Transition énergétique: zéro charbon, tous concernés

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La nouvelle centrale d’Alteo, à Fuel, est, quant à elle, au point mort...

  La nouvelle centrale d’Alteo, à Fuel, est, quant à elle, au point mort...  

Les consommateurs sont-ils prêts à mettre la main à la poche pour avoir de l’électricité moins polluante que celle produite à partir du charbon? Cette question fondamentale est en ce moment au cœur des discussions entre le Central Electricity Board (CEB) et un producteur indépendant de courant, soit Alteo. À un moment où le projet de nouvelle centrale de 2 x 35 mégawatts (MW) de cet Independent Power Producer (IPP) est au point mort.

Initialement, Alteo – qui a vu son accord de vente d’électricité de 20 ans avec le CEB arriver à expiration en décembre 2018 être prolongé jusqu’en 2022 – avait envisagé de produire de l’énergie à partir du charbon et de la bagasse dans cette nouvelle centrale. Sauf que la donne a changé entre-temps.

Son Chief Executive Officer (CEO), André Bonieux, que nous avons sollicité mardi, affirme que le groupe réfléchit dorénavant sur la façon d’élaborer le projet différemment et sans utiliser du charbon. Notamment avec de la bagasse et un autre combustible comme des copeaux de bois (wood chips). Ceux-ci, dit-il, proviennent d'écorces d’arbres comme l’eucalyptus, qui sont cultivées sur une base industrielle. Alteo compte en importer pour alimenter sa chaudière pendant quatre mois, et les sept mois restants, en bagasse. Le tout, pour 11 mois d’opération.

Coût élevé

Qui dit combustible renouvelable dit aussi coût plus élevé. D’où ces questions du CEO d’Alteo : «Est-ce qu’en tant que pays, nous sommes disposés à assumer nos responsabilités et payer plus cher pour une énergie renouvelable ? Ou est-ce que nous voulons continuer avec l’huile lourde et le charbon – actuellement à très bon marché – qui nous tuent?»

Pour Alteo, il s’agit d’une décision politique que beaucoup d’économies comme en Europe ont déjà adoptée. «On a besoin d’une politique nationale qui implique que si on va vers le bio, on le fera même si cela coûte un peu plus cher», renchérit André Bonieux. Au cas contraire, «si la population ne veut pas payer, nous ferons du courant avec du charbon et encore heureux d’avoir toujours de la bagasse», poursuit-il.

De son côté, Shamshir Mukoon, directeur général (DG) par intérim du CEB, rappelle que l'organisme parapublic vient de renégocier le contrat pour une durée de trois ans avec Alteo, en prenant en compte les frais d’opérations et de maintenance du charbon et de la bagasse. Et non les coûts d’installations initiaux qui, eux, dit-il, ont déjà été amortis.

En ce qui concerne la nouvelle centrale, Shamshir Mukoon soutient que des discussions ont démarré mais n’ont pas encore abouti à la signature d’un contrat. «Beaucoup de questions ont été soulevées après la politique claire 'No to Coal' du gouvernement et aussi parce que nous n’avons pas encore une visibilité claire pour la nouvelle centrale d’Alteo», explique le DG par intérim. Il concède, toutefois, qu’«économiquement, on ne peut pas éliminer le charbon tout de suite», mais qu’il faut prendre des décisions pour passer à autre chose dès maintenant.

Et que cela prendra un minimum de trois à cinq ans pour éliminer le charbon.

D’ajouter que si on veut se conformer au protocole de Kyoto ou à la conférence Klima, organisée récemment par la Mauritius Commercial Bank (MCB), il faut savoir avant tout si les consommateurs peuvent payer. En attendant, Shamshir Mukoon confie que le ministère des Finances et celui de l’Énergie travaillent sur un Sustainable Biomass Framework (SBF), comme annoncé dans le Budget 2019-2020 de Pravind Jugnauth.

Ce cadre de la biomasse «devrait non seulement fournir une rémunération adéquate pour la bagasse et d’autres types de biomasse, mais également constituer une incitation pour les producteurs de canne à sucre», peut-on lire dans le rapport annuel d’Alteo. Pour sa part, Shamshir Mukoon est d’avis que «ce cadre donnera une indication dans quelle direction on va et si on adoptera la biomasse et la bagasse». Sauf qu’il n’est pas en mesure de nous dire quand ce SBF sera prêt.

Quid du prix que devra payer le consommateur pour avoir de l’électricité à partir de sources moins polluantes que le charbon? «Décarboner notre production a un coût et on doit y travailler. Le charbon est moins cher mais plus polluant. D’où notre projet de 'Combined Cycle Gas Turbine' au gaz naturel qui est 50 % moins polluant que le charbon et le diesel.»

De son côté, André Bonieux ne souhaite pas avancer un prix auquel le CEB devra acheter l’électricité produite à partir de la bagasse et de la biomasse par cet IPP «même si nous savons combien ça va coûter». Pendant ce temps, avec seulement 21 %, Maurice est encore loin de son objectif de 35 % d’énergies renouvelables en 2025.

La MCB dit «non au charbon»

La MCB, qui est l’une des banques d’Alteo, comme l’atteste son dernier rapport annuel, s’engage à ne plus financer de nouvelles centrales à charbon et à poursuivre le dialogue avec ses clients mauriciens pour trouver d’autres options plus écologiques pour la production d’énergie. C’est ce qu’a annoncé le groupe bancaire lors de la conférence Klima, organisée le 5 février, au Caudan Arts Centre.

Le Groupe MCB a exposé sa stratégie Climat pour «contribuer à faire de Maurice le laboratoire de la nouvelle économie climatique et être un acteur financier responsable et fédérateur». Cela, face au défi immense que représente la crise climatique. Le groupe bancaire veut parier sur la force de l’innovation et des initiatives collectives pour faire avancer Maurice vers la neutralité climatique, en ligne avec les accords de Paris.

Ils ont dit

«Avec le changement climatique, la fin imminente des contrats des IPP, la nécessité de moderniser des secteurs comme le transport, le tourisme, la canne, la gestion des déchets ou l’économie bleue, l’impératif d’aménager le territoire et les infrastructures de manière ‘smart’ et durable, l’urgence de revoir les lois relatives à la pollution datant de 1998, et avec les opportunités naissantes de démocratisation, de décentralisation, de décarbonation et de digitalisation des systèmes énergétiques, nous appelons le Gouvernement à s’engager afin que les politiques nationales multisectorielles s’intègrent, s’alignent et s’orientent vers l’objectif de 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050.»

Joel de Rosnay et Khalil Elahee dans leur «manifeste pour 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050», publié par «l’express» le 11 janvier.

«Nouveau projet, nouvel appel d’offres»

Alteo n’est pas le seul IPP concerné. Il nous revient que Terragen, dont l’accord d’achat de courant avec le CEB arrive à terme en juin, projette de venir avec un projet de production énergétique à partir de l’énergie solaire et ensuite des copeaux de bois. Shamshir Mukoon confie que, pour l’heure, il y a eu des discussions entre Albioma, le partenaire de Terragen, et le CEB uniquement. Cependant, le DG par intérim du CEB est catégorique: «Le contrat qui doit être étendu repose sur la bagasse et le charbon. Si on change le contenu du contrat, ce n’est plus le même projet. Et quand c’est un projet différent, on ne peut pas étendre. Il faut que cela passe par un exercice d’appel d’offres. Pareil pour l'extension d’une centrale. S’il s’agit d’une nouvelle technologie, il faudra passer par le même exercice.»

Nous avons également sollicité le Power Plant Manager de Terragen, hier. Un retour de sa part est attendu.

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