Flacq: ruche et rush

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Des taxis à l’affût des clients, des passants. Il en va de même des commerçants. À tous les coins de rue, il y a, entre autres, des vêtements…

Des taxis à l’affût des clients, des passants. Il en va de même des commerçants. À tous les coins de rue, il y a, entre autres, des vêtements…

Une fourmilière ? Une ruche ? Non, Flacq, au cœur du centre-ville. En ce vendredi après-midi, du côté de laplas taxi, voitures, passants, marchands, le va-et-vient est incessant, joyeusement bruyant.

Les gens sont affairés, pressés, on n’a pas vraiment le temps de se poser. Certains prennent tout de même le temps de koz-kozé, d’apprécier les produits proposés par des commerçants, des artisans. Le regard est attiré par les chaînes, bracelets, vêtements et autres babioles, qui font les yeux doux au porte-monnaie, ça sent les fêtes de fin d’année à plein nez.

Soudain, une envie pressante. Toilettes publiques = yeux et narines qui piquent. Agréable surprise. Celles situées sur laplas taxi ne donnent pas envie de rejeter son déjeuner, tout ça est plutôt «propret». La gardienne des trônes, du balai ? Shyama Katu. «Mo ena 40… 50… enfin 66 an ! Momem monn bliyé.»

Ce qu’elle n’a pas l’intention d’oublier, en revanche, ce sont les «banann zinzli» offerts par son amie, fruits, qu’elle serre tendrement contre son cœur. «Ayo beti, komié pou netwayé, li pa pou ress tro prop sa, dimounn pa konn servi…»

Cela fait deux ans que l’habitante de St.-Remy astique, essuie, nettoie les cabinets d’aisance, histoire que son compte en banque soit plus à l’aise à chaque fin de mois. Elle a droit au salaire minimum. Dans une autre vie, elle était machiniste, mais l’usine a fermé, les finances filant un mauvais coton. «Lerla monn vinn la. Mo kontan o mwin mo ena enn travay, bizin debat.»

Sous «l’arbre à palabre», où les chauffeurs de taxi ont pris racine, on parle de politique, notamment. Shyama, la gardienne des toilettes, effectue un brin de causette, «banann zinzli» entre les mains alors que Farhad, le marchand de jus d’orange et de tamarin, garde la pêche.

Sous «l’arbre à palabre», ceux présents aussi débattent. De politique surtout. Les discussions vont bon train, bon tram, entre les dizaines de chauffeurs de taxi. Chacun y va de sa contribution : Madame Lareg, bulletins errants, thèses et hypothèses sont à la fête. On est d’ailleurs passé à autre chose, on se concentre sur le mois faste de décembre, où l’on espère que les clients seront nombreux, «ki pa pou fer defet».

C’est le rush en cet après-midi, des employés sortent des bureaux, des magasins, des pharmacies, se dirigent vers les bus, les taxis, les oiseaux ne s’entendent plus chanter. Au milieu de ce sympathique brouhaha, la voix de Farhad Ramjan. Le marchand de jus, spécialiste du «met dan siro» travaille là depuis plus de 20 ans.

Ses oranges fraîchement pressées ont toujours la pêche, même si les ventes sont dans les choux depuis quelque temps, la concurrence ayant ramené sa fraise. «Travay inn impé tonbé, laboutik tousala inn ouver partou.» L’homme de 49 ans propose également de la mousse noire et du jus de tamarin «aranz labouss net».

Tout cela sans que le porte-monnaie ne trinque, assure-t-il, un verre de ses potions magiquement désaltérantes se vendant à Rs 10, contre Rs 15 et Rs 20 jadis. «Aster kapav gagn ant Rs 300 ek Rs 700 par zour. Pann gagn plas dan bazar, ti pou pey tro boukou pou lwé lanplasman dé tout-fason.»

Et puis il ne se voit pas ailleurs. Cette animation, cette ambiance «topo» au quotidien, il ne la quitterait pour rien au monde. «Mari séryé isi, ena tou, dimounn, kamarad, koumma dir fet toulezour.»

Si vous souhaitez aller y faire un tour, faites-donc…

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