A La Caverne Vacoas, l’angoisse de la pauvreté ronge Noella

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Noella Eole, mère, grand-mère, se bat pour faire vivre sa famille.

Noella Eole, mère, grand-mère, se bat pour faire vivre sa famille.

Contraste saisissant. Elle habite à quelques pas du complexe flambant neuf de la NHDC, à Vacoas. Elle vit dans une modeste maison, est criblée de dettes, son porte-monnaie et son ventre crient famine. Récit.

Elle ne sait plus vers qui se tourner. Noella Eole, 42 ans, a l’impression de vivre un véritable cauchemar quotidien avec un porte-monnaie vide et des dettes qui n’en finissent plus. Nous l’avons rencontrée, jeudi 10 septembre, à La Caverne Vacoas, entourée de ses enfants âgés de quatre à 18 ans et les deux bébés de sa fille de 18 ans, qui ont un et 2 ans. Elle habite une modeste maison, qui contraste complètement avec le nouveau complexe de la NHDC, à une rue de chez elle.

Avec des morceaux de tôle en guise de portail et des appareils électroménagers cassés dans sa petite cour, en plus de la pluie qui s’est abattue sur la région plus tôt, une forte odeur d’humidité et un air lugubre émanent de la petite maison sombre qui respire la pauvreté.

Assise sur un vieux matelas étalé à même le sol – coincé entre une armoire et le mur – Noella explique que la maison lui vient de sa mère, pendant que son petit-fils d’un an joue avec ses mains. «Monn gagn sa lakaz-la kan linn décédé. Mo tinn koumans vinn res ek li kan linn malad, mo ti pé res ek mo concubin avan sa. Kan linn mor monn gagn lakaz-la.»

Factures à la chaîne

Cependant, elle était loin de se douter que la maison serait en quelque sorte un cadeau empoisonné. Après la mort de sa mère, Noella tombe des nues quand les factures lui tombent dessus les unes après les autres. En tout, avec les frais de la maison – électricité, eau et municipalité – elle doit la bagatelle de Rs 37 000.

Une somme qu’elle n’arrive pas à payer avec quatre enfants toujours scolarisés et ses petits-enfants sur les bras. D’ailleurs, à la suite des nombreuses factures impayées, la maison est dépourvue d’eau et d’électricité depuis plusieurs mois.

Les larmes aux yeux, elle explique qu’elle n’a nulle part où aller et qu’elle est seule pour s’occuper de ses enfants et trouver l’argent pour repayer toutes ces dettes. «Mon copain et celui de ma fille nous ont abandonnées. Ils ne donnent pas un sou pour leurs enfants. Je travaillais dans une compagnie de sécurité avant que ma mère ne tombe malade mais lorsqu’elle a été hospitalisée, il y a deux ans, j’ai dû m’arrêter pour m’occuper d’elle. Aujourd’hui je suis au chômage.»

Précieux enfants

Résultat : c’est avec une maigre pension de Rs 3 000 par mois qu’elle doit se débattre pour trouver la nourriture, payer ses dettes et s’occuper de ses enfants et petits-enfants. Ces derniers, l’air innocent, ne comprennent pas vraiment ce qui se passe alors que ses enfants un peu plus grands posent beaucoup de questions, se plaignent de ne pas avoir certaines choses que leurs amis à l’école ont la chance d’avoir.

Tantôt timides et tantôt perdus dans leurs pensées, certains des enfants esquissent un petit sourire au coin des lèvres lorsqu’ils voient leur mère pleurer, tout en posant gentiment leur main sur celle de Noella.

Pour elle, ses enfants sont ce qu’elle a de plus précieux. Même si c’est dur de les élever seule, Noella assure qu’elle ne les échangerait pour rien au monde et qu’elle fait de son mieux pour les protéger. Cependant, l’idée même qu’ils grandissent dans la pauvreté lui fend le cœur.

Tout en montrant du doigt les gouttes d’humidité qui jonchent les murs, Noella explique que le soir, ils dorment tous sur des matelas posés sur le sol. Même les bébés. Pour se tenir au chaud, ils mettent plusieurs vêtements et s’enveloppent dans des draps. Elle confie que les jours où il pleut, comme c’était le cas jeudi, elle prie fort pour que cela cesse avant que la nuit ne tombe. Car, si c’est le cas, certains d’entre eux devront rester debout toute la nuit car l’eau et l’humidité pénètrent sous le matelas et baissent encore plus la température, ce qui rend malade.

Pouvoir travailler

En effet, pour Noella, chaque jour est «un parcours du combattant». Quelquefois, le froid, l’humidité et la pluie ne sont que le cadet de ses soucis. Car, pour avoir des couches ou du lait, elle doit compter sur la générosité des gens. Idem parfois pour un peu d’eau potable, quand il n’a pas plu, pour remplir les biberons des bébés de sa fille. «Ena zour mo al dormi san manzé mwa. Mé pou mo pa les bann zanfan-la san manzé, mo al demann divan laport mo kat garson ki deza marié ou mo bann ser. Mo bann garson sey ed mwa kouma zot kapav me zot ousi zot éna zot menaz.»

Elle ajoute que tous les matins, elle ne peut offrir que du thé sans lait et du pain sec à ses enfants pour aller à l’école. «Je garde mes enfants scolarisés parce que j’ai envie qu’ils réussissent et qu’ils ne fassent pas les mêmes erreurs que j’ai pu faire. Mais j’avoue que c’est difficile. Ou koné kieté sa, kan pa kapav gat ou zanfan ? Ou koné kiété sa, kan ariv enn moman ou pa kapav asté enn kayé pou ou zanfan ?»

Pour Noella, sans ces dettes et si elle pouvait avoir un travail stable, tout aurait été plus facile. «Je ne demande rien d’autre que de pouvoir donner à mes enfants une meilleure vie et ne plus vivre dans l’angoisse…»

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