Il faut que ce Budget marche !

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Le ton était monocorde, un peu fatiguant même et plutôt terne. J’imagine que parler derrière un masque pendant plus de 105 minutes n’est ni très agréable, ni très simple. Mais la conviction y était. Du moins, celle de nous répéter l’évidence, que le moment est exceptionnel et sa croyance que son Budget 2020-2021 était, par excellence, le moyen d’avancer. 

Le premier Budget de Renganaden Padayachy n’est pas seulement exceptionnel à cause du Covid-19, mais aussi parce qu’il héritait d’une situation plutôt contrainte par les décisions de son prédécesseur, Pravind Jugnauth, notamment sur les pensions augmentées de manière déraisonnable dans la fièvre électorale. Manque de pot, son prédécesseur ne peut, jeu favori, être blâmé : c’est son chef ! Il n’y a pas de tentative de dépêtrer les coûts exceptionnels du Covid-19 sur le Budget 2019- 2020. Il se terminera, selon les estimations du gouvernement, avec un déficit de 13,6 %. Il y a Rs 20 milliards de revenus en moins qu’attendu et ça, c’est un effet direct du virus, notamment sur la TVA, dans le sillage d’une contraction de l’économie estimée à 11 % sur 2020 et 7 % sur 2020/21. Par contre, les dépenses additionnelles de Rs 26,7 milliards par rapport au Budget voté en juin 2019, ne sont qu’en partie dues au Covid-19. Le budget de la Sécurité sociale augmente de + Rs 4,85 milliards. Le poste de dépense qui a crevé le plafond est celui du Vote 27-1 (Centrally Managed Initiatives of Government qui passe de Rs 9,4 milliards à Rs 38,8 milliards !). Il sera intéressant (et nécessaire) dans les jours qui viennent, d’en faire une comptabilité analytique plus pointue.

Quoi qu’il en soit le «net borrowing requirement» du gouvernement, qui devait être de Rs 19,2 milliards cette année financière, est maintenant passé à Rs 69,8 milliards (Appendix E). Des Rs 18 milliards reçues de la Banque centrale en décembre 2019, il semblerait que seulement Rs 8,2 milliards aient été utilisées pour repayer nos dettes en devises, à ce stade. Dans le Budget de l’an prochain, il y a un déficit de Rs 27 milliards, qui est tout simplement couvert par l’équivalent provenant des Rs 60 milliards de transfert provisionnées par la BoM. La dette publique globale en juin 2021, malgré l’apport de la BoM, sera à 78,2 % du PIB. Il n’y a pas longtemps que l’on s’émoustillait quand c’était à 65 % … 

Mais tout cela, c’est de la comptabilité et de la sémantique, à ce stade.

Ce qui comptera avant tout pour l’immédiat c’est de savoir si ce Budget, adossé aux Rs 80 milliards mises à disposition de la MIC par la BoM, pour soutenir le secteur privé amoché, va nous sortir de là ! En effet, on peut désapprouver ce qui s’est fait, les dépenses intempestives, les ponctions majeures à la Banque centrale, s’inquiéter pour la balance des paiements, l’inflation, la roupie qui glisse, mais ce qui est fait est fait et ne peut être maintenant défait. Il ne nous reste que l’avenir et chaque citoyen doit s’y mettre avec toute sa volonté, pour que ce Budget marche et que le pays se retrouve sur les rails. 

Quant aux mesures du Budget, je ne vais pas m’éterniser sur le périphérique.

Pour l’essentiel, on compte sur la construction avec un budget de relance de l’investissement de Rs 100 milliards, dont Rs 12 milliards pour du logement social subventionné, ainsi que divers travaux d’infrastructure, en sus d’un lot de 34 projets alignés à l’EDB pour Rs 62 milliards et que l’on espère être plus qu’un effet d’annonce. En outre, on se propose d’encourager solidement la production agricole locale, de garantir Rs 25,000/tonne aux petits planteurs de canne, d’augmenter les «marges de préférence» pour les producteurs locaux et de les payer plus rapidement. On semble maintenant plus croire en une industrie pharmaceutique qu’en l’économie bleue, dont on a pourtant chanté les espoirs pendant des années, sans que la mayonnaise ne prenne.

Devant le déclin démographique, on a choisi, à raison, de faciliter l’arrivée et le travail des étrangers plutôt que d’encourager la natalité, plus coûteuse. Le tourisme sera surtout chez lord Desai. MK sera aidée, mais on ne dit pas comment. Il y aura 10 % de dépenses publiques en moins, sauf à l’item social, qui est quand même, à quelque 80 milliards, le plus gros morceau et le Solidarity Levy de 5 % va passer à 25 % pour les revenus au-dessus de Rs 3 millions l’an, générant, ils l’espèrent, Rs 3,5 milliards ! Les PME et les ménages vulnérables bénéficieront (le détail n’est pas clair) de Rs 20 milliards et Rs 15 milliards seront disponibles pour une aide exceptionnelle mensuelle de Rs 5 100 aux chômeurs pendant six mois. Les nouveaux prêts de la DBM seront généralement à 0,5 %.

Le slogan retenu par Padayachy est celui de l’économie de la vie. C’est un bon slogan et il est nécessaire que ce Budget marche, car sinon nous allons y laisser nos vies. Du moins nos qualités de vie. Si on rate notre coup, si on gaspille, si on truande, si le FMI n’est pas d’accord, si on ne redonne pas confiance, si on finit sur la liste noire de l’UE, si les tensions sociales débordent, si le népotisme et l’iniquité perdurent et démobilisent, si on continue à boycotter et à punir plus qu’à fédérer et à unir, nous n’aurons pas une deuxième chance. Néanmoins, malgré ses insuffisances, je m’attellerais personnellement à lui donner toutes ses chances, à ce Budget national. 

Il n’y a pas d’autres cartouches en réserve maintenant. Aucune part !

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