Dynastie soleil versus Triumvirat inédit

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L’alternance à l’absolutisme du MSM – qui est, depuis samedi dernier, incarnée par le triumvirat inédit PTr-MMM-PMSD (rouge-mauve-bleu) – n’est pas une promesse de neuf. Les mêmes patronymes continuent d’occuper les devants de la scène ; la moyenne d’âge des figures de proue (Ramgoolam, Bérenger, Duval et Boolell) dépasse les 60 ans ; et les femmes demeurent à la traîne, à ce stade de cette énième recomposition stratégique sur l’échiquier. 

Cependant, dans «l’intérêt supérieur du pays», formule magique, que se sont appropriée nos leaders politiques, tout devient possible, acceptable, voire nécessaire. Face au règne sans partage du clan Jugnauth, et aux milliards transférés des réserves de la Banque centrale pour masquer la crise économique, Ramgoolam et Bérenger, les terribles voisins de River-Walk, oubliant la terrible déroute de 2014, semblent s’être réconciliés. Le leader du MMM, sans broncher, a accepté que le leader du PTr préside la première réunion tripartite, et que lui (Bérenger) prenne la deuxième présidence tournante, et celui du PMSD la troisième. Et le leader de l’opposition, Arvin Boolell, sera-t-il le quatrième président, ou est-ce que cela tournera uniquement entre les chefs/propriétaires de parti ? On verra bien. 

Le MSM, qui ne peut pratiquement plus compter sur le ML (depuis la révocation de Collendavelloo), va capitaliser sur les erreurs de casting du regroupement de l’opposition, et va tenter de tuer dans l’oeuf le bloc qui émerge. Dans chaque parti, il y a des frustrations, et quand il y a des alliances, soit on pousse celles-ci sous le tapis consensuel, soit on claque la porte, comme Collendavelloo l’avait fait en 2014 en démissionnant du MMM, afin de démontrer sa préférence pour la dynastie soleil face à l’option Ramgoolam. 

En décembre 2019, pour les dernières élections générales, les électeurs, ou plutôt les votants, se retrouvaient devant un triple choix – un peu comme en 1976. 1) Assurer la continuité de l’action du gouvernement MSM-ML (les coqs ayant quitté la basse-cour Lepep, en décembre 2016, dans le sillage du Prosecution Commission Bill, projet de loi qui aurait rendu la dynastie soleil encore plus puissante qu’elle ne l’est aujourd’hui). 2) Provoquer un retour de l’équipe de Ramgoolam-Duval; 3) Dire Non aux deux traditionnelles dynasties politiques hindoues, qui ont régné sur Maurice depuis l’indépendance et faire confiance à Paul Bérenger et le MMM, seuls contre tous, mais pas plus forts que jamais… 

En attendant que la Cour suprême valide ou invalide les diverses pétitions électorales – déjà neuf mois se sont écoulés depuis qu’elles ont été logées, en respectant le délai de 21 jours –, l’on se rend à l’évidence que le système First Past the Post a donné les rênes du pays au clan Jugnauth avec 37 % des suffrages exprimés. Mais cela ne veut nullement dire que le reste de l’électorat est acquis à l’opposition (et que celle-ci représente plus de la moitié de l’électorat). Ramgoolam et Bérenger savent fort bien que 40 % + 40 % ne font pas du tout 80 %. 

*** 

La conjoncture joue en faveur du nouveau bloc. Après la marche citoyenne du 11 juillet et le rassemblement du groupe Affirmative Action, la série de scandales, surtout les derniers St-Louis Gate et l’achat de médicaments et d’équipements, la politisation à outrance des institutions comme la police et l’ICAC, la piètre performance des ministres insuffisants comme Seeruttun aux services financiers et Sawmynaden au Commerce, la série d’arrestations, d’interpellations ou d’intimidations, contre des citoyens comme Seenauth, Ruhomally, Narsinghen et Sanspeur, et contre la presse libre et indépendante, la gestion de la crise sanitaire, et celle de nos frontières, tout cela fait qu’il y a manifestement une opportunité à saisir pour l’opposition. Le test sera une démonstration de force dans la rue, en cristallisant sur les frustrations des Mauriciens, qui redoutent les dérives totalitaires et qui dénoncent, courageusement, les amendements liberticides à l’ICT Act et, bientôt, au Computer Misuse and Cybercrime Act. 

Outre les mouvements citoyens et syndicaux, l’opposition peut brasser large, en accueillant Roshi Bhadain, qui connaît un succès populaire auprès des jeunes, et tous ceux qui se sentent trahis par les promesses de la dynastie Jugnauth, qui avait promis de jeter Ramgoolam en prison, mais qui n’a pas pu le faire, malgré tout son arsenal ; le judiciaire et la presse n’ayant pas abdiqué leur rôle de rempart contre l’abus du pouvoir de l’exécutif, qui a déjà écrasé complètement le législatif, avec l’aide d’un Loudspeaker au Parlement…

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