Focus: la mer… nourricière mais traîtresse

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L’homme prend la mer chaque jour pour gagner son pain quotidien. À vrai dire, l’artiste Renaud semble avoir raison. «C’est pas l’homme qui prend la mer. C’est la mer qui prend l’homme», chante-t-il. Depuis le naufrage du Wakashio et celui du Sir Gaëtan, les Mauriciens prennent pleine conscience du danger du grand bleu nourricier et meurtrier à la fin. Karl Lamarque, plaisancier depuis 28 ans, reconnaît que celle qui a nourri sa famille peut aussi être traîtresse comme le disent souvent les hommes de la mer. «Li donn lavi é li pran lavi.» 

D’ailleurs, le plaisancier se souvient encore d’un incident qui a failli lui être fatal. Jeune, il était parti plonger seul dans le lagon près du récif, mais le courant l’avait entraîné en haute mer. «J’avais nagé contre le courant pendant trois heures pour gagner la terre ferme. Heureusement que j’étais jeune. Sinon, cela aurait pu être mon dernier jour», se remémore-t-il. Et le 26 décembre 2004, alors qu’il venait de débarquer des touristes sur la plage de Flic-en-Flac, des vagues générées par le tsunami avaient projeté son embarcation à plus de 25 mètres du rivage. 

D’ailleurs, de par son expérience, il a appris que la mer est différente dans chaque région de l’île, ayant chacune ses spécificités. «Il faut connaître les passes et les eaux peu profondes où les houles sont plus dangereuses en s’écrasant sur les fonds. Il ne faut pas jamais prendre de risques car la mer est imprévisible. Même les pêcheurs chevronnés se font piéger.» Il se souvient de son frère aîné, Réginal Lamarque, qui était parti à la pêche un beau matin, mais qui n’est jamais revenu. 

Ce type de temps, Eddy Massé, pêcheur depuis plus de 40 ans à Grand-Baie, en sait quelque chose. «Nous n’avons que de vieux gilets de sauvetage pour nous protéger. On part à la pêche le matin sur une mer calme, sans vent. Mais sur le chemin de retour en haute mer, il faut affronter de grosses vagues et des vents violents. C’est très dangereux», raconte-t-il. Les frêles embarcations des pêcheurs artisanaux ne font pas souvent le poids, dit-il. Comme disait la chanson, elle prend les hommes au dépourvu…


Les enfants se jettent à l’eau

C’est un fait, la plupart des Mauriciens ne savent pas nager (même des gardes-côtes). L’on se souvient que l’ancien directeur technique national de natation Ben Hiddlestone a été surpris que les enfants ne sachent pas nager. Il avait déclaré que sur les 1 100 enfants concernés par ce programme scolaire, seuls une vingtaine a su nager sur 25 mètres à la piscine du Pavillon, à Quatre-Bornes. Cependant, il y a espoir. Après le projet sur une base pilote regroupant une trentaine d’écoles primaires, le ministère de l’Éducation poursuit l’apprentissage de la natation dans le milieu scolaire. Ainsi, plus de 150 écoles sont concernées par cette formation. L’on apprend qu’à la fin de septembre, les écoliers auront l’occasion d’approfondir leurs connaissances dans cette discipline. Toutes les piscines de l’île seront réquisitionnées afin d’aider les jeunes à nager.

Le climat influence l’océan

Le climat influence beaucoup plus la mer qu’on peut le croire. L’ancien directeur général de la station météo de Vacoas, Suresh Boodhoo, nous donne quelques explications. «Il y a des vagues et des houles. Les vagues sont générées par du vent, mais dès qu’il s’estompe, les vagues disparaissent. Ce sont les houles qui sont les plus dangereuses. Elles sont provoquées par une différence de pression atmosphérique et elles arrivent de loin pour rendre la navigation difficile.» Le vent pourra être absent, mais les houles venant du Sud peuvent provoquer une mer déchaînée, par exemple. 

La lune a également un impact sur l’état de la mer. Elle attire l’eau, la faisant «gonfler», explique- t-il. D’où des marées exceptionnelles pendant la pleine lune. D’ailleurs, il est possible que l’eau monte beaucoup plus sur les régions côtières quand il y a de fortes houles pendant des marées exceptionnelles. Et, dernièrement, le courant marin qui peut être dangereux pour des profanes a également influencé la marée.


Viraj Ramharai, formateur international des secouristes en mer

Quels sont les dangers que les baigneurs ou passionnés de la mer doivent prendre en considération ? 
Il y a d’abord le rip curl, c’est-à-dire, le courant marin qui attire vers le large. Si un nageur veut nager contre, il sera vite épuisé. Il y a aussi des vagues qui sont dangereuses, mais elles sont visibles, contrairement au courant. Cependant, avec un peu d’observation, il est facile de repérer les courants. Ils entraînent les débris flottants, l’eau est «huilée», mais avec un peu de remous à la surface. 

Les nageurs se mettent aussi en danger en ne respectant pas les consignes en allant dans des zones interdites ou dans des zones navigables. Ce faisant, ils mettent également la vie des plaisanciers en danger. Le vent aussi peut être dangereux si les nageurs utilisent une bouée. Il faut être vigilant quand on va nager. Il faut éviter les endroits où il y a des coraux, des rochers ou de la vase car ils abritent des oursins ou des poissonspierres qui sont dans leur habitat naturel.

Comment réduire le risque d’accident ? 
Il faut faire attention, ne pas prendre de risques inutiles. Il faut respecter les consignes et les zones de baignade interdites. De plus, si vous n’êtes pas habitué à une plage, il faut toujours aller parler aux pêcheurs, aux plaisanciers ou aux garde-côtes pour leur demander quels sont les coins dangereux de la plage. Portez des maillons de bain aux couleurs vives et attirez l’attention quand vous êtes en danger. Si vous avez bu ou trop mangé, ne nagez pas.

Quelles sont les principales causes de noyade ? 
La négligence et l’alcool. Des parents qui laissent leurs enfants nager sans surveillance ou des adultes qui partent nager en état d’ébriété. Il y a aussi ceux qui nagent dans des zones interdites.

Êtes-vous de ceux qui pensent que les Mauriciens, ne sachant pas nager, prennent des risques inutiles ? 
C’est vrai. Ils essaient de nager sans prendre de précautions. Ils s’aventurent là où il y a du danger. Il y a aussi ceux qui souhaitent apprendre à nager, mais les cours coûtent cher. Je donnerai des leçons gratuites prochainement. Il y a aussi la timidité de certains adultes qui veulent apprendre, mais ils ont honte.

Les parents n’encouragent pas non plus leurs enfants à faire de la natation. Est-ce vrai ? 
Les parents veulent que leurs enfants se concentrent sur leurs études académiques. Il y a aussi des parents qui traumatisent leurs enfants en leur disant «pa bizin al lamer, to pou noyé». Ils font de la prévention, c’est bien, mais de la mauvaise manière. Dès l’enfance, l’enfant développe une phobie. Les parents créent une psychose.

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