Moi Aruna...

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Elle se prénomme Aruna. Elle a un nom certes, comme nous tous, mais le patronyme importe peu, dans ce cas. Elle est une personnalité publique, ou privée, ce n’est pas grave, comme elle le dit si justement. Elle ne cherche pas à s’attirer de la sympathie, surtout celle, souvent factice et motivée, des associations féminines ou dites socioculturelles.

Aruna est une citoyenne mauricienne, bloquée à l’étranger, à Bruxelles plus précisément, coupée de ses proches et amis, de sa culture, de son ti zil. Devenue étrangère, elle est ’stranded’ lot koté dilo, sans un billet d’avion, pratiquement sans le sou, depuis trop longtemps. Pourtant ce n’est pas faute d’avoir fait tout son possible pour rentrer au bercail.

Avant de poster sa vidéo SOS, Aruna n’a pas eu le temps de se maquiller; elle ne se maquille pas vraiment, mais elle voulait quand même dissimuler la fatigue, le doute, la douleur, la peine et la colère qui se relaient sur son visage. Elle s’en excuse en chassant les larmes rebelles, mais on sent que c’est un geste inutile, une formule de diplomate, elle s’en fiche, en fait, de son apparence, elle ne cherche pas à séduire, ni à occuper l’écran de la MBC, ni à faire pleurer dans les chaumières mauriciennes. De toute façon, c’est son coeur qui parle, pas pour elle, mais pour nous tous, si tant qu’on veuille l’entendre, si tant qu’on veuille l’écouter, si tant qu’on possède toujours une liberté de penser.

Pour ceux qui ont eu, comme moi, le privilège de croiser le chemin d’Aruna, cela fout les jetons de la voir ainsi, les yeux larmoyants, elle qui était ce rayon de soleil, ce bouquet de bonne humeur, elle qui incarnait la joie de vivre, elle qui riait presque sans cesse, avec cette énergie positive époustouflante, bienfaisante, même si elle se retrouve dans un fauteuil roulant.

À force de buter et de cogner contre les portes des ambassades mauriciennes en Europe, des ministères à Port-Louis, des autorités supposément compétentes ici ou ailleurs, elle est devenue aujourd’hui l’ombre d’elle-même. Le drame qu’elle vit et qu’elle a choisi de partager – sans artifice – en kreol, français et anglais s’avère un vrai cri de coeur, qui a touché le coeur de milliers et de milliers de Mauriciens : «Si vous ne pouvez rien faire pour moi et tous ces autres Mauriciens qui sont toujours bloqués à l’étranger, de grâce partez, et surtout, ne nous enlevez pas notre liberté de penser, d’expression, d’action», lance-t-elle, en substance, aux responsables politiques.

Ses mots saccadés, exaltés, frénétiques, ne peuvent laisser insensibles : «C’est difficile d’être maintenu en dehors de notre île / Pierre à feu, nous sommes ! L’île Maurice n’appartient à personne. Je suis fatiguée. Oui, je parle… et alors ? J’appartiens à qui ? Peut-être à mon père et à ma mère. J’en ai marre. Mon cœur me fait mal. Jusqu’à quand resterez-vous spectateurs. Oui je ne suis pas assise au Parlement. Mes démarches vont devoir avancer tôt ou tard, je ne vais pas me laisser mourir, mais mon pays, notre pays, quand va-t-il avancer ? Si ou na pas kapav, alé dan dinité, respectez-nous, vous autres. Modifions cette Constitution, arrêtons d’être aussi idiots. Ne menacez pas ma famille, mes amis, je vous demande le respect. Oui j’ai le droit de parler pour mon peuple. Courage mo nasion…»

Retenez bien son prénom, elle s’appelle Aruna, et non pas Kobita. Le patronyme, dans son cas, importe peu.

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