Prestation de serment: l’ascension fulgurante d’Eddy Boissézon

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Corinne Boissézon, épouse d’Eddy Boissézon. Également présents, Guillaume et Kathleen Boissézon, le fils et la fille du nouveau vice-président de la République.

Corinne Boissézon, épouse d’Eddy Boissézon. Également présents, Guillaume et Kathleen Boissézon, le fils et la fille du nouveau vice-président de la République.

«C’est un homme discret, bosseur et très humain. C’est quelqu’un qui a des principes et qui n’aime pas la vulgarité.» C’est en ces termes que Kathleen Boissézon, Sales Executive chez Caractère Ltée, décrit son père. Celui-ci a toujours été attiré par la politique, confie-t-elle.

En effet, Eddy Boissézon a fait une éclatante sortie de l’ombre pour devenir député, ministre et ensuite vice-président de la République en l’espace de cinq ans. Pourtant, l’ancien ministre de la Fonction publique n’est pas un novice en politique. Il a entamé sa carrière au sein du MMM, goûtant à sa première victoire lors des élections municipales de 1991. D’ailleurs, il a été l’adjoint au maire de Vacoas-Phoenix jusqu’en 1993.

Cependant, l’ancien Mauve n’a fait son entrée au Parlement qu’en 1995, quand il a été élu en deuxième position dans la circonscription de Mahébourg–Plaine-Magnien, sous la bannière du PTr-MMM. Toutefois, quoi qu’il n’ait pas eu d’investiture lors du scrutin de 2000, il devait continuer à donner un coup de main à l’alliance MSM-MMM. Après la victoire du tandem Jugnauth-Bérenger, le leader du MMM lui a confié la présidence de la State Property Development Co. Ltd et de la Mauritius Ports Authority.

Son parti devait faire appel à lui lors des législatives de 2005, mais il a essuyé une défaite dans la circonscription de Mahébourg–Plaine-Magnien. Et pour celles de 2010, le MMM a préféré y présenter Tony Apollon. Malgré son absence aux élections, Eddy Boissézon devait participer aux activités du MMM pendant sa traversée du désert.

Toutefois, quand Paul Bérenger a annoncé une alliance avec Navin Ramgoolam en 2014, il n’a pas hésité à rejoindre le parti d’Ivan Collendevalloo avec d’autres militants pour fonder le Muvman Liberater à la veille des élections générales. Vainqueur de ce scrutin, sir Anerood Jugnauth, le Premier ministre d’alors, devait le nommer secrétaire parlementaire privé. Un poste qu’Eddy Boissézon gardera jusqu’au 24 janvier 2017, quand il est promu ministre de la Fonction publique après que les élus du PMSD ont quitté le gouvernement.

Hr manager

Pourtant, il a exercé d’autres emplois avant d’être ministre. Lui rendant hommage au Parlement hier, Pravind Jugnauth a rappelé qu’il a fait ses études au collège Saint-Joseph, à Curepipe, où il a également enseigné la comptabilité. Détenteur d’un diplôme en Purchasing and Supply Management et un autre en Business Practice de l’Institute of Chartered Secretaries and Administrators, il a longuement travaillé comme directeur des ressources humaines chez Scott & Co. Ltd. Et avant les élections de 2014, il était consultant en logistique.

Kathleen Boissézon, quant à elle, est certaine que son père sera à la hauteur de ses nouvelles responsabilités. «Il le mérite», fait-elle remarquer. Quant au principal concerné, il avance espérer pouvoir relever le défi. «J’espère que je serai à la hauteur de la confiance placée en moi. C’est un nouveau chapitre qui commence dans mon histoire. Je vais travailler sous les directives du président. J’ai plusieurs idées déjà...»

L’opposition sur le pied de guerre

L’élection de Pradeep Roopun et d’Eddy Boissézon aux postes respectifs de président et vice-président de la République, hier, a été diversement commentée par l’opposition parlementaire. Si les trois partis ont émis des critiques sur la façon «cachottière» du gouvernement, le MMM est le seul à critiquer ouvertement les choix du Premier ministre…

«On n’a pas voté et on n’est pas d’accord avec le choix du président et du vice-président de la République. Car, Pradeep Roopun est un homme de parti à l’intérieur et en dehors du Parlement. Idem pour Eddy Boissézon. Or, ces deux postes requièrent des personnalités qui ne s’apparentent pas des party men», a déclaré le leader du Mouvement militant mauricien (MMM), Paul Bérenger, lors d’un point de presse, après le vote qui a suivi les deux motions présentées par Pravind Jugnauth. D’ajouter qu’il a peur pour l’avenir car c’est le président de la République qui procède aux nominations pour des postes clés au sein d’instances telles que l’Electoral Supervisory Commission, l’Electoral Boundaries Commission.

Le leader des Mauves a laissé entendre que ce n’est que dimanche que le gouvernement a fait son choix «en catastrophe». «C’est indécent. C’est aussi un manque de respect envers le Parlement et les députés. C’est ce qui explique notre indignation et notre colère.»

Paul Bérenger a mentionné «l’unité de l’opposition» pour les pétitions électorales mais pas sur toutes les questions d’actualité. «Chacun a fait des contestations dans différentes circonscriptions. Il y a eu une coordination au niveau des hommes de loi, e li ti bon sa. Mais on ne peut pas parler d’une vraie unité de l’opposition à ce stade. C’est très dommage», a-t-il déclaré.

Pour sa part, Arvin Boolell affirme que le Parti travailliste (PTr) «n’a rien contre les personnes élues» pour servir aux postes mentionnées. Lors de son point de presse, hier, le leader de l’opposition a, cependant, déclaré que la population est choquée par le manque de respect des institutions. Tout en indiquant qu’il ne «met pas en doute l’intégrité des personnes», Arvin Boolell a souligné : «Le problème, c’est que dans le passé prezidans finn grené, mo pez mo mot, dan ban kontrovers, sous ce gouvernement.» Il a rappelé que l’une des circonscriptions concernées par les pétitions électorales en cours est le n° 17 (Curepipe – Midlands ). «Kan ou challenge ban kandida zot ban co-respondent…

«Je m’attendais que le PM fasse preuve de retenue», dit le leader de l’opposition.

Le leader du Parti mauricien social-démocrate (PMSD), Xavier-Luc Duval, a abondé dans le même sens. «Ce sont des gens que je trouve corrects», a-t-il, en se référant à Pradeep Roopun et Eddy Boissézon. «Mais ils ne pourront pas prendre des décisions de manière indépendante.»

Bérenger critique la nomination du speaker

La nomination de Sooroojdev Phokeer au poste de speaker de l’Assemblée nationale a été également décriée par Paul Bérenger. Tout comme l’élection du président et du vice-président de la République, le MMM n’approuve pas cette nomination. «En tant que Premier ministre, j’ai eu le pénible devoir de le rappeler comme ambassadeur de Maurice au Caire en 2004. «Pou ban kouyonad ki linn fer». Ceux qui s’y connaissent à la diplomatie sauront que rappeler un ambassadeur veut dire que celui-ci a fait quelque chose de très, très grave. «Seki mo pe dir la li dan file minister zafer etranzer. Si ouver file la, misye speaker bizin kit nu byen rapidman»», a-t-il déclaré. D’ajouter qu’il en a parlé à Arvin Boolell lors de sa nomination comme leader de l’opposition. «Mais il a donné l’impression que l’opposition est d’accord avec la nomination de Sooroojdev Phokeer», a déploré Paul Bérenger.

Pravind Jugnauth: «Seul le MMM n’a pas répondu présent car le leader de l’opposition était présent, lui. Je pense que la mémoire de Bérenger lui joue des tours. Mo krwar li pena memwar ou so memwar pé alé. Be Swaley Kasenally ki li ti été li ? (NdlR, durant la dernière campagne électorale, le MMM a proposé Swaley Kasenally comme président de la République en cas de victoire.) Cassam Uteem ki li été ? Li pa ti dan MMM ? En 2014, Paul Bérenger avait son grand projet de proposer la présidence à Navin Ramgoolam qui est plus qu’un homme de parti; c’est le leader du Parti travailliste… Je ne comprends pas. Pradeep Roopun et Eddy Boissézon sont deux personnalités qui ont marqué l’histoire du pays et des professionnels qui ont fait leurs preuves. Je suis sûr et je n’ai pas de doute là-dessus qu’ils vont accomplir leur tâche comme se doit. Ils vont respecter leurs responsabilités dignement.»

Boycott

Si on a noté la présence du leader de l’opposition à la cérémonie de prestation de serment des premiers personnages de l’État au Réduit, hier après-midi, tous les autres députés – mauves, bleus et rouges – ont joué les abonnés absents. Arvin Boolell l’a fait surtout par respect pour sa fonction constitutionnelle. Sollicité pour une réaction, Shakeel Mohamed laisse entendre que sa présence à la State House s’explique. «Il a démontré du respect. «Mais notre absence pou demontre ki majorite popilasion ki nou represente dan loposision contre le choix de ces personnes.»Je n’ai rien contre Pradeep Roopun et Eddy Boissézon. Mais le principe de nommer un ancien ministre et un candidat battu est de mauvais goût. Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement le fait, mais cela ne veut pas dire qu’on doit le répéter. Au cas contraire, pourquoi avoir voté pour le changement ? Les gens n’aiment pas que nos institutions soient dévaluées en choisissant des personnes qui ne sont pas indépendantes de la chose politique.»

Réactions

Arvin Boolell :«Une fois qu’ils prêtent serment, ils doivent veiller à ce que la Constitution est protégée. Toutefois, il y a le cas d’Eddy Boissézon. Il ne faut pas oublier qu’il y a une demande de recounting en cour pour la circonscription n°17 où il était candidat. Et il est cette personne qui a été appelée à veiller sur la Constitution alors qu’il est concerné. Ce n’est pas bien.»

Corinne Boissézon: «C’est un accomplissement pour lui». «Après beaucoup de sacrifices, ce titre est un accomplissement pour lui et pour toute la famille. Cela n’a pas été facile tous les jours, car souvent son absence s’est fait ressentir vu qu’il était retenu par ses obligations. Je sais qu’il continuera à donner le meilleur de lui-même car il s’est toujours donné à fond dans tout ce qu’il entreprend. Mon rôle en tant qu’épouse sera d’être toujours à ses côtés. En tout cas, je pense que c’est une récompense pour lui.»

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