Private Notice Question: Maurice refuse toujours le cannabis médical

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Anwar Husnoo (à g.) et Xavier-Luc Duval se sont livrés à un mano a mano sur le cannabis médical, hier.

Anwar Husnoo (à g.) et Xavier-Luc Duval se sont livrés à un mano a mano sur le cannabis médical, hier.

Le ministre de la Santé a affirmé, au Parlement, que le gouvernement ne compte pas amender la loi pour légaliser le statut thérapeutique du gandia. Il attend les conclusions de l’ONU et de l’OMS pour en décider.

Il n’est pas question, pour le moment, d’envisager des changements à la Dangerous Drugs Act pour que le cannabis et/ou ses dérivés ne soient plus considérés comme des produits illégaux. C’est la position officielle du gouvernement, a affirmé le ministre de la Santé, Anwar Husnoo, hier à l’Assemblée nationale, en réponse à la Private Notice Question du leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval.

«Non ! Pour le moment, nous n’envisageons pas d’enlever le cannabis ou ses dérivés de la Dangerous Drugs Act 2000. Du moins jusqu’à ce qu’une étude soit faite sur les implications de ce médicament. Une politique sera adoptée et un comité de haut niveau sera mis sur pied après la tenue de la UN Commission on Narcotics en mars 2020», a soutenu le ministre de la Santé. Le leader de l’opposition a rajouté que la Food and Drug Administration des États-Unis avait approuvé l’usage du cannabidiol et que 47 pays en ont fait de même. Pour Xavier-Luc Duval, si Maurice emboîtait le pas à ces pays, la mesure serait bénéfique aux patients dont le traitement dépend du cannabis.

Traitement de l’épilepsie

«Nous ne comptons pas des milliers de personnes dans cette situation à Maurice. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’a recommandé et nous attendons que l’organisation des Nations unies (ONU) l’approuve. Si c’est le cas, nous allons instituer un comité et s’il faut considérer le cannabis médical, nous le ferons», a poursuivi le ministre de la Santé.

Le leader de l’opposition a mentionné le cas de ceux souffrant d’épilepsie et qui peuvent être traités au cannabidiol. Le ministre a répondu que ce traitement ne s’applique qu’à un type d’épilepsie. Lors des questions supplémentaires, la députée Danielle Selvon, qui a, dans le passé, soulevé plusieurs interrogations sur le cannabis médical, est intervenue. Elle voulait savoir ce que le gouvernement prévoit pour les touristes qui suivent un traitement à base de cannabis et dont les médicaments ont été prescrits à l’étranger. «Ces médicaments sont saisis à Maurice. Il y a eu le récent cas d’un enfant, en Angleterre dont la vie dépend de ce traitement. Ses médicaments ont été saisis à Heathrow et le Home Office a dû s’excuser à la suite de cet incident», s’est-elle emportée. Le ministre a simplement affirmé qu’il était au courant du cas.

Le député travailliste Shakeel Mohamed a, lui, fait mention du cas d’une femme, qui avait témoigné à visage découvert, dans les colonnes de l’express en 2018. Elle est consommatrice de cannabis thérapeutique et souffre du lupus, de la myélite transverse et de la maladie de Raynaud. «Elle dit que sa vie en dépend. Que fait-on pour ce type de patients ?» at-il demandé. Le ministre Husnoo lui a répondu que l’on ne peut pas mettre un produit sur le marché en se basant sur un seul cas. «Je ne peux pas considérer une preuve anecdotique. Il faut plusieurs essais avant», a martelé le ministre.

Xavier-Luc Duval avait précédemment évoqué le cas de Shirish Rummun, un ancien haltérophile de haut niveau, aujourd’hui atteint de cancer. Il fait le va-et-vient en Afrique du Sud pour son traitement au cannabis médical.

Le cannabis rend agités les élus

Le cannabis calme ceux qui en consomment, dit-on, mais il semble avoir eu l’effet contraire sur les parlementaires. Même le ministre Husnoo, d’ordinaire calme, s’est laissé emporter lors de la Private Notice Question (PNQ) sur l’utilisation de médicaments contenant du cannabis ou encore l’éventualité d’enlever le cannabidiol de la liste des produits dangereux de la Dangerous Drugs Act.

Bien que la question ait été adressée au ministre de la Santé, le ministre mentor a eu beaucoup de peine à garder son calme. Sir Anerood Jugnauth murmurait des phrases inaudibles de la galerie de la presse. Quand Xavier-Luc Duval a demandé au ministre de la Santé s’il autoriserait l’usage des médicaments autorisés par la Food and Drug Administration des États-Unis, ne pouvant plus se retenir, le ministre mentor a balancé un «Non» sonore qui a fait rire presque tout le monde. «Kouma dir Premie minis li mem», a commenté Paul Bérenger.

Le PM lui avait le regard figé. Même quand le leader de l’opposition a affirmé que des experts recommandent le cannabidiol, sir Anerood Jugnauth lui a répondu que le gouvernement n’avait aucune obligation de les suivre. En même temps, Sandhya Boygah, qui n’a aucune formation scientifique ou médicale, n’a quand même pas manqué d’exprimer sa désapprobation concernant l’usage médical du cannabis.

Par ailleurs, contrairement à la dernière PNQ pendant laquelle Pravind Jugnauth avait été indulgent envers Xavier-Luc Duval, le chef du gouvernement lui était plutôt hostile, hier. La speaker, Maya Hanoomanjee, a même dû lui demander de ne pas interrompre la séance.

«Ayo !»

Comme le leader de l’opposition continuait avec ses questions à Anwar Husnoo, ce dernier devait perdre son sang-froid vers la fin. «L’Organisation mondiale de la santé n’a pas recommandé l’usage médical du cannabis», a-t-il martelé. Saisissant la balle au bond, Thierry Henry lui a donné ce conseil. «Bizin donn twa to cannabidiol !»

Ce député du Parti mauricien social démocrate devait aussi lancer à Etienne Sinatambou : «Ta zorey biskwi !» suite à un commentaire du ministre. Danielle Selvon s’est également laissé emporter suivant le commentaire d’un élu de la majorité qui a laissé échapper un «Ayo ! » quand la députée demandait au ministre Husnoo qui prendrait la responsabilité médicale d’un touriste qui arrive à Maurice avec un médicament à base de cannabis, mais qui détient une ordonnance. «Ki ayo ? Serié seki mo pe dir la…» La speaker a eu beaucoup de peine à la calmer.

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