Alliés conjoncturels

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D’une part, face au régime Jugnauth, qui démontre qu’il ne compte nullement fléchir malgré ses 37 % de suffrages et ses scandales ininterrompus, et, de l’autre, face aux revendications citoyennes, l’opposition réalise qu’elle n’a d’autre choix que de se réunir, aussi souvent possible, autour d’une table, et de communiquer. Elle conçoit qu’il lui faut parler d’une seule et unique voix afin de focaliser l’attention sur le gouvernement et ce, tout en conservant les projecteurs sur l’opposition parlementaire – qui ne veut surtout pas être dissoute dans l’opposition extra-parlementaire, qui, elle, n’a rien à perdre, en faisant de la rue son Assemblée nationale. 

Paul Bérenger nous semble pressé à sceller une alliance «électorale ou pas» entre le MMM, le PTr et le PMSD – et en évitant Roshi Bhadain. Réunissant la presse samedi, l’éternel leader du MMM avait claironné que Navin Ramgoolam, Xavier-Luc Duval, Arvin Boolell et lui-même entendent «passer à une étape supérieure» afin de discuter d’alliance, mais en se focalisant sur deux points: un programme de gouvernement alternatif et la distribution des postes constitutionnels (PM, président de la République, VPM, Speaker, etc.). Comme si c’était la préoccupation du moment… Mais, hier, il a eu à calmer ses ardeurs. 

Pour l’heure, le rouge-mauve-bleu version 2020 ressemble à du rafistolage, ou à un remake quelconque, et va à l’encontre des revendications de la rue, qui poussent pour un vrai changement du système politique et un renouvellement de l’élite politique en général, des patronymes-propriétaires de parti politique en particulier. Tout le monde l’aura compris : quand la rue condamne le système dynastique, ce n’est non seulement contre les Jugnauth (qui par ailleurs sont en train de casser tous les records de népotisme établis jusqu’ici), mais également contre tous ceux qui restent boulonnés à la tête de leur parti politique, incapable de partager le pouvoir ou le leadership. Pourtant, le raisonnement du manifestant lambda est simple : s’il n’y a pas de démocratie au sein des partis politiques, si on persiste avec ces mêmes patronymes qui prennent les décisions au nom des autres, comment voulez-vous qu’on approfondisse la démocratie nationale… 

Hier, Bérenger, Ramgoolam et Duval sont tombés d’accord qu’ils vont éviter le sujet qui fâche : qui sera le patron des patrons? Si Bérenger a laissé comprendre qu’il préfère jouer un rôle de second plan – afin de pousser sa fille au premier plan ? – il ne faut pas s’attendre à ce que Ramgoolam s’en aille aussi facilement que ne le souhaitent les Mohamed et d’autres. Le leader des Rouges a clairement dit à Kewal Nagar qu’il ne partira que le moment venu (comprenez par-là : qu’après avoir pris sa revanche sur les Jugnauth, qui ont tout fait pour le jeter en prison). Ramgoolam insiste qu’il n’a pas été rejeté en 2019 par l’électorat; et avance que les pétitions électorales, actuellement devant la justice, finiront par lui donner raison. 

Quant à Xavier-Luc Duval, bien moins âgé que les leaders mauve et rouge, il peut, enfin, rêver à un destin autre, plus grand que VPM, maintenant qu’il a comme partenaires le PTr et le MMM, et qu’ensemble ils ont le temps de labourer le terrain et de semer… 

*** 

Bérenger tente un rassemblement tous azimuts, comme jadis, SAJ, en 1983, a fait du bleu-blanc-rouge sa formule magique contre les Mauves. Le leader du MMM, qui a longtemps boudé Navin Ramgoolam et flatté Arvin Boolell, caresse désormais le leader rouge dans le sens du poil. Il sait que Ramgoolam n’est pas du genre à mettre de l’eau dans son vin et accepter de jouer, comme lui (Bérenger) au second couteau. Ramgoolam n’a pas, lui, d’enfant-politicien pour assurer sa descendance et régner sur le parti, le symbole dans le coffre-fort. 

Quand le 8 avril 1983, SAJ lance le MSM, il a dit ceci à l’encontre du leader du MMM : «C’est un gourmand du pouvoir (…) devenu dangereux pour le pays.» C’est pour contrer son ancien compagnon d’armes qu’il va alors négocier avec le père de Navin Ramgoolam et celui de Xavier-Luc Duval avant de réaliser ce que certains appellent le «miracle économique». Aujourd’hui, Bérenger salue le rôle de SGD au grand dam des militants, alors qu’il a toujours eu un faible pour SSR, jadis son adversaire. 

SAJ a su distiller ce message en milieu rural : Bérenger a voulu m’utiliser, «comme marchepied», pour être PM. Le destin a voulu que ce soit SAJ lui-même qui permette à Bérenger de devenir, entre 2003-2005, Premier ministre pour l’unique fois, grâce à un accord à l’israélienne. Mais Ramgoolam n’est pas Jugnauth; il n’acceptera jamais de céder sa place, ni de manger du gâteau du bout des doigts de Bérenger. Voilà pourquoi l’«entente» MMM-PTr-PMSD, devenue «alliance», ne pourra pas trancher la question de leadership à ce stade. Ils sont des alliés conjoncturels, ont le même objectif du jour – soit BLD !, mais savent que ce ne sera pas facile pour eux quand il leur faudra hiérarchiser leur ego à chacun… Mais ça, il ne faut surtout pas le dire maintenant !

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