Les règles ont changé. La réalité avec ?

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Je n’en reviens pas ! Soixante-quinze jours de quarantaine (sic !) plus tard et nous avons tout effacé, tout oublié et avons, semble-t-il, réinventé le monde ?

Décidément !

Il fut un temps, il n’y a même pas cinq mois, où nous étions tous transis à l’idée que le dernier Budget avait explosé ses limites grâce à une générosité électorale sans précédent, notamment sur les pensions, promises et payées depuis, 13e mois compris. La BoM venait d’être ponctionnée de Rs 18 milliards pour repayer de la dette étrangère ne coûtant pourtant pas très cher du point de vue intérêts, mais potentiellement menaçante, en effet, si Maurice dépréciait sa roupie, ce qui était d’ailleurs promptement enclenché juste après*.

Les meilleures estimations de l’endettement national le situaient alors à 64,9 % du PIB au 31 décembre 2019, mais ce n’était qu’une hypothèse de travail, car si les Rs 18 milliards ont bien été sorties du bilan de la BoM à cette date, on ne sait toujours pas si nous avons, depuis, bien repayé nos dettes pour la même somme !

Quoi qu’il en soit, il était noté que la dette nationale était un sérieux souci, car pendant les quatre ans menant au Budget 2019, on avait déjà rangé les endettements du Metro Express, de Safe City, de Côte d’Or dans des Special Purpose Vehicles garantis par le contribuable, hors Budget, demandé au parapublic de convertir son ‘cash’ en bons du Trésor (Rs 18,5 milliards jusqu’en 2021/22, dont Rs 6 milliards à juin 2020) et annoncé le besoin de vendre pour Rs 5 milliards d’actifs, non identifiés jusqu’ici, du gouvernement avant le 30 juin 2020. Il n’y avait, bien sûr, plus de réserves au budget national et l’objectif était pourtant de ramener l’endettement national à 60 % du PIB à juin 2021 ! Les pertes du Metro Express ainsi que ceux de Côte d’Or étaient à venir. Le ‘servicing’ de Safe City aussi. Le coût de la pension augmentée de même.

Ces chiffres et ces réalités n’ont pas disparu ! Loin de là ! D’ailleurs, le gouvernement ne demandait-il pas à tous ses ministères de trouver 17 % d’économies par rapport à l’année précédente ? Ces chiffres se sont, en fait, aggravés. Notamment puisque le PIB va plonger cette année**. La souche 2019 de la Covid est depuis passée par là et nous avons simplement changé de grille de référence. L’orthodoxie a cédé le pas à la déferlante du «À circonstances d’exceptions, mesures exceptionnelles !».

On ne parle donc plus d’endettement. Du tout ! On ‘produit’ plutôt de l’argent à la Banque centrale ! Rs 60 milliards ONE OFF, qu’on vous dit, ce qui n’est pas modeste ! Le plafond de la dette (Debt Ceiling Ratio) a été tout simplement éliminé. Pourquoi, si l’on ne s’endette plus ? Il a suffi d’un vote des “Ayes”and we had it”.

L’indépendance de la Banque centrale n’est plus sacro-sainte. La population, poussée à un peu de panique hystérique devant le danger du coronavirus, est heureuse de laisser le problème «aux autres», c.-à-d. aux autorités, et se laisse confiner et dicter sans trop réagir jusqu’ici, puisque l’on pouvait au moins toujours faire ses provisions deux fois par semaine, grâce aux lettres de l’alphabet et au moins bénéficier du WAP pour le moment. Quand on passera à la caisse, ce ne sera pas douloureux, nous dit-on, puisque nous «devrons de l’argent à nous-mêmes» et que la planche à billets n’en coûtera qu’à ceux qui nous suivront, ce qui n’est même pas sûr, c.-à-d. pas du tout pour le moment ! Que du bonheur…

Or, ne doit-on pas au moins se poser quelques questions. Par exemple, dans l’état où nous sommes, qu’est-ce qui se passerait s’il y avait une nouvelle «circonstance exceptionnelle», comme un gros cyclone qui ferme le pays pendant un mois, ou un tsunami qui se déclenche au large de Rodrigues, ou s’il nous faut absolument rétablir le pouvoir d’achat du peuple – entre-temps laminé par l’inflation – ou si la prochaine mutation du coronavirus tue sans aucun symptôme, à part une main (gauche) qui gratte ?

Je suis de la vieille école, sans doute. Il me semble que la nouvelle école est plutôt réactive et prône trop la facilité. D’ailleurs, qui va m’expliquer pourquoi les raisons qui exigent que l’on se limite à un seul ‘ONE OFF’ ne s’appliquent pas au ‘ONE OFF’ lui-même ?

Intuitivement, je n’y crois pas, comme je ne crois pas au mouvement perpétuel, à l’énergie inépuisable provenant de l’eau, aux rendements attrayants sans risques, de madame Cabas ou de la BAI. Il y a toujours un prix à payer pour tout, y compris pour toutes les saloperies qu’on fait aux autres et toujours, toujours, pour de l’argent ‘facile’ !

* Le dollar se vendait à Rs 35,97 le 3 janvier, Rs 36,60 à fin février et Rs 39,35 à fin avril, soit + 9,4 % en 4 mois

** Mécaniquement, un PIB de Rs 500 milliards qui chute, mettons de 20 %, fait qu’un déficit budgétaire de 5 % du PIB passe à 6,25 %, même si le déficit n’augmente pas dans l’absolu ! Or, ce sont les déficits perpétuels qui mènent aux endettements qui gonflent. Jusqu’ici !

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