Praviniste, ramgoolamiste et trumpiste

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«Je ne souhaite pas que le Parlement siège en mon absence !» Cette phrase de Pravind Jugnauth, pour justifier la suspension des travaux parlementaires jusqu’au 14 février, traduit au moins deux choses. Primo, la suffisance ou l’arrogance du Leader of the House qui prend en otage la démocratie parlementaire et, partant, muselle tous ces jeunes qui font leurs premiers pas dans l’Hémicycle et qui, candides, ont promis à leurs mandants de soulever les problèmes de leur circonscription respective dès la reprise parlementaire. Déjà que ce gouvernement a pris deux mois et demi pour pondre son discours-programme (pourtant un rappel des promesses et du manifeste électoraux), et ne voila-t-il pas qu’il met tout le monde en congé forcé. 

Face à cette dictature parlementaire, ne devrait-on pas pousser pour que le Premier ministre n’ait plus cette prerogative de mettre en veilleuse l’Assemblée nationale, ou carrément de la dissoudre pour les besoins de son agenda personnel ? Il est grand temps que l’exécutif arrête d’écraser le législatif… Deuxio, cette décision de Pravind Jugnauth ne traduit-elle pas un manque de confiance envers ses adjoints, en particulier Ivan Collendavelloo ? Pourquoi celui-ci, pourtant un juriste de carrière, ne pourrait-il pas remplacer le Leader of the House ? Et quid des autres seconds couteaux du MSM, dont Leela Devi Dookun-Luchoomun ? 

Cette perception du pouvoir absolu qu’exerce Pravind Jugnauth s’inscrit dans une logique immuable. En théorie, il signifie la possibilité légale de tout contrôler au nom d’une légitimité supérieure, sans contrepoids, même à l’intérieur de sa famille politique. Dans la pratique, l’absolutisme pourrait prendre la forme de la stratégie des Jugnauth qui contrôlent le Sun Trust sans partage. Après son éclatante victoire au scrutin du 10 décembre 2014 et ensuite celle de novembre 2019, le MSM et son partenaire minoritaire (dont il n’a pas vraiment besoin pour régner) sont devenus les maîtres incontestables de l’échiquier, au Parlement et à l’échelon national. Raison pour laquelle les Ramgoolam, Bérenger, Duval et Bhadain seront, qu’ils le veuillent au fond ou pas, contraints d’unir leurs forces ou faiblesses. 

L’an dernier, l’on a assisté à une intensification des mesures de désespoir d’un clan familial qui ne voulait manifestement pas envisager de perdre le pouvoir et ses privilèges, et qui a tenté de faire taire toutes les voix qui osaient le critiquer. Après des attaques contre la presse libre, les partis politiques de l’opposition, et contre des citoyens-internautes qui s’expriment sur les réseaux sociaux, le régime a essayé de museler les militants de Rezistans ek Alternativ (R&A) en les disqualifiant comme candidats aux dernières élections, et en faisant fi des directives des Nations unies. La présence de l’Indien Prashant Kishor, stratège politique pour qui la fin (ou le pouvoir) justifie les moyens, vient aujourd’hui confirmer que Pravind Jugnauth n’a rien laissé au hasard, en prenant avantage de la main tendue par Narendra Modi et les eaux du Gange… 

Pourtant, dans les démocraties qui se respectent, la liberté d’expression, notamment celle de la presse et des syndicalistes impertinents (à l’instar de Soondress Sawmynaden) se doit d’être inaliénable. Rien ne peut justifier ce qui apparaît comme un désir de les réduire au silence. Et, a fortiori, rien ne peut justifier que l’on attise la haine contre ceux qui exercent ce nécessaire travail de contre-pouvoir… 

*** 

Face au MSM, il y a comme un océan de désespoir dans les rangs de l’opposition. Certains se demandent même si l’actuel leader de l’opposition va demeurer en poste après les secousses annoncées au sein de son parti, du PTr. Dans une interview qu’il nous a accordée (voir pages 10 et 11), en fin de semaine, Arvin Boolell baisse la garde et ouvre son Coeur. Il n’avait pas du tout aimé que Yatin Varma tente d’accentuer la division entre Navin Ramgoolam et lui. À la question d’Axcel Chenney pour savoir si dans l’éventualité que les pétitions électorales du PTr et des autres partis soient rejetées par la justice, si Navin Ramgoolam partira, le leader de l’opposition répond : «On est tous d’accord que personne n’est indispensable. Le PTr n’est pas un trust familial. Le PTr a une histoire glorieuse et j’ai dit à Navin Ramgoolam, le plus important c’est ce que nous quitterons derrière nous. Il ne faudrait pas qu’après nous, ce soit le déluge. Vous savez, j’accorde le bénéfice du doute à Navin Ramgoolam car il m’a dit que s’il n’y avait pas autant de doutes sur le déroulement du dernier scrutin, il serait déjà parti.» 

Chez les Rouges, l’incertitude se prolonge. Hier il y avait un soutien spontané dans le sillage de l’arrestation de leur chef (arrestation qualifiée alors de «vendetta politique») dans l’affaire de coffres-forts, aujourd’hui les travaillistes se font moins nombreux autour de Navin Ramgoolam et de sa bande de ramgoolamistes. Beaucoup aujourd’hui estiment, à demi-voix, certes, qu’après sa deuxième défaite consécutive (au nº 5 puis au nº 10), il serait temps que le leader cède sa place – pour de bon, et non pour la forme – à Arvin Boolell. Mais ce dernier n’est pas de cet avis : «Écoutez, jusqu’à l’heure, j’ai toujours connu Navin Ramgoolam comme un homme qui honore ses obligations. Quand j’ai des reproches à lui faire, je peux les lui faire. S’il faut le critiquer ici, je peux le faire. Mais Ramgoolam tient parole et il tiendra parole. Nous allons tous tenir parole et assurer la transition.» C’est cela le problème : d’autres veulent qu’Arvin Boolell engage un bras de fer avec Ramgoolam, sauf que le fils de sir Satcam Boolell ne veut pas le faire, car il aime et respecte son leader. Il semblerait qu’il soit même plus ramgoolamiste que boolelliste… 

*** 

«Une honte», «des conneries», «des menteurs», «des méchants». Trump, acquitté, ne machera plus ses mots. Sur Twitter, il a exprimé son amertume avant de remercier ses proches, en particulier sa fille Ivanka et sa femme Melania, pour leur soutien, tout au long du procès en destitution historique. Qui a mis en exergue les profondes divisions des States à l’approche de l’élection présidentielle de novembre. Trump se sent désormais plus fort que jamais : 52 des 100 sénateurs américains ont déclaré le président non coupable d’abus de pouvoir et 53 de l’accusation d’entrave à la bonne marche du Congrès (pour le destituer il aurait fallu 67 voix sur 100). Les deux chefs d’accusation ont surtout resoudé le GOP en cette année électorale, alors que les démocrates sont divisés…

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