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Les multiples leçons du confinement, qui aura duré 72 jours, sont – et, souhaitons-le - vont rester avant tout, d’ordre existentiel. Une leçon personnelle, une introspection propre à chaque individu, un conte philosophique moderne, qui nous parlent à tous. On s’est retrouvé, du jour au lendemain exclu de la société dont on est le produit. Pour beaucoup d’entre nous, ce temps d’arrêt a provoqué des prises de conscience, des remises en question, que ce soit individuelles ou collectives. Ce repli sur soi a permis le questionnement de notre comportement humaniste dans son intériorité, loin de la course et le trafic des jours d’avant. Mais est-ce suffisant pour transformer l’individu de l’intérieur et la société dans son pluralisme afin d’augurer une dimension ultime à l’entreaide et à la fraternité ? 

Enfermés chez nous, pour nous protéger du virus et des autres, nous avons compris que nous sommes, outre un animal social, un pur produit de la nature. Cette nature qui nous a fait venir au monde peut tout aussi nous déconnecter de la vie en un rien de temps. Ce brusque rappel que chaque instant dans la vie est un pas de plus vers la mort a eu ceci de positif : un éveil de la conscience citoyenne, un réveil de la sensibilité des uns et des autres, une meilleure écoute car il y avait moins de bruit autour – ce qui est paradoxal en temps de guerre mondiale. À l’express, durant ces deux mois de confinement, notre boîte à lettres a reçu un nombre inimaginable d’écrits citoyens à forte sensibilité humaine, écologique, environnementale, davantage que les sempiternels discours politiques et économiques qu’on entend trop et qui ont perdu leur substance. 

Les images de nos photographes ne vont jamais s’effacer, même si une police abusive, sous pression, tente, des fois quand elle est acculée, de confisquer notre carte mémoire. La nature a repris ses droits. Les plages ont pu respirer sans la pollution humaine. Les poissons sont revenus taquiner le rivage. Une autre image qui restera : c’est la file d’attente devant les supermarchés. Nous savions que notre société était consumériste. Mais distanciation sociale oblige, notre propension à la consommation à outrance a été freinée dans son élan dépensier. Malgré tout, nous avons survécu, en revenant vers l’essentiel, à la terre. En prenant le temps de cuire nous-mêmes. 

Mais tout cela risque de changer dès aujourd’hui. Surtout s’il faut se ruer dans les magasins pour acheter les cadeaux en promotion pour la fête des Mères. Comme si on n’avait pas compris qu’on n’avait nullement besoin d’argent pour séduire notre propre mère – qui ne demande jamais rien d’autre que de nos nouvelles, personnelles, pas matérielles. 

Alors que le peuple a été mis devant le fait accompli avec des amendements liberticides, frisant la dictature, il s’attend qu’il retrouve progressivement, comme promis par Pravind Jugnauth au Parlement, ses libertés, et que les politiciens écoutent davantage ses préocupations par rapport à l’utilisation des fonds des contribuables sans consultation aucune, comme un simple jeu d’écriture, en jouant à la flûte enchantée (on bouche un trou ici, on libère deux autres là-bas). La mutation pour un pays plus inclusif, plus démocratique, ne pourra se faire que collectivement. C’est le pari de cette rentrée post-Lockdown. La présentation, jeudi prochain, du Budget de Renganaden Padayachy, les Rs 158 milliards débloquées par la Banque de Maurice pour aider le gouvernement et les secteurs (et entrepreneurs) en difficulté, les signes de détresse économique et sociale (qui ont commencé avec la démolition des bicoques en tôle de nos compatriotes squatteurs), le manque de considération, de compassion et d’empathie des dirigeants actuels vis-à-vis des Mauriciens ‘stranded’, et de la société civile, sont des événements qu’on va continuer à suivre de près. Si tant qu’on souhaite, vraiment, avancer ensemble, dans le dialogue constructif, la transparence et la bonne gouvernance. 

Il ne faut plus se voiler la face (même si on portera toujours des masques) : le coronavirus a provoqué une peur qui, à elle seule, a engendré une discipline certaine au sein du public et une série d’amendements qui donnent davantage de pouvoir au regime en place. En temps normal, plusieurs des lois votées auraient été irrecevables. Mais le gouvernement aura à rendre des comptes, tôt ou tard. La récession historique viendra lui compliquer la donne sur le terrain. On est, peut-être, sorti du confinement, mais on n’est pas, pour autant, tiré d’affaire. La vigilance et la veille citoyenne restent de mise. La période de convalescence risque d’être longue.

***

La situation des squatteurs mauriciens et la mort suspecte de six détenus en quatre mois nous rappellent l’explosion de colère qui embrase certains quartiers aux États-Unis à la suite de la mort de George Floyd – un Afro-Américain de 46 ans, après son arrestation par la police, lundi 25 mai, à Minneapolis (Minnesota). «Je ne peux pas respirer» : ces mots, murmurés par Floyd, selon des témoins de la scène, résonnent dans notre imaginaire. Cela vient s’ajouter au troublant fait que les Afro-Americains ont été, au moins deux fois plus, victimes du Covid-19 dans le pays de Donald Trump. C’est l’illustration d’une société foncièrement inégale, où certains sont moins égaux que les autres. D’un côté, on jongle avec des milliards comme si on était devenu, d’un coup, aussi riche que Bill Gates, et de l’autre, Steve Obeegadoo, ancien soldat militant, oubliant ses idéaux de gauche, qui expulse des compatriotes en plein confinement avant de reprendre, lui, tranquillement son cossu maroquin ministériel…Le temps passe, mais il y a des choses qui resteront gravées dans la pierre de notre mémoire collective. Comme la mort de Kaya en cellule, celle plus recente de Floyd et ceux qui, aujourd’hui, en 2020, n’ont toujours pas un toit sur leur tête…

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