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Quand vous parlerez entre vous de l’économie du pays, de socialisme versus capitalisme, d’inégalités et de progrès économique, rappelez-vous que : 

• Le gouvernement qui agit comme arbitre final dans un pays, se doit de trouver la «voie céleste» entre ses devoirs de redistribution de la richesse nationale et celui, d’abord, de stimuler la production de la richesse par le secteur privé. 

• Partout au monde, malheureusement peut-on dire, le secteur public n’est généralement pas très habile à gérer l’économie productive de manière efficiente ou profitable, au point que les pays socialistes qui ont souhaité l’avancement plus rapide de leur peuple ont dû favoriser un secteur privé plus actif et plus présent. Comparez la Chine à Cuba. 

• La logique du secteur public est telle que même un monopole d’opération, même si basé sur une activité a priori porteuse, ne suffit pas toujours pour assurer un retour sur investissement. Pensez aux casinos, par exemple ! Ou à la MBC ! Et imaginez seulement la présence d’un concurrent à ces organisations… 

• Quel que soit le parti ayant mené le gouvernement depuis l’Indépendance (et ils se disent tous socialistes à des degrés divers, d’ailleurs), ils ont tous réalisé que l’économie mixte avait plus de chance de faire avancer le pays qu’un dirigisme outrancier, avec des taxes trop lourdes. Enfin, du moins dans l’ère post-Ringadoo. Personne n’a d’ailleurs plus jamais parlé de nationalisation depuis les rêves révolutionnaires des militants d’avant 1982. À voir ce qui s’est passé ailleurs dans le monde, tant mieux pour nous tous ! 

• La logique de l’économie mixte, c’est que la gestion privée, en milieu de compétition libre non déformante (par exemple, quand il y a des cartels de fait), est plus à même de générer les produits et services que réclame la société à un prix acceptable, tout en générant des profits qui permettent de rembourser les dettes (et ainsi de faire «tourner» le système financier de manière utile, contrairement aux sociétés d’État non performantes), d’investir pour l’avenir (il faut quand même rappeler que si l’investissement public – métro, routes, réservoirs – est plus tape-à-l’oeil, c’est quand même le secteur privé qui fait le gros des investissements dans ce pays : 75,8 % du total en 2018 et 72,8 % en 2019 et que pour investir, il faut tant des moyens que de l’envie…), de payer des dividendes (ce qui alimente les fonds de placement, les fonds de pension, les épargnes ) et de… payer les taxes, d’évidence vitales pour l’État ! 

• Rien n’est jamais parfait, non plus, dans un système d’économie libre et les dérapages doivent être contrôlés, c’est certain. Parmi quelques questions non résolues : Big Pharma aux États-Unis, le «trop d’argent» privé, la question des GAFAM, l’antinomie entre la «croissance» à tous vents et la santé de la planète, le financement politique et la privatisation de l’eau en Grande-Bretagne ! 

• Environ 72 % de l’emploi du pays et 77 % des contributions au PIB sont le fait du secteur privé et de ses entreprises libres. 

• Personne n’aime, a priori, les élites, économiques ou politiques, mais elles existent partout et me semblent donc inévitables. Il faut donc s’assurer qu’il leur soit constamment rappelé qu’ils ont aussi (au moins autant) de responsabilités vis-à-vis du bien commun que du bien particulier. 

• Crucialement, le secteur public ne peut pas (et ne doit pas) être en meilleure santé que le secteur privé, faute de quoi ce serait sa crédibilité et ses propres ressources – essentiellement des ponctions sur l’économie productrice et la consommation privée – qui en pâtiraient sérieusement éventuellement. 

La conjoncture actuelle n’est vraiment pas brillante. 

Si le secteur public semble être resté presque totalement protégé des impacts découlant du «lockdown» et de ses séquelles, mais alors totalement, au point que les syndicats se sentent pousser des ailes pour défendre vigoureusement leurs droits acquis et leurs revendications, Statistics Mauritius prévoit, dans ses «National Account Estimates » de juin 2020, pour l’année en cours, une matrice de scénarios qui fait transpirer dru. 

Cette publication annonce, en effet, une chute de 45 % dans les exportations textiles, une baisse de 20 % dans la construction, un recul de 12 % sur la consommation – de gros et de détail, un effondrement de 70 % dans le secteur hôtelier et restauration – en tablant sur 350 000 - 400 000 touristes pour l’année, des services financiers progressant de 1 % seulement – tenant compte de l’effet «liste noire», d’une baisse de 20 % au secteur «administrative and support services» – «tour operators» et «call centres» compris – d’un progrès zéro pour l’administration publique, la défense nationale et la sécurité sociale obligatoire et d’un recul de 10 % pour le secteur des arts et du divertissement… Si le secteur sucre produira un tonnage un peu plus faible, il semblerait, sur la tendance actuelle, qu’il pourrait être un des rares secteurs de croissance du pays grâce à des prix en hausse ! Merci Messieurs les pucerons suceurs, temporairement privés de néonicotinoïde… 

En regardant ces chiffres, on peut même s’étonner que la contraction du PIB ne sera que de 13 % environ ! En effet, au premier semestre 2020, nous avions déjà accueilli 304 881 touristes et, comme attendu, nous n’avons pas chatouillé l’intérêt de beaucoup de visiteurs en leur proposant, jusqu’ici, 15 jours de quarantaine, solidement enfermés dans une chambre. La flambée revigorée du Covid-19 dans nos principaux marchés (Europe, Afrique du Sud, Réunion, Inde) n’est, d’ailleurs, pas près de nous aider à convaincre les réfractaires à l’idée d’ouvrir l’aéroport… La campagne de publicité de Liverpool est presque inutile ! 

Dans ces circonstances, si la «Solidarity Tax» reste seulement démotivante au niveau des individus – ce qui n’est pas sans conséquence, bien sûr ; la CSG est une «payroll tax» insensée au stade actuel d’autant qu’elle n’a qu’un seul but : celui de tenter d’honorer une promesse électorale déraisonnable du leader de parti Pravind Jugnauth. 

Le problème, voyez-vous, c’est que «gato-la pli tipti» et que même s’il y avait un rebond de 9 % l’an prochain, suivi de 3 % de croissance annuellement, nous ne retrouverions le «gato» de 2019 (qui ne pouvait accommoder, rappelons-le, qu’une augmentation de Rs 500 de la pension nationale) qu’en… 2023 au plus tôt ! À moins que le secteur privé ne trouve des raisons et des moyens de carburer mieux que prévu ? 

Je dois dire que cela m’écoeure et me tracasse beaucoup d’être, chaque semaine, un Cassandre de circonstance pour l’économie nationale. Quelque lecteur miséricordieux pourrait-il m’indiquer des rayons de soleil, quelques belles poussières d’étoile, desquels je pourrais tenter de parler et auxquels je m’efforcerais de m’accrocher ? 

Mais de grâce, ne me parlez pas alors de vente de voitures…

L'édito paru cette semaine dans Business Magazine

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