Clins d’œil à la ronde

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Mercredi matin, vers 10 heures, la RDA est à l’œuvre avec une équipe de brush cutters, pour, comme on dit chez nous, «tailler» l’herbe qui occupe le tertre central sur, comme on dit aussi chez nous, l’«autoroute». Rien de plus normal, sauf que l’équipe en question ne trouve pas raisonnable de ramasser le plastique, le papier et les take-aways qui s’y sont accumulés les jours précédents. Résultat ? Allez voir ! Vite ! Les déchets sont démultipliés et sans doute, maintenant, plus difficiles à ramasser, taillés en pièces comme ils le sont.

Je comprends bien que pour cette équipe, le job description est de tailler le gazon et que c’est s’abaisser (littéralement) pour ramasser les détritus d’abord. Cependant, n’est-ce pas s’abaisser encore plus de ne pas utiliser sa cervelle et son sens de l’initiative et de produire, en conséquence, un travail moins bien fait que possible ?

Et saluons, en passant, la volonté du PM de donner un exemple personnel en aidant à nettoyer le pays avant les JIOI !

*

Rahul Gandhi, chef de dynastie, a démissionné, cette semaine, après la défaite du parti du Congrès aux dernières élections générales, en Inde, assumant ainsi, logiquement, sa part de responsabilité en la circonstance et donnant du coup une leçon de démocratie.

Et nos chefs de dynasties, à nous ? Ils vont continuer à agir comme des propriétaires éternels de fonds de commerce et ce jusqu’à quand ? Ne comprennent-ils pas, en passant, la symbolique terrible de leur comportement ? Leur insistance à s’accrocher d’une défaite à une autre, d’une génération à une autre, ne dit-elle pas à d’autres citoyens souhaitant s’engager pour le pays : Attention ! Vous n’êtes pas «bien nés»! Vous n’y avez pas droit ! Chemin bloqué !

Attention, pays bloqué…

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Est-ce que vous réalisez qu’à ce jour, en Europe, les emprunts d’État à dix ans ont chuté… sous zéro ? -0,05 % en France, -0,35 % en Allemagne.

Vous savez ce que cela veut dire ?

Que plus vous empruntez, plus vous encaissez !

Tout s’explique maintenant. Tous ces discours récents sur la moindre importance de la dette publique et la Modern Monetary Theory prennent leur oxygène dans les taux d’intérêt actuels, illogiquement bas. Le monde n’est pourtant pas en récession. Il n’y a ni crise financière, ni krach à contrer. Les États-Unis sont même à leur 10e année de croissance ininterrompue et explosent ainsi leur dernier record qui court de mars 1991 à mars 2001.

Question stupide : Et que fera-t-on quand la prochaine récession ou crise va frapper ? Quels outils nous resteront-ils pour nous en sortir ?

En attendant, avec ces taux dérisoires, ce sont les plus (trop) riches, farcis de prêts bon marché alimentant des marchés boursiers ou immobiliers qui flambent qui «améliorent leur sort». N’est-ce pas cela aussi que les populistes, de Trump à Bolsonaro, de Salvini à Orban avaient juré de régler ?

***

J’aurais passé un mercredi plein de satisfaction en présence de M. Pascal Tsin qui dirige de main de maître l’enseigne Super U et qui démontre, une fois de plus, comment le travail, la rigueur, les idées, l’ambition peuvent mener au succès.

L’histoire de la famille débute avec le grand-père qui lance, au début du siècle dernier, la «boutique raquette» à Grand-Baie, devenue par la suite, Grand Baie Store. Pascal Tsin a côtoyé la plupart des étapes de développement de son groupe, mais au-delà de son savoir-faire d’homme d’affaires, ce qui frappe c’est que loin de chercher le profit à tout prix, il tente souvent de s’intégrer dans son environnement commercial. Le fameux capitalisme à visage humain. À Flacq, une crèche pour poupons de 0 à 3 ans, grande, aérée, bien équipée, est gratuite. Comme l’est l’accès, à l’étage, d’une salle polyvalente utilisée pour un concert, une conférence ou un mariage. Dix milles mètres carrés de photovoltaïque sur le toit, malgré une attitude plutôt étriquée du monopole qu’est le CEB, affiche ses convictions intimes sur l’avenir de la planète, plutôt que celui de son seul portefeuille. Passablement douché, cependant, il ne récidiverait pas à Tamarin. Le CEB gagne encore, mais quel gâchis pour le pays !

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 Le Ghana est un des pays d’Afrique les plus performants. Régulièrement classé parmi les trois meilleurs du continent pour la liberté de la presse et les libertés fondamentales, avec un judiciaire désormais plus indépendant, efficient et respecté, c’est un pays avec des élections libres et qui réussit un taux de croissance de plus de 5,5 % ces trois dernières années. Ajoutez à cela une réduction du déficit fiscal de plus de 3 points et une inflation contenue dans les limites que s’impose la Banque centrale (eh oui !) et vous avez, depuis l’élection de M. Akufo-Addo en janvier 2017, les prémisses d’un succès. Son prédécesseur, John Mahama, avait pourtant tout pour réussir, y compris son premier puits de pétrole en 2010, mais il gaspillait promptement sa chance notamment avec de lourdes dettes prises pour bien mieux payer les fonctionnaires ! Plus de 35 % des projets d’infrastructures alors lancés n’ont jamais été terminés. The Economist du 22 juin signale que, parmi ceux-ci, il y a l’usine sucrière de Komenda, construite il y a 3 ans avec un prêt de l’Inde, qui devait employer 7 000 personnes, mais qui n’a jamais produit du sucre. Pourquoi ? Il n’y a pas de canne dans les champs… Une occasion pour nos sucriers ? Autre contradiction étonnante : alors que les dépenses publiques ont été fortement réduites sous le 16e programme du FMI pour le pays, le nombre de ministres a augmenté de 42 % a, tenez-vous bien… 125 ! L’austérité n’est pas pour tous ! Avec 3,1 millions de citoyens vivant avec moins de Rs 70 par jour, il faut espérer que ces ministres soient plus performants que les nôtres !

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Cette semaine encore, on a assisté à la dramaturgie toute mauricienne de Veolia. Je ne connais pas tous les détails du projet et j’espère qu'il n'y a pas un volet d’importation, mais je comprends cependant que le seul permis obtenu par Veolia est pour le traitement d’hydrocarbures usagés; pour les recycler et les valoriser. C’est le projet d’incinérateur évoqué, semble-t-il, qui a suscité des prises de position, des manifestations, de la politisation, beaucoup d’émotion.

Et si l’on voyait la question avec un peu de détachement rationnel, pour un peu ?

 Il faudrait donc alors rappeler que les déchets dont l’incinération a fait peur, à Baie-du-Tombeau, EXISTENT déjà chez nous et, dans la plupart des cas sont DÉJÀ BRÛLÉS, y compris en plein milieu urbain ! Que croit-on ce qui se passe avec ce qui reste au fond des chaudières à huile lourde du CEB ou avec les déchets médicaux depuis des années et qu’est-ce que l’on trouve dans les fumées qui sortent des cheminées du CEB ou de divers hôpitaux et cliniques ? C’est mieux ? Quant aux animaux incinérés, au-delà du choix qui est de laisser les cadavres pourrir dans le terrain d’à côté, que croit-on qu’il se passe de différent avec les HUMAINS brûlés tant sur des bûchers que dans des crématoriums ?

 Sur l’Internet, je n’ai pu trouver aucune référence à une différence de procédé ou de température entre l’incinération et la crémation qui semblent se passer, tous deux, à entre 800 et 1200 degrés centigrades. D’une part, cela produit des cendres et de l’autre de la fumée. Il paraît qu’il y a des filtres plus performants pour l’incinérateur industriel. Je vous dirais s’il y en a pour le crématoire, bientôt, quand j’y passerais… même si ce n’est pas pour la semaine prochaine.

En attendant, rappelons que dans le Budget de l’an dernier, on y prévoyait déjà de construire, dès 2019, 15 crématoriums de plus à travers l’île. Comme on l’écrivait, avec quelques risques, dans le Défi du 9 octobre : «Grâce aux crématoriums, les cimetières seront moins bondés et le problème de surpopulation sera résolu.»

Tant et si bien que l’on parle maintenant du problème inverse de population qui décline trop, du besoin d’accueillir des émigrants et du devoir national de faire plus d’enfants !

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