#J-3 Hanged or be hung

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Si, disons, 30 000 personnes se sont déplacées hier pour les trois meetings dits «nationaux», cela ne représente qu’environ 3 % des 941 719 électeurs. Les meetings ne font, ou défont, pas les élections, mais ils contribuent à l’effet psychologique nécessaire pour que l’un des trois blocs sorte du lot et obtienne cette majorité de 36 députés – qui lui permettrait de former le prochain gouvernement, seul, sans coalition, ni transfuges. Vu que la dernière fois que nous avons eu une lutte triangulaire remonte à 1976, il est presque impossible de prédire l’issue de ces élections. Les différentes statistiques que nous avons l’habitude de consulter pour dégager des hypothèses sont plus ou moins obsolètes cette fois-ci.

Ce que l’on sait, cependant, c’est qu’une majorité sur le fil n’est aucunement un gage de stabilité. Une petite majorité va fragiliser le gouvernement, surtout dans un pays où l’idéologie, les valeurs et les principes ont, depuis longtemps, été remplacés par des prébendes diverses, mercantiles. En 1976, après avoir scellé une coalition avec le PMSD pour arracher le pouvoir au MMM, SSR ne s’était nullement arrêté à une majorité de deux voix seulement. Il savait qu’il n’allait pas pouvoir diriger sereinement son équipe. Alors, pour consolider celle-ci, le leader du PTr avait initié une vaste opération de débauchage des élus du MMM. Suresh Moorba avait ouvert le bal des transfuges. Et déjà à l’époque, l’express mettait en garde : «Il nous faut dé-moorber la politique.» 

Au fil des décennies, au lieu de s’améliorer, la situation s’est envenimée.Et aujourd’hui, l’intérêt ou l’avancement personnel de l’élu(e) a pris le pas sur l’intérêt général. 

Ce qui nous amène à conclure qu’en cas de hung parliament, Maurice pourrait assister à la pire marchandisation des élus du peuple, qui ne vont pas hésiter à se travestir pour un maroquin, des per diem, une voiture de fonction avec chauffeur, aux frais des contribuables.

***

Mais à quoi joue la MBC en mettant en exergue la bonne foule du MMM hier dans un Port-Louis ensoleillé, contrairement aux Plaines-Wilhems bien arrosées ? Si elle a, comme attendu, maximisé la foule de Vacoas et minimisé celle de Quatre-Bornes, elle a fait un effort pour les Mauves. Les stratèges du MSM pensent-ils que cela va jouer pour Pravind Jugnauth si l’on voit un Bérenger dangereusement populaire ? Ou espèrent-ils qu’en faisant la promotion du MMM, celuici pourrait arracher quelques sièges supplémentaires au PTr-PMSD dans les villes (le MSM sait qu’il n’a pas d’assises en région urbaine, malgré ses mesures populistes)…

La bataille sera sans merci. L’argent sale va circuler en masse dans les circonscriptions pour acheter les votes. Les Jugnauth ont compris qu’une défaite électorale dépasse le sort de leur fils, mais remet en question, non pas la pérennité, mais l’existence même de leur dynastie… d’où le besoin pour SAJ et Lady Sarojini de descendre sur le terrain eux-mêmes. Navin Ramgoolam a pris son mal en patience depuis fin 2014. Ses nombreux procès ne lui ont pas permis de quitter le territoire pour se ressourcer ou se détendre. Il a eu tout le temps de faire un travail sur lui-même sur comment reconquérir le pouvoir. Et, enfin, Paul Bérenger, celui que beaucoup, y compris l’auteur de ces lignes, avaient enterré un peu trop vite, et qui vit une fin de carrière inespérée, presque incroyable…

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