Jhaant & cie: le style Shakeel

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Shakeel Mohamed, 50 ans, veut raccrocher après un dernier mandat. 

Shakeel Mohamed, 50 ans, veut raccrocher après un dernier mandat. 

L’homme à la banane gominée avait la pêche lors des débats budgétaires et n’a pas hésité à ramener sa fraise. Cerise sur le gâteau : du sarcasme et un sourire en «coing». Mais le chouchou de ces dames annonce qu’il enverra la politique aux orties. A-t-il manz margoz ? Est-ce qu’il raconte des salades ?

Des diplômes anglais et français, 27 années en tant qu’avocat, 24 années de politique. Son CV est long comme le bras de Plastic Man. Ses cheveux gominés – le John Travolta de la politique utilise du «sculpting gel» de la marque Paul Mitchell et du «delwil coco» – font le bonheur des dames qui dévorent sa banane capillaire des yeux.

Au Parlement, Shakeel Mohamed, 50 ans, met la gomme. Il parodie l’accent «Baburao-esque»* du ministre Koonjoo : «‘Vat’ did you do ‘ven’ you ‘vere’ in power’, he will ask me.» Enfile son costume d’acteur pour railler un projet gouvernemental qui a déraillé – concernant bicyclettes et motos – à coups de jantes et de «jhaant»**.

Ses atouts ? Un sourire en coin style Patrick Swayze dans Dirty Dancing et ses costumes, choisis par son épouse, plus classes que certains cyclones. Mais aussi de la verve, des talents d’orateur et une diction impeccable à la fois en français et en anglais. Pas de quoi blesser les oreilles de «Sexpire» ou froisser la perruque de Molière.

Ses défauts ? Un franc-parler qui peut déboucher sur du «fuck off», saupoudré d’une pointe d’arrogance, comme le lui reprochent certains internautes, parfois.«C’est vrai que j’ai du mal à tenir ma langue, à fermer ma gueule.» Sinon, joue-t-il de sa beaugossitude ? Un peu de fausse modestie n’a jamais fait de mal. «Bah, merci pour le compliment, je suis content d’apprendre que je plais aux dames, c’est un cadeau de Dieu. Ma femme n’est pas du genre jalouse, de toute façon

Le fils à maman, qui a trois enfants, est tombé dans la marmite politique quand il était en couche-culotte, patronyme oblige. Dans l’Hémicycle, rictus moqueur «Sylvester Stallonesque» plaqué sur le visage, il balance des coups de poings verbaux à ses adversaires politiques, sa langue dégaine de l’ironie. Entre, il se caresse la barbe noire parsemée de gris. Pratique-t-il ses mimiques, sa gestuelle, ses discours devant un miroir, telle la méchante marâtre de Blanche-Neige ? «Non. J’ai de la chance d’avoir eu de bons profs au collège du St.-Esprit, qui m’ont donné confiance en moi. Je participais à des débats à l’école. Et les discussions animées vont bon train depuis toujours quand on est en famille.»

Amateur de foot – son cœur bat pour Liverpewwwl (NdlR, Big english accent oblige) – et d’équitation, «jhaant man» fait-il du vélo ? «Très peu, quand je suis à l’étranger. C’est dommage qu’il n’y ait pas de vraie piste cyclable à Maurice.» Féru de technologie, disponible sur WhatsApp même pour les journalistes, le député de Port-Louis-Maritime–Port-Louis-Est n’hésite pas à balancer les selfies et des Facebook live sur les réseaux sociaux. Histoire de plaire à ses quelque 55 000 followers, dont certains n’hésitent pas à le critiquer. «Be twa ki to ti fer twa kan to ti la ?»

 Ministre du Travail de 2010 à 2014, Shakeel Mohamed a connu les polémiques. Il y a eu l’affaire Gorah Issac, les arrestations, les perquisitions… Il y a cette mesure temporaire qui empêchait les entreprises du secteur de la construction d’employer des travailleurs étrangers, en 2013. Qu’a-t-il fait de bon, alors ? «J’ai fait modifier la loi afin que ceux qui perdent leur emploi puissent contester la décision auprès de l’Employment Relations Tribunal. J’ai fait en sorte que ceux qui comptent deux ans de service obtiennent un CDI, un contrat permanent

Malgré les années, le dur à cuire, enfin à cuisiner, a gardé sa peau de pêche grâce à son rituel de beauté qui consiste en… ? Ben en rien. «Ma femme et mes enfants pensent que j’ai 20 ans ! Blame it on the good genes transmis par ma grand-mère, Zainab (NdlR, née Ghislaine Ducasse) et ma maman Zeinah qui a… non, elle n’aime pas qu’on dise son âge!»Le politicien a tout de même été marqué par les attaques, contre sa famille surtout.

Quid de l’avenir ? Ne faudrait-il pas envoyer Tonton Cigare au placard et balancer les clés ? N’est-il pas un has been, ce lion édenté ? Faut-il l’envoyer aux orties, enfin au cotomili ? «He’s still in. Surtout quand on voit ceux qu’il y a en face…»

Les Mauriciens sont-ils suffisamment mûrs pour avoir un Premier ministre kréol ou musulman ? «Non, mais je ne blâme pas la population qui est très ‘open’. C’est la faute à certains politiciens, qui ont des vested interests. Suis-je triste ? Oui. Suis-je frustré ? Oui…»

 Est-ce qu’il s’est quand même vu en haut de l’affiche ? Est-ce, qu’un jour, en rêve, il s’est vu dans le costume de Premier ministre ? Diantre que oui. «But I know this will remain a dream.» Pas de chance pour que ça arrive. Not even a jhaant.

Est-ce la raison qui le pousse à vouloir quitter les caisses à savon, la scène politique ? «Je demande un autre mandat, après je m’en vais. Je veux me consacrer à ma famille et laisser la place aux jeunes…»

Ses références : Obama – qui est devenu président des États-Unis à 48 ans, – et Justin Trudeau, devenu Premier ministre du Canada, à 44 ans. Dans la voix, les propos, du quinquagénaire, il y a comme une note de rêve brisé. Shakeel Mohamed, lui, ne sera pas le Premier ministre de l’île Maurice.

À moins que…

*Baburao : personnage attachant, très en verve, qui un accent particulier, interprété par Paresh Rawal dans le film Hera Pheri.

**Jhaant : Mot hindi signifiant quelque chose de négligeable, dirons-nous, pour rester politiquement correct.

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