Khalil Elahee: un air moins contaminé bénéfique à notre santé et à la nature

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Khalil Elahee, professeur à la Faculté d’ingénierie de l’université de Maurice.

Khalil Elahee, professeur à la Faculté d’ingénierie de l’université de Maurice.

Respirer un air sain hors des bâtiments comme à l’intérieur est important. Les principaux gaz à effet de serre sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et l’oxyde nitreux (N2O). Ces gaz sont d’origine naturelle ou résultent des activités humaines, provenant de la production ou de la consommation et contribuent directement ou indirectement au réchauffement climatique. Khalil Elahee, professeur à la Faculté d’ingénierie de l’université de Maurice, nous éclaire sur le sujet.

En 2018, le dioxyde de carbone (CO2) représentait 74,6 % des émissions de gaz à effet de serre. Le méthane (CH4) a contribué 22,3 %, l’oxide nitreux (N2O) 2,9 % et les hydrofluorocarbones (HFC) 0,2 %. Quand peut-on dire que l’air que l’on respire est pollué ?
Toute contamination de l’air est une forme de pollution et comporte un risque. Même s’il n’y a pas de signe visible de fumée, l’air peut être pollué par des particules fines invisibles.

Quels risques comporte l’air contaminé ?
Certaines formes de pollution affectent davantage des groupes à risque comme les enfants ou les femmes enceintes. D’autres comme les chlorofluorocarbures (CFC) détruisent la couche d’ozone. Il y a un débat sur le dioxyde de carbone (CO2). On se demande aujourd’hui s’il n’est pas un dangereux polluant puisque son taux dans l’air a dépassé la limite acceptable provoquant ainsi le changement climatique.

Que disent les chiffres ?
L’Organisation mondiale de la santé estime que la pollution de l’air tue sept millions de personnes par an. Cela ne signifie pas que ceux qui n’en meurent pas ne nous concernent pas. Par exemple, jusqu’à 14 % des enfants entre cinq et 18 ans peuvent souffrir d’asthme à cause, entre autres facteurs, de la pollution atmosphérique.

Quel est votre constat de la qualité de l’air à Maurice ?
Les chiffres rendus publics comme dans les rapports du Bureau des statistiques ne mentionnent que du PM10, particules fines moins de 10 microns, mesuré en 24 heures à trois endroits sur une moyenne mensuelle. Évidemment il n’y a rien d’alarmant. Mais ces normes n’ont pas changé depuis …1998. Après 21 ans, nous devons aller vers des normes, qui sont deux fois plus strictes, comme en Europe ou comme recommandées par l’OMS. Aux États-Unis et en Chine, les normes sont encore plus exigeantes. Les pics annuels sont aussi maintenant la norme ailleurs.

Quelle mesure manque-t-il pour mieux définir l’air que l’on respire ?
Il faut également mesurer les taux de PM2.5, les particules plus fines, qui pénètrent directement dans notre système lorsqu’on respire. Les normes pour les dioxydes de soufre (S02) et d’azote (NO2) doivent aussi être revues. Pour ce qui est des émissions de fumée noire sur nos routes venant de véhicules, de cheminées d’usines ou de centrales thermiques, il est évident à tout observateur lorsque cela arrive. Mais puisque Maurice est petit et nous n’avons pas un grand recul dans le temps, nous ne pourrons prouver que les gens en meurent, par exemple avec l’augmentation de cas de cancers.

Pouvez-vous expliquer d’où proviennent ces particules fines ?
Cela émane de la combustion du diesel ou de l’huile lourde. Il se peut que la fumée ne soit pas noire mais les émissions sont dangereuses car elles sont faites de particules de la taille de quelques microns.

Selon Statistics Mauritius, en 2018, le secteur d’énergie a produit 75,1 % de gaz à effet de serre, le secteur des déchets 21,8 %, agricole 2,3 % et des procédés industriels et utilisation 0,8 %. Comment réduire, selon vous, l’émission de polluants de tous ces secteurs ?
Il faut non seulement adopter de nouvelles normes au lieu de celles de 1998, mais aussi former les gens et mettre en place un mécanisme de contrôle avec les équipements adéquats. Ensuite, avec la tendance mondiale d’aller vers les énergies propres renouvelables et les voitures électriques, les émissions de polluants devront diminuer. Ailleurs, il a été estimé que la gestion de la demande à elle seule peut mener à une nette baisse de notre dépendance des énergies fossiles d’ici 2030, soit une réduction absolue des émissions polluantes.

«Cela peut passer par un mécanisme de mise à la casse de véhicules polluants et des incitations à rouler en électrique. Il ne faut pas oublier que notre bioéthanol local est aujourd’hui exporté pour souvent finir dans des voitures en Europe...»

Mais qu’en est-il de Maurice ?
La dispersion de la pollution doit être mieux comprise dans le contexte local. Par exemple, des incinérateurs, des activités portuaires ou encore des usines de la région rajoutent à la concentration de gaz toxiques venant des centrales à Port-Louis. Il devient indispensable de consolider les normes proposées avec la prise en compte de l’effet combiné d’émissions simultanées de différentes sources (centrales, incinérateurs, véhicules, usines, concasseurs, etc.) particulièrement sur le court terme. Les conditions météorologiques locales doivent être mieux cernées à l’heure où les incertitudes ne manquent pas, allant des microclimats au changement climatique. Il faut aussi miser sur un monitoring rigoureux sur le terrain afin d’identifier les zones les plus affectées, y compris par des études épidémiologiques. Il ne faut pas hésiter à évoquer le principe de précaution lorsque le doute subsiste.

Le nombre de voitures augmente à Maurice. Est-ce que le Métro Express, par ailleurs, peut diminuer le taux de polluant dans l’air ?
En principe, il faut tout faire pour que cela aille dans ce sens. Les gens doivent laisser leurs véhicules pour prendre le métro. Mais il ne faut pas oublier que ce dernier roulera à l’électricité. Donc, aujourd’hui, nous dépendons à 80 % des énergies fossiles importées pour la génération électrique. Il faudra un réseau électrique plus vert avec un plus grand apport d’énergies renouvelables.

Que faire pour que la situation change ?
Je pense qu’il faudra, avec une bonne sensibilisation, encourager une limitation du nombre de véhicules sur nos routes. Cela peut passer par un mécanisme de mise à la casse de véhicules polluants et des incitations à rouler en électrique. Il ne faut pas oublier que notre bioéthanol local est malheureusement aujourd’hui exporté pour souvent finir dans des voitures en Europe où ce biocarburant est exigé dans les mélanges avec l’essence. Nous pourrons utiliser un jour notre biocarburant ici même, soit pour l’électricité ou le transport. Tout cela réduira la pollution de l’air.

Qu’en est-il de la promotion des voitures électriques ?
Il faudra rendre notre production électrique plus verte pour que cela ait un sens.

Comment expliquez-vous la pollution de l’air intérieure ?
Cette pollution est souvent liée à la cuisson ou au chauffage. Quatre millions de personnes en meurent chaque année au monde, surtout en Asie et en Afrique. Ce sont les émissions de gaz carbonique ou d’hydrocarbonés mais aussi de dioxydes de soufre ou d’azote. À Maurice, nous avons d’abord éliminé le bois dans la cuisson presque totalement et ensuite nous sommes passés du kérosène ou pétrole, au Liquid Petroleum Gas (LPG). Ainsi, la pollution de l’air intérieure est réduite mais il faut faire attention aux accidents et surtout à la combustion incomplète de LPG dans les salles de bains. Un problème croissant aujourd’hui est attribué aux méfaits de la climatisation sur la santé, c’est aussi une sorte de pollution. De plus en plus de gens souffrent du sick building syndrome.

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