Achat du terrain d’Angus Road: pourquoi c’est grave ?

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Pravind Jugnauth entouré de sa famille, savourant la victoire aux élections de 2014.

Pravind Jugnauth entouré de sa famille, savourant la victoire aux élections de 2014.

Entre les termes techniques «jouissance, acquéreur, vendeur, acte notarié», le scandale du terrain d’Angus Road est une affaire toute simple à comprendre mais ô combien potentiellement dramatique pour Pravind Jugnauth ! L’affaire peut se résumer en une phrase : Pravind et Kobita Jugnauth signent devant un notaire pour jurer qu’ils ont payé Rs 20 millions, tandis qu’un témoin affirme dans une déposition écrite et signée à l’Independent Commission against Corruption (ICAC) et publiée par l’express, que c’est Alan Govinden, un riche businessman mauricien établi en Angleterre, qui a payé. Si les allégations de cet homme, un employé de Bel Air Sugar Estate (BASE), la société qui a vendu le terrain de 7 000 mètres carrés, s’avèrent, il y a d’abord la question de «faux et usage de faux».

À partir de là, les détails sont potentiellement de plus en plus embarrassants, voire incriminants pour Pravind Jugnauth. Pourquoi ce businessman paierait-il Rs 20 millions pour que finalement le titre de propriété soit rédigé au nom de Pravind Jugnauth (NdLR : techniquement au nom des filles du Premier ministre représentées par leurs parents devant le notaire) ? Au-delà de la légalité qu’une tierce personne paie pour une transaction dans laquelle il n’est nullement concerné, la question potentielle serait : qu’obtient-il en retour ? Encore plus simplement, pourquoi Pravind Jugnauth ne dit pas devant le notaire que c’est Govinden qui paie ? Ce mensonge allégué rend l’affaire encore plus suspecte. Ajoutez-y le silence de l’ICAC depuis neuf ans et l’on obtient le cocktail parfait pour une saga politico-financière avec le Premier ministre (qui nomme lui-même le DG de l’ICAC) au centre.

Vient ensuite l’aspect de l’enquête britannique. Il est établi que les autorités britanniques et mauriciennes ont échangé des informations sur cette enquête puisque, selon le témoin, le paiement a été effectué en Angleterre sur un compte dans une banque du pays de sa Majesté. Les dernières correspondances entre l’Attorney General de Maurice et celui de la Grande-Bretagne remontent à fin 2014, début 2015. Y a-t-il eu tentative (avec succès) de l’Attorney General d’alors d’arrêter cette collaboration ?

Dans l’express du 28 août, Alan Goviden a tenté de trouver une parade, qui s’est avérée encore plus incriminante. Il déclare avoir effectivement acquis le terrain mais qu'il l’a revendu. Cela ne peut pas tenir la route puisque l’acte notarié stipule que les Jugnauth achètent de BASE et de nul autre.

Par-dessus tout cela, il y a un autre scénario qui se chuchote. Et si les Rs 20 millions n’avaient jamais été payées et que le témoin a menti à l’ICAC ? Pravind Jugnauth ne serait pas sorti d’affaire, loin de là. Certains documents démontrent l’intérêt de Pravind Jugnauth pour ce terrain depuis les années 2000. Il était alors ministre de l’Agro-industrie, concepteur de la réforme sucrière, et BASE était l'une des premières sociétés à obtenir le droit d’accorder des VRS grâce à la signature de… Pravind Jugnauth. Un scénario loufoque, qui est cependant nourri par le silence du Premier ministre. Aussi longtemps qu’il ne répondra pas aux questions sur ce sujet, il ne pourra pas empêcher que de tels scénarios émergent chez les esprits sains ou malsains.

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