Dîner polémique: «Je vais régler ma facture» dit Etienne Sinatambou

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Etienne Sinatambou affirme qu’il réglera sa facture.

Etienne Sinatambou affirme qu’il réglera sa facture.

Le 30 juin, Etienne Sinatambou dîne en compagnie de cinq amis à l’hôtel Maritim, à Balaclava. Sur la note du restaurant, un employé écrit «F.O.C», pour Free of Charge. Etienne Sinatambou reconnaît ne pas avoir encore réglé la facture à ce jour, mais le ministre de l’Environnement dit détenir un «Master Account» dans cet établissement. Le hic dans tout cela, c’est que l’hôtel Maritim a soumis au ministère en question une demande pour un permis EIA (Environmental Impact Assessment) pour des développements majeurs. Et qui est censé être l’ultime signataire pour le permis EIA ? Sinatambou, lui-même. Ce qui pourrait rester en travers de la gorge de certains… 

À la table 24 au Maritim Hotel, dans la soirée du 30 juin, pas de «boutey dilo ek biskwi marie», mais entre autres, un seafood platter, du boeuf, de l’agneau. C’est le dîner, à la carte, d’Etienne Sinatambou et de ses cinq invités. En quittant l’établissement 5-étoiles ce soir-là, personne ne paie. La note est un des deux documents internes de l’établissement qui ont fuité et qui circulent dans les rédactions. 

Joint au téléphone, Etienne Sinatambou explique qu’il est un habitué de l’hôtel Maritim et qu’il y dispose ainsi d’un «Master Account». Qu’est-ce donc ? «C’est un compte personnel que je détiens auprès de l’établissement qui me permet de régler plus tard…» «Donc vous avez réglé ?» lui demande-t-on. «Non, je vais régler. Je règle toujours d’habitude, vous pouvez vérifier auprès de l’hôtel.» 

Ce qu’il faudra aussi vérifier auprès de l’hôtel – la direction était injoignable hier – c’est si le paiement pour un séjour d’Etienne Sinatambou dans l’établissement, entre le 11 et 13 septembre 2018, a été effectué. C’est l’autre document interne qui a fuité : une «Complimentary Accommodation Request» au nom du ministre pour ce séjour précis. Le document est signé par le Senior Reservations Manager, ainsi que le directeur général de l’hôtel, Peter Edler. Dans la section «Billing Instructions», c’est la case «Amount To be Absorbed by Hotel» qui est cochée. 

«C’est un complot pour me nuire», réagit le principal concerné. «J’avais remplacé Vishnu Lutchmeenaraidoo, alors ministre des Affaires étrangères, lors du   Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien et j’y ai effectivement séjourné. Même si la politique de l’hôtel, c’est d’offrir une sixième chambre gratuitement après que cinq chambres ont été réservées, je leur ai bien fait comprendre que je ne voulais pas de ce cadeau. Je leur ai dit : ‘soit vous envoyez la facture au ministère, soit je paie’. Je n’ai plus entendu parler de ça jusqu’à ce que des médias en fassent mention, aujourd’hui (NdlR, hier). Je suis donc quasiment sûr que le ministère des Affaires étrangères a payé, je vais vérifier lundi.» 

Ce qui est, par contre déjà factuel, consultable sur le site du ministère de l’Environnement, et qui ne mérite aucune vérification, c’est que depuis avril 2019, l’hôtel Maritim a demandé un permis EIA pour des développements majeurs qui permettrait à l’établissement d’ajouter 60 chambres aux 212 existantes. 

«Je ne savais même pas qu’il y a cette demande», renchérit Etienne Sinatambou. «C’est au niveau des officiers du comité EIA.» Quand on lui dit qu’au final, c’est bien lui personnellement qui devra signer, le ministre répond : «Si on suit votre logique, je ne vais plus dans les hôtels parce qu’ils demandent des permis EIA ?» 

Enfin, Etienne Sinatambou propose qu’on l’accompagne à l’hôtel Maritim dans les prochains jours pour tirer tout cela au clair. 

La mention ««amount to be absorbed by hotel» est cochée sur la facture.


Les «public officials» et les hôtels 

Etienne Sinatambou n’est pas le premier «public official» à se retrouver au centre d’une polémique avec un hôtel en toile de fond. En 2006, l’ex-chef du CCID se voit condamné à trois mois de prison pour avoir séjourné gratuitement à l’hôtel Oberoi entre le 3 et le 5 août 2002. À l’époque, il enquêtait sur une série de vols à l’hôtel et il avait accepté l’hébergement gratuit de l’établissement. 


Cadeau empoisonné… 

L’article 15 (a) de la Prevention of Corruption Act se lit comme suit : Any public official who solicits, accepts or obtains a gratification for himself or for any other person, from a person, whom he knows to have been, to be, or to be likely to be, concerned in any proceeding or business transacted or about to be transacted by him, or having any connection with his functions or those of any public official to whom he is subordinate or of whom he is the superior; (…) shall commit an offence and shall, on conviction, be liable to penal servitude for a term not exceeding 10 years. La meilleure façon de s’en protéger c’est ainsi de refuser systématiquement tous les cadeaux, car «on ne peut jamais savoir quel dossier est avec notre supérieur hiérarchique ou parmi les officiers qui sont nos subordonnés», explique un ancien haut fonctionnaire.    

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Depuis le 11 août, les articles ne cessent de défiler au sujet d’Etienne Sinatambou. Tout a commencé avec un séjour et un dîner «free of charge» à l’hôtel Maritim. Puis des factures de restaurant qu’auraient payées ses ministères, Environnement et Sécurité sociale, notamment à l’hôtel Labourdonnais. Retrouvez ce qu’on peut ironiquement appeler le «miamiamgate».

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