À chacun sa gare

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Il y a une collision entre diverses actualités. Les dossiers et événements qui se développent sont entremêlés. Mais la chose politique écrase la logique économique car le calendrier de cette fin de législature est serré.

Les politiciens de la majorité et des oppositions éclatées jouent leur survie et lorgnent les prochaines élections, qui elles-mêmes dépendent d’alliances qui se mettent laborieusement en place au fur et à mesure que les tickets sont négociés entre propriétaires de parti, leur garde rapprochée (dont leurs progénitures) et les aspirant-politiciens. De plus, il y a une toile de fond constitutionnelle, avec la décision à venir de la Cour suprême sur la réforme électorale, et, en particulier, sur la déclaration ethnique des candidats. 

Hier, au Parlement, le gouvernement, qui dévoile ses dernières cartes avec circonspection, a confirmé que le soft launch du Metro Express sera maintenu au 30 septembre. Cependant, le métro, projet-phare sur lequel tablent les dirigeants de la défunte alliance Lepep, ne sera pas «totalement opérationnel» avant le 1er novembre car une série de trial runs est prévue avant d’ouvrir le métro au grand public. En attendant, l’alliance MSM-ML annonce qu’aucun ticket – de métro cette fois-ci – ne sera nécessaire durant tout le mois de novembre. Le métro sera gratuit jusqu’au mois de décembre. On verra bien après comment rentabiliser les milliards qui sont engloutis par ce mode de transport alternatif, devenu le symbole de ce gouvernement, qui, pourtant, avait fait campagne contre le métro de Ramgoolam qui devait coûter Rs 24,8 milliards selon Anil Bachoo (au lieu des Rs 18,8 milliards actuels), mais qui aurait sauvé plusieurs arbres le long du tracé… 

Du coup, les rumeurs ont enflé : le MMM, parlementaire, pourrait apporter les six votes qu’il manque au MSM pour arriver à une majorité de trois quarts (soit 51 députés sur les 68 de l’Assemblée nationale) afin qu’une réforme soit votée, afin d’éviter le mini-amendement de 2014. Bien entendu, tout demeure secret dans un pays où l’on ne cultive pas les réflexes liés à une Freedom of Information Act. Bien entendu aussi, personne ne sait si cela voudrait aussi dire que le Prosecution Commission Bill pourrait être remis à l’ordre du jour, surtout depuis le non-lieu dans l’affaire Roches-Noires et que des photos de Nandanee Soornack, en charmante compagnie dans une discothèque en Europe, sont apparues sur la Toile mauricienne… 

* * *

On insistera, à chaque échéance électorale, sur cette question capitale : un gouvernement qui se retrouve en campagne pour se faire réélire a-t-il le droit moral d’utiliser l’appareil d’État (ici le Metro Express, la MBC, les JIOI, le pape, etc.) ?

Quand on lit les différents rapports, y compris celui de la Banque mondiale (entre les lignes), l’on ne peut que déduire que Maurice se retrouve dans la gadoue, parce que les fondamentaux de notre économie sont malades. Il y a eu depuis le premier Budget (en 2015) de ce gouvernement un cocktail de promesses non tenues, des prévisions folles jamais atteintes (entre autres sur le taux de croissance qui n’a jamais dépassé les 4 %), et une flopée d’effets d’annonce tous azimuts. Malgré une armada de spin doctors et des short term goodies, le résultat n’est toujours pas au rendez-vous (à en juger par les fondamentaux de l’économie qui demeurent dans le rouge), à quelques semaines ou mois des prochaines élections.

«Depuis notre arrivée au pouvoir, en 2014, nous avons mis à exécution un vaste programme de modernisation infrastructurelle avec pour résultat que le pays s’est transformé en un immense chantier. Les dépenses d’investissement (Côte-d’Or, Safe City, eau, métro, travaux routiers) se comptabilisent en milliards et l’impact se fait ressentir (…). Le Mauricien a été et sera une nouvelle fois au coeur de notre stratégie de développement. L’augmentation de la pension de vieillesse, le salaire minimum, l’impôt négatif, la baisse de la taxe à 10 % sur les revenus pour la classe moyenne, les études supérieures gratuites dans les institutions publiques et l’introduction d’une pension d’invalidité pour des enfants de 14 ans ou moins…», constituent le chapelet de mesures que récitera Pravind Jugnauth durant la campagne électorale.

À bien voir, il n’y a pas eu de vraie stratégie de développement économique mais davantage une stratégie politicienne. Depuis 2015, ce gouvernement fait tout pour exterminer Ramgoolam et séduire l’électorat afin d’arracher un second mandat, cette fois-ci sans SAJ. Tout a été fait pour dorer le blason du fiston et pour traîner le rival Ramgoolam dans la boue. Aujourd’hui, nous sommes arrivés presque au bout de cette législature… On entre en gare. Qu’est-ce qui va en sortir ?

P. S. : Le chef juge, selon nous, a eu bien raison de ne pas se récuser dans l’affaire de déclaration ethnique. Sur cette question épineuse, qui touche à notre devenir commun, la crédibilité du pays est en jeu en tant que signataire de l’International Covenant on Civil and Political Rights de l’ONU. On doit respecter nos engagements, même s’il n’y aura pas de mesures punitives contre nous. La sanction, ce sera l’opinion internationale – celle-là même dont nous dépendons pour faire avancer le dossier Chagos contre la Grande-Bretagne de Boris Johnson et les États-Unis de Donald Trump. Ce gouvernement a eu tort de vouloir écarter le chef juge dans un cas qui n’est pas factuel mais qui relève davantage de l’interprétation de la Constitution. Cette tactique de politiciens soulève aussi la question : le chef juge, comme citoyen éclairé, n’a-t-il pas le droit d’avoir une opinion, une liberté d’expression, de confier, par exemple, ses idées sur la réforme électorale à la presse, l’autre rempart, avec le judiciaire, contre les dérives antidémocratiques…

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