Azaad Noormohammad Trubohun: «Les contrôles de sécurité sur le site de Côte-d’Or ne sont pas réguliers»

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Azaad Noormohammad Trubohun, agent recruteur de travailleurs étrangers.

Azaad Noormohammad Trubohun, agent recruteur de travailleurs étrangers.

Le décès d’un travailleur irlandais dans un accident sur le chantier de Côte-d’Or la semaine dernière soulève une fois de plus la question du contrôle de la sécurité des sites de construction. Les ouvriers étrangers sont-ils assurés adéquatement et pourvus d’équipements de sécurité ?

C’est la quatrième personne décédée sur le chantier de Côte-d’Or. Comment réagissez-vous ?
C’est triste. Bien sûr, personne ne s’attend qu’un accident se produise. La sécurité des travailleurs étrangers devrait être la priorité. D’abord, elle doit être assurée par leur employeur. Le ministère du Travail devrait aussi faire des inspections sur le chantier. Si on en est au quatrième mort à Côte-d’Or, c’est peut-être lié à deux raisons. D’une part, cela peut se traduire par un manque de sécurité sur place. Par exemple, y a-t-il un éclairage adéquat ou travaillent-ils dans l’obscurité ? D’autre part, les travailleurs sont peut-être en service audelà des horaires réguliers et sont de ce fait épuisés.

À qui incombe la responsabilité d’un tel décès ?
Si le ministère du Travail procédait à des vérifications, on n’en serait pas là. D’autant que Côte-d’Or est un projet de l’État. De même, la compagnie doit assumer ses responsabilités et garantir la sécurité. Si les deux parties faisaient ce qu’il fallait, il n’y aurait pas eu mort d’homme. Les contrôles de sécurité sur ce ce site ne sont pas réguliers. Il faut que l’État s’assure du bon fonctionnement et de manière régulière. D’ailleurs, lorsque les ouvriers arrivent à Maurice, ils ne connaissent pas les règlements et normes en vigeur. Ils les découvrent sur place. Maintenant que font les autorités pour garantir que ces normes soient bien respectées ? Il faut les vérifier sur le terrain.

Les travailleurs étrangers sont-ils assures?
L’employeur peut souscrire à une assurance-vie pour les ouvriers étrangers. C’est lui qui doit payer pour cela. Parallèlement, il peut aussi adhérer à des plans funéraires pour les ouvriers étrangers. Au cas où l’un d’eux décède, c’est la société funéraire qui rapatrie le corps dans le pays d’origine du travailleur. Et si l’ouvrier compte plus de deux ans de service sur un contrat de trois ans, l’employeur envoie la compensation d’assurance à la famille. Les collègues peuvent aussi cotiser.

Dans la pratique, les employeurs y souscrivent-ils ?
Aucune loi ne les y oblige. Beaucoup d’employeurs ne le font pas. Les grosses firmes, par exemple, celles qui recrutent entre 1 000 à 2 000 étrangers, assurent leurs travailleurs. Par contre, les plus petites entreprises ne s’y plient pas. C’est d’ailleurs celles-ci qui sont les plus sujettes à des problèmes concernant les travailleurs étrangers.

La compensation s’applique-elle si un étranger meurt en dehors du travail, par exemple, dans un accident de la route ?
Qu’il soit au travail ou en dehors de ses heures de travail, l’assurance doit couvrir un étranger 24 heures sur 24. Donc, en cas de décès même dans un accident de la route, il devrait être compensé.

Les travailleurs étrangers sont-ils pourvus d’équipements de sécurité?
Normalement, sur les chantiers de construction, les employeurs doivent leur fournir des casques et overalls. En me rendant sur des sites, j’ai constaté que des travailleurs ne disposaient même pas de chaussures de protection. Beaucoup d’entreprises ne respectent même pas ces consignes essentielles.

Où commence et où s’arrête votre rôle comme recruteur ?
Depuis 2005, j’opère comme agent recruteur de travailleurs du Bangladesh. Quand une compagnie veut employer des étrangers, elle fait appel à nous. Nous démarrons alors les procédures de sélection au Bangladesh. L’employeur envoie ensuite deux de ses cadres pour réaliser les entretiens d’embauche. De notre côté, nous nous chargeons des documents comme le passeport, les tests médicaux etc., et on transmet des copies à l’employeur. Ensuite, viennent les demandes de permis aux ministères du Travail et de la Santé, entre autres. Une fois toutes les autorisations obtenues, nous envoyons des copies au hautcommissariat du Bangladesh pour que les travailleurs puissent venir à Maurice. Si, après trois mois au pays, ces derniers ne s’adaptent pas, on doit procéder à leur retour. Le reste de leur séjour incombe à l’employeur.

Des mauvaises conditions de ces travailleurs ont souvent été dénoncées cette année. Pourquoi cela perdure-t-il ?
L’absence de contrôle est encore récurrente. Par exemple, les autorités visitent-elles les dortoirs ? Il n’y a guère de contrôle. De plus, les entreprises sont supposées offrir des services de nettoyage de ces lieux. Bon nombre d’entre elles ne le font même pas. Les conditions ne sont pas respectées.

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