Lockdown Diary #7 : Et quid de la démocratie sanitaire ?

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Chaque jour, un nouvel épisode, de nouveaux frémissements. Le feuilleton Covid-19 n’est pas près de prendre fin, on dirait, mais on sent que les autorités sont déjà dos au mur, face au petit virus qui poursuit sa ronde mortelle, sans pitié. Acculées, nos autorités ont, avec le «lockdown» total,  l'appel au fonds d’aide du FMI et le don de Jack Ma, épuisé leurs dernières cartouches. Que se passera-t-il si l’on n’arrive pas à rompre la chaîne de propagation, d’autant que celui qui a le ventre vide ne tiendra pas en place ? Nous dirigerons-nous, alors, vers un scénario à l’italienne ou à l’espagnole, puisque nous n’avons manifestement pas les moyens colossaux des Chinois qui, eux, construisent des hôpitaux comme nos enfants jouent au lego ?

De combien de ventilateurs, de lits de réanimation et d’oxygène disposons-nous après les dernières commandes passées en catastrophe ? Si l’on a pu résoudre l’équation de la mise en quarantaine grâce aux hôtels (qui restaient vides de toute façon), comment va-t-on augmenter nos capacités de soins aux urgences ?

Dans un document envoyé aux professionnels de la santé et en date du 13 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé estime que 14 % de ceux contaminés par le Covid-19 nécessiteront une hospitalisation, avec pas moins de 5 % en Intensive Care Unit. «If we do a simple mathematical calculation, assuming that in a country 100 000 people acquire the virus, a whopping 14 000 will become severely ill and a significant 5 000 will require intensive care. The question therefore is how many intensive care beds are there in any given regional hospital such as the SSRN Hospital?”, s’interrogeait une compatriote, Dr Reshma Ramracheya, qui fait de la recherche médicale poussée à Oxford, dans une tribune publiée, la semaine dernière, dans l’express. Elle concède, cependant, que le problème de capacité n’est pas le propre de Maurice : “(…) shouldn’t we begin to question whether there is sufficient investment on global preparedness and readiness to novel infectious diseases? Shouldn’t we question whether enough is being invested in medical research?”

En Italie, Roberto Benigni serait d’accord que la vie n’est plus belle du tout ; les gens sont en train de mourir, allongés à même le sol, dans les couloirs des hôpitaux surbondés. Les infirmières, le regard vide, détournent les yeux, impuissantes, pas insouciantes. Dans une maison de retraite à Madrid, de vieilles personnes sont mortes dans leur lit, n’ayant pu se faire admettre, malgré le fait que leur état était critique. Le Covid-19 est surtout un rappel brutal de notre vulnérabilité globale dans le secteur de la santé.

Les gouvernements savent tous qu’il leur faut investir dans des systèmes de santé efficaces et promouvoir la recherche pour contrer les menaces émergentes. Avec le Covid-19, c’est l’occasion de nous amener à changer de priorités et de politiques face aux risques sanitaires mais aussi face à d’autres challenges (à l’instar de ceux liés aux inégalités sociales ou au changement climatique). Dans une économie aux ressources financières limitées, les choix des politiques sont déterminants, pour les gros comme les petits investissements du genre Metro Express versus hôpitaux modernes, plaques d’immatriculation personnalisées versus ‘ventilators’ ou masques de protection pour les médecins, par exemple. Ou encore recruter des médecins chercheurs et des infirmiers qualifiés et motivés au lieu de nominer des ‘chairpersons’ et des ‘CEO’ pour des parapublics qui font faillite déjà...

Tenons en ligne de compte que les épreuves, comme celle que nous traversons ces temps-ci, peuvent soit nous rapprocher, soit nous diviser encore plus. Les 10 % que les ministres et PPS prélèveront de leurs salaires vont-ils jeter les bases de la solidarité entre voisins, entre Mauriciens qui ont des accès à géométrie variable aux services de santé ? Le coronavirus nous unit parce que nous sommes tous égaux en termes de contagion ou de vulnérabilité, en revanche, nous développons aussi une peur de l’autre, qui pourrait être porteur du virus. Cela développe un sentiment de défiance. Raison pour laquelle la sécurité sanitaire ne peut pas être laissée uniquement entre les mains des autorités, la société civile doit faire entendre sa voix et revoir, à la lumière de la gestion du coronavirus chez nous, son rapport avec ses élus et ce, dans une démarche de démocratie sanitaire. Dans son étymologie, une pandémie concerne «le peuple tout entier».

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