les deux candidats se sont avérées utiles pour éviter les dérapages qui avaient émaillé le premier round. Grâce au dispositif permettant de «mute» les micros, Trump et Biden ne se sont pas, cette fois-ci, coupé la parole. Ce qui nous a permis d’écouter leurs arguments sur les sujets qui divisent, notamment sur l’Obamacare et la politique étrangère des États-Unis. 

Mais, en fait, il y a peu de chances que ce débat télévisé modifie la tendance ; Biden, qui est en tête des sondages par au moins une dizaine de points, surtout depuis que Barack Obama est descendu sur le terrain pour soutenir le duo Biden-Harris, semble bien parti pour déloger Trump de la Maison-Blanche, à moins d’un revirement spectaculaire de la situation. 

Par rapport aux statistiques, pas moins de 40 millions ont déjà accompli leur devoir civique sur les quelque 153 millions d’électeurs US. La grande majorité d’électeurs ne sont pas des indécis et ont déjà fait leur choix à moins de deux semaines de l’issue du scrutin. C’est pour cela que les débats sont restés sobres; chaque camp préférant parler directement à sa base, même si Biden a souvent insinué que le camp républicain ne se retrouve pas en un Trump «dangereux pour la santé publique, responsable de plus de 222 000 décès liés au Covid-19 (…) Quiconque responsable d’autant de morts ne devrait pas rester président des États-Unis».

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