Nouvelles factures révélées: Sinatambou mange, vous payez

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Etienne Sinatambou et son épouse lors du banquet organisé pour les 85 ans de sir Anerood Jugnauth. Pas de notes de frais ce jour-là.

Etienne Sinatambou et son épouse lors du banquet organisé pour les 85 ans de sir Anerood Jugnauth. Pas de notes de frais ce jour-là.

«Miam miam» avaient crié les députés de l’opposition quand Etienne Sinatambou avait pris la parole au Parlement. À l’époque, deux factures litigieuses de l’hôtel Maritim faisaient la une de l’actualité. Sinatambou s’est expliqué, mais le «Miammiamgate» est loin d’être fini. Voici huit factures de l’hôtel Labourdonnais, où le ministre a mangé et bu pour un total de Rs 23 385 entre 2017 et 2018. C’est le ministère qui paie.

Etienne Sinatambou a-t-il la fâcheuse habitude – particulièrement le samedi – de manger dans des palaces aux frais des contribuables ? C’est ce qu’indiquent des lanceurs d’alerte qui ont fait parvenir une série de factures des hôtels Labourdonnais et Le Suffren. La particularité de ces notes de restaurant c’est qu’elles portent toutes la signature du ministre de la Sécurité sociale et de l’Environnement. On retrouve aussi écrit à la main – avec une écriture qui s’apparente à celle d’Etienne Sinatambou – tantôt l’adresse du ministère de l’Environnement, tantôt celle de la Sécurité sociale et leurs numéros de téléphone respectifs.

Si l’on se fie à cette documentation, tout porte à croire que le ministre a demandé à ces deux ministères de payer pour ses consommations. «Ce sont des consommations personnelles, pour lesquelles paie le contribuable», explique un dénonciateur au ministère. «Tout est noté et documenté dans le dossier ‘incidentals and office expenses’ au ministère».

L’hôtel Labourdonnais, de son côté, a promis de collaborer avec l’express pour tirer tout cela au clair. Son département des finances devrait, dès ce matin, vérifier si les huit factures que nous avons en notre possession ont été bien envoyées aux ministères à la demande d’Etienne Sinatambou et si ceux-ci ont bien payé pour les déjeuners et dîners, pour, ainsi, confirmer ou infirmer les dénonciations de ces fonctionnaires-whistleblowers.

Dans au moins un des cas, la documentation établit que le ministère a payé. C’était pour un déjeuner le samedi 12 mai 2018 au restaurant «LaTerrasse». La note de Rs 1 880 pour un plateau de moules, un Bloody Mary, un Virgin Mojito, un moelleux au chocolat et deux Café Latte a été approuvée le 30 mai 2018 par le ministère et le paiement a été fait le 4 juin 2018. Deux tampons du ministère de l’Environnement ont fière allure sur l’invoice de l’hôtel Le Suffren.

Les informateurs au ministère de l’Environnement nous orientent vers un haut fonctionnaire qui validerait systématiquement le paiement, des fonds publics, pour ces dépenses personnelles du ministre. Sa signature et son nom apparaissent d’ailleurs auprès d’une note «certified correct» au pied d’une facture de Rs 2 600, pour un goûter le samedi 4 novembre 2017.

Factures sur lesquelles ce qui semble être l’écriture d’Etienne Sinatambou donne ses deux ministères comme adresses de facturation. La facture ci-contre a été réglée par l’Environnement.


Réaction: «Les factures sont en règle»

Contacté, le ministre nous a fait la déclaration suivante : «La semaine dernière, j’ai été systématiquement attaqué d’une façon que je considère fausse et indigne quant à un séjour et un dîner apparemment gratuits mais qui ne l’étaient nullement. J’ai fait l’objet de toutes sortes d’attaques diffamatoires injustes et mesquines. J’avais prévenu que je prendrais des actions et que je rapporterais l’affaire à la police. C’est maintenant chose faite et je pense que les divers fautifs seront bientôt convoqués aux Casernes centrales. Ce soir, vous me parlez de huit factures totalisant Rs 23 000 sur une durée de trois ans qui ont été payées par le ministère. Toute facture payée par un ministère doit passer par un système d’aval bien rodé. Il y a dans tout ministère, un ‘accounting officer’ qui doit avaliser toute dépense qui sera encourue. Dans tous les cas dont vous parlez, ces factures doivent nécessairement passer par l’accounting officer qui, normalement, est le secrétaire permanent ou un de ses hauts cadres, je pense. En conséquence, je peux vous assurer que toutes les factures dont vous me parlez sont en règle et ont passé le test nécessaire pour être autorisées. Je pense que l’express devrait prendre plus de temps pour parler des bonnes choses que je fais dans les deux ministères qui tombent sous ma responsabilité. Ce que vous faites depuis ces 10 derniers jours est à mon avis incorrect, pour dire le moins.»


Quand la plume «Gat le makaroni» du ministre

Notre collègue, Anju Ramgulam, connue pour sa plume trempée dans le vitriol du second degré, est convoquée aux Casernes centrales, vendredi 23 août. Les policiers du Central Criminal Investigation Department (CCID) veulent lui poser quelques questions par rapport à son billet d’humeur intitulé Etienne: «Pa vinn gat makaroni», paru vendredi 16 août. Elle y faisait une parodie de déclaration du ministre dans le sillage de son dîner à l’hôtel Maritim, en créole, sous une déclinaison de jeux de mots sur le thème alimentaire. Du genre : «Zot pe fer kouma dir premié fwa politisien pe manz plin. Enn tradision sa, dan nou disan sa. Dan dizef poul pa gagn ti kanar. Ena vié karay kontan kotomili, ena kontan kwi kari lalang, nou rant dan tou lasos nou». Mais la voilà devoir se rendre au CCID pour un written statement à la suite d’une plainte en diffamation portée par Etienne Sinatambou. Le ministre s’était déplacé à la police dimanche pour se plaindre de la presse. De la même manière, la police a également convoqué Zahirah Radha, la rédactrice en chef de Sunday Times. Elle s’y rendra avec son homme de loi, Yousuf Mohamed, demain, jeudi 22 août.

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Depuis le 11 août, les articles ne cessent de défiler au sujet d’Etienne Sinatambou. Tout a commencé avec un séjour et un dîner «free of charge» à l’hôtel Maritim. Puis des factures de restaurant qu’auraient payées ses ministères, Environnement et Sécurité sociale, notamment à l’hôtel Labourdonnais. Retrouvez ce qu’on peut ironiquement appeler le «miamiamgate».

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