#J-21 : Chers grands-parents pensez aussi à vos petits-enfants !

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Nos seniors représentent environ 20 % du bassin électoral, ou 25 % des votants. C’est la raison pour laquelle ils sont courtisés comme jamais auparavant. Depuis 2014, on assiste à une surenchère quant au quantum de la pension de vieillesse – de Rs 5 000 en 2015, elle passera à au moins Rs 9 000 dès la fin de cette année (soit le même taux que le salaire minimum : un nonsens économique !), et pourrait atteindre les Rs 13 500 d’ici 2024, si cette courbe inflationniste – et démagogique – se poursuivait. Ce qui joue en faveur de nos aînés, c’est qu’ils bénéficient ces jours-ci de la concurrence, exacerbée par la guerre totale du 7 novembre, entre les trois partis traditionnels, le MSM, le PTr et le MMM. À tel point que plusieurs seniors, gênés aux entournures, se demandent si leurs consciences sont devenues à ce point monnayables, d’autant qu’on ne leur demande pas forcément leurs avis. Car, dans la vie, il n’y a pas que le fric qui compte, n’est-ce pas ?

Depuis 2015, le gouvernement des Jugnauth refuse de préciser sa position sur un éventuel ciblage pour les prestations sociales. Pourtant, sir Anerood (ou bientôt son fils, quasi sexagénaire), Navin Ramgoolam ou Paul Bérenger, déjà bien lotis avec leurs pensions de parlementaire, ou n’importe quel ponte du secteur privé seront d’accord avec nous : la logique pour notre pays serait de limiter la pension de vieillesse à ceux qui sont vraiment dans le besoin.

Les chiffres indiquent que la Basic Retirement Pension (BRP) représente un peu plus de 30 % de la somme totale des prestations sociales. Les pays qui ont une population vieillissante savent bien qu’un régime de pension qui soit universel n’est pas durable. Chez nous, certains spécialistes avancent que le système, si rien n’est fait pour changer la donne, va tout bonnement s’écrouler dans 25 ans. Malgré cela, pire que l’immobilisme ou le manque de courage politique, l’on note avec effroi que nos politiciens entendent aligner la pension de vieillesse sur le salaire minimum – quitte à plomber davantage les finances, déjà dans le rouge, de l’État. Peu leur chaut du moment qu’ils engrangent les votes et se retrouvent au pouvoir ! Du populisme de bas étage.

Dans le passé, sir Anerood Jugnauth, alors à la tête du gouvernement MSMMMM, avait osé imposer un seuil de revenus qui excluait les «riches» de la BRP – dans une tentative, justement, de garantir la survie du système. Mais en 2005, quand le PTr a repris le pouvoir, on est retourné, sur ce dossier des pensions, en arrière. La réforme avait été annulée – et le plan universel réinstauré. Les Rouges disaient à l’époque qu’il ne fallait pas faire de discrimination ! Dans la même foulée, les travaillistes avaient étendu l’âge de la retraite à 65 ans. Créant, par là même, deux catégories, dont l’une touchant de gros salaires jusqu’à l’âge de 65 ans, tout en bénéficiant d’une pension de vieillesse non contributive ! En 2040, on prédit que les dépenses liées au paiement de la pension universelle atteindront quelque 11 % du PIB.

Aujourd’hui, pour éviter à la nation de faire faillite, il nous faut du courage politique et de la vision économique – ce dont nos politiciens sont dépourvus, surtout lorsqu’ils sont atteints de fièvre électorale – préférant annoncer des mesures populistes pour séduire toutes les franges de l’électorat, qui ne se rend pas nécessairement compte qu’on est en train d’hypothéquer l’avenir de nos enfants qui auront à leur charge un pays surendetté.

Au lieu d’augmenter la pension de vieillesse, des politiciens responsables auraient brandi le ciblage et, ainsi, éliminé le gaspillage. Car si on veut vraiment aider les pauvres, pourquoi aussi aider tous ces millionnaires et milliardaires de Maurice ?

De par le monde, l’impact économique du vieillissement de la population touche plusieurs secteurs d’activité (l’alimentation, la santé, les transports, le tourisme, le logement, etc.). C’est pour cela que toute une économie spécifique aux personnes âgées a été mise en place dans plusieurs pays. Cette filière, la «Silver Economy» ou l’économie du vieillissement, se retrouve en pleine structuration depuis quelques années déjà. Plus d’un actuaire souligne que le vieillissement démographique a autant de conséquences sur la consommation des individus que… la mondialisation.

En règle générale, les personnes vieillissantes dépensent plus pour leur santé et leur bien-être, mais aussi pour leur domicile, y compris pour leurs dépenses énergétiques, en électricité notamment. Autres tendances observées : la hausse de l’épargne et la baisse des dépenses liées au travail, avec l’accroissement du nombre de personnes à la retraite.

Le ralentissement démographique va durement peser sur la croissance mondiale dans les deux prochaines décennies. Selon Moody’s, l’effet du vieillissement sur la croissance ira crescendo. Les taux de croissance annuelle mondiaux ont décliné de 0,3-0,4 point entre 2014 et 2019. La décélération serait de 0,9 point entre 2020 et 2025 (le taux de croissance mondial était de 2,9 % par an sur la période 1990-2005). La perte de croissance se révèle donc conséquente car le vieillissement ne touche pas uniquement les pays développés, mais beaucoup de pays émergents, comme la Russie ou la Chine.

L’OMC et le FMI estiment que seules des réformes structurelles peuvent atténuer l’impact du vieillissement de la population sur l’économie. Augmenter le taux d’activité des femmes, par exemple, comme essaie de le faire Shinzo Abe au Japon, pays confronté à une baisse rapide de la population active. Ou encore réguler les flux d’immigration (selon nos besoins de développement) car ce n’est pas demain la veille, que l’innovation et l’intelligence artificielle (dont Maurice a tant besoin) vont améliorer la productivité et le capital humain mauriciens, afin de réduire les effets du changement démographique sur notre croissance économique.

Mais chez nous, la question est certainement autre : on privilégie le court terme aux moyen et long termes. Un gouvernement ou un bloc politique qui est en campagne électorale a-t-il le droit moral de courtiser nos aînés en occultant la réalité économique, celle qui va hypothéquer l’avenir des petits-enfants de ces mêmes grands-pères et grands-mères ?

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