Navin Ramgoolam: le lion est-il mort?

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Navin Ramgoolam a été battu pour la deuxième fois en deux élections consécutives.

Navin Ramgoolam a été battu pour la deuxième fois en deux élections consécutives.

Il a essayé de se battre jusqu’au bout. Vendredi, il a toutefois dû concéder la défaite face à deux néophytes avant de tenter d’être à nouveau dans la course. Mais en vain. Navin Ramgoolam a été battu pour la deuxième fois en deux élections consécutives. Est-ce que le leader du PTr est toujours crédible ? Ou est-ce que le lion est mort avant-hier soir? Incursion dans la jungle politique.

Jour de dépouillement, dans l’enceinte de l’école Ramnarain Roy. Navin Ramgoolam débarque tôt. Mais il a le visage sérieux. Même les échanges avec les journalistes, agents et sympathisants n’aident pas le leader du PTr à se décrisper. Est-ce qu’il sent déjà glisser le terrain ? Hier, Paul Bérenger et Pravind Jugnauth ont tous deux affirmé qu’ils avaient prédit la défaite de Navin Ramgoolam bien avant le jour des résultats. Mais dans les rangs des Rouges, c’est un autre son de cloche. «Si le leader y est allé, c’est qu’il pensait qu’il allait être élu», disent les agents, toutes circonscriptions confondues. Qu’est-ce qui a changé la donne donc ?

Quand le «katori dévir partou»

Est-ce que Navin Ramgoolam est devenu un handicap pour les Rouges ? Le faible score réalisé par l’Alliance Nationale est largement imputé à une vidéo devenue virale à quelques jours des élections. Lors d’un congrès à Plaine-Verte, le chef de file des Rouges a raconté une anecdote sur «lakanpagn» et «bwi kass bwar pou nam alé». Très vite, la vidéo a fait le tour des réseaux sociaux... Elle a été partagée des milliers de fois.

Sauf que la vidéo a été manipulée. Dans la version originale, il parlait de la famille Jugnauth. Navin Ramgoolam a eu beau tenter de rattraper le coup en misant sur une vidéo explicative, en vain. Ses fans, sur Facebook, ont partagé la version originale de la vidéo «katori». Mais pas assez massivement, visiblement. Somduth Dulthumun, en a parlé à la télévision, les posts sur Facebook se sont multipliés, la vidéo «compromettante» continuait à faire son bonhomme de chemin, jusqu’aux oreilles des villageois surtout. La balance des indécis aurait-elle alors penché en sa défaveur ?

Retour au n°10 (Montagne-Blanche–Grande-Rivière-Sud-Est). Les agents du MSM laissent libre cours à leur imagination. La photo de Navin Ramgoolam est placée sur le corps d’un félin dans un cercueil, pendant que tous déversent des «katori» d’eau sur la photo. Au n°11 ( Vieux-Grand-Port–Rose-Belle), un agent, devant la photo de Rajesh Jeetah dans un cercueil, dira : «La pou met biyé dan delo dan enn katori, pou donn li bwar pou so nam alé…» Il n’y a pas de doute, la vidéo a fait son effet. Mais a-t-elle à elle seule achevé le lion et certains de ses acolytes ?

Les «gates»

Car si la vidéo «katori» a pu faire pencher la balance, d’autres casseroles ont également joué contre le leader du PTr. Les vidéos Navingate 1 & 2, qui ont révélé des détails sur sa vie privée déjà étalée sur la place publique, ont marqué les esprits. Des centaines de milliers de roupies claquées dans des articles de luxe à l’étranger, les fêtes alcoolisées en bonne compagnie, sans compter la supposée apparition d’une «vidéo X» qui n’est jamais venue, malgré la bande-annonce lancée par sir Anerood Jugnauth lors d’un congrès.

Ces vidéos – et même le trailer ‘X’ – disent ceux qui les ont vues, ont rafraîchi la mémoire de nombreux Mauriciens, rappelé les dernières années de règne de Navin Ramgoolam. Celles où Nandanee Soornack faisait la une régulièrement. Les révélés bancaires, dont la publication constitue un délit, ont ravivé les images des coffres-forts débordant de billets. Même sans la vidéo «katori», «zot ti pou devir so bol dhal», lance un ancien proche de Ramgoolam.

En plus des vidéos et des casseroles, l’indécision de Navin Ramgoolam quant à la circonscription dans laquelle il allait se présenter a aussi été un point négatif. Tergiversations, silence, début de campagne tardive ont joué contre lui alors que l’Alliance Morisien labourait déjà le terrain. Est-ce qu’il aurait été élu au no 5 ? «On est toujours wise after the events. La question ne se pose pas…» lâche un membre du parti.

Changement de leadership

En parlant de lâcher, n’est-il pas grand temps que l’ancien lion qui ne rugit plus cède la place à d’autres? Ceux qui se disent neutres et autres analystes en herbe affirment que le PTr aurait obtenu un score nettement meilleur si Navin Ramgoolam n’était plus à la tête du parti. Alors, partira, partira pas ? «L’heure n’est pas au blame game. On doit maintenant prendre le temps de panser les blessures», souligne un membre influent des Rouges. Cependant, il précise aussi que comme partout, les choses doivent évoluer sans pour autant les bousculer. «La décision sera prise par les instances du parti. Mais une chose est claire. Peu importe la manière dont on procède, on doit prendre en considération l’opinion publique car c’est le public qui vote…»

Doit-on lire entre les lignes? On en saura plus lorsque le lion décidera de communiquer sur son avenir lui-même…

«Environ 500 personnes par centre n’ont pas pu voter»

Dans les rangs des élus rouges, on se montre plus prudent. «La situation n’a pas encore été analysée dans les hautes instances du parti», déclare un député. Mais lui est catégorique. Le faible score lors de ces élections s’explique par le fait que des milliers de personnes n’ont pas pu voter. «Quand le commissaire électoral dit qu’il y a environ 6 000 personnes qui n’ont pu accomplir leur devoir civique, il parle de ceux qui ont porté plainte», avance un député.

Selon lui, il y a environ 500 personnes qui n’ont pu voter par centre de vote, et cela a eu un impact conséquent sur l’issue des législatives. «Puis, il y a des fraudes et autres magouilles aussi», laisse-t-il entendre. «Est-ce que les canvasseurs sont indépendants ? Ont-ils reçu des instructions de procéder d’une manière ? Ou n’ont-ils pas eu la rigueur qu’il faut pendant le recensement ? Gardons en tête que tout ce monde est recruté par la Public Services Commission…» renchérit notre premier interlocuteur.

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