Les malheurs de BoJo Les bonnes heures des autres

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Favori pour remplacer Theresa May, la personnalité de Boris Johnson intrigue. Si le courant entre sir Anerood Jugnauth et lui (alors qu’il était encore aux Affaires étrangères) n’est pas passé sur le dossier Chagos, cela sous-entend que le futur n’augure rien de bon pour Maurice quand Boris Johnson s’en ira au 10 Downing Street – sauf si le nouveau PM britannique est vite remplacé, après les prochaines élections, par un Jeremy Corbyn qui s’est, lui, toujours montré respectueux des droits humains des Mauriciens et des Chagossiens sur l’archipel abritant Diego Garcia. Le 21 juin, The Economist a choisi d’illustrer sa cover story avec un «BoJo» mi-clown, mi-député tory sérieux afin d’illustrer la confusion par rapport au plus grand virage politique que doivent prendre les Britanniques depuis le règne de Margaret Thatcher (une façon aussi de démontrer que la «girouette» Jeremy Hunt est déjà éliminée de la course). En attendant, au grand dam des politologues européens et américains, la presse People du pays de Sa Majesté, à l’instar du Sunday Times, ne se prive pas pour étaler sur plusieurs pages la dernière dispute de Boris Johnson avec sa compagne à cause… d’un verre de vin rouge renversé sur un canapé. Les détails du différend ont été «captured» par des voisins et sont commentés par des millions de Britanniques sur les réseaux sociaux. Davantage que ses déboires personnels, c’est sa vision et son éthique politiques, surtout dans le cadre du Brexit et (pour nous) par rapport au litige entre Londres et Port-Louis, qui auraient dû intéresser… Mais, comme ici, la tentation de frapper sous la ceinture est trop forte.

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Pendant ce temps, le lancement de libra, la crypto-monnaie de Facebook, agite aussi la toile, mais pour d’autres raisons. Pour certains observateurs, il s’agirait de l’événement économique le plus important depuis le lancement de… Facebook ! Contrairement au bitcoin, libra fait déjà l’objet d’une forte demande en raison, entre autres, de la renommée des partenaires de Facebook sur ce projet de monnaie dématerialisée : Uber, Ebay, Spotify… Alors que les débats font rage sur l’indépendance de la Banque de Maurice par rapport à la politique monétaire, voire de la stabilité financière, il importe de penser à l’impact des crypto-monnaies sur l’activité économique – car, à ce jeu, gouvernement et banques centrales risquent de perdre au change, indépendamment de la fluctuation des devises. La question que l’on aura, tôt ou tard, à se poser : comment intégrer un éventuel marché unique du numérique ?

Autre terme, déjà galvaudé, tant il est gargarisé par tout un chacun : l’intelligence artificielle.Dans notre démocratie de crédules, les politiciens au pouvoir répètent ce terme comme si sa seule prononciation était un sésame pour nos lendemains. Les penseurs pessimistes disent même que l’humanité sera coupée en deux : la première partie sera celle qui maîtrisera les technologies du futur alors que la deuxième regroupera tous les exclus qui n’ont pas compris que le monde de nos enfants, dans 20 ans, ne sera pas comparable au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Jacques Attali rejoint Yuval Noah Harari quand il prédit que, dans dix ans au plus tard, on commencera à pouvoir connaître, avant la naissance, les risques pour chaque nouveau-né d’être atteint de telle ou telle maladie, et ensuite de pouvoir calculer la date probable et la cause du décès de chaque être humain (si la mort s’avère naturelle bien entendu). Ainsi on ne saurait rien de sa capacité créative ou de son intelligence, mais tout de son destin physique, qui dépendra de ce que nous dirons la génétique, les données sociales, écologiques, familiales, et les corrélations que la gestion de ces «data» permettra de déduire. Comme Harari, Attali soulève ces questions clés, autant philosophiques que pratiques, que ni Yogida Sawmynaden, encore moins Pravind Jugnauth et sa bande de «cons-sey-seyé» ne peuvent concevoir (tant leurs rôles s’arrêtent au stade de Côte-d’Or ou sur comment réduire au silence les journalistes qui n’ont pas pu être achetés). Ces questions clés d’Attali sont : si l’État dispose de toutes ces données sur nous, qu’en fera-t-il ? «Chacun pourra-t-il exiger de le savoir pour lui-même, même si les maladies qui vont probablement s’abattre sur lui sont encore incurables ? Chacun pourra-t-il le savoir pour son partenaire sentimental ? Un employeur pourra-t-il exiger de le savoir avant d’engager quelqu’un ? Pourra-t-il le traiter pour chaque citoyen ? Pourra-t-il les agréger ? En tiendra-t-il compte dans ses prévisions de dépenses de santé ? Les entreprises pharmaceutiques y auront-elles accès ? (...)»

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Un quart de siècle après l’élection de Nelson Mandela, l’Afrique du Sud se cherche (toujours) un avenir économique. Ce papier dominical, qui s’écrit, cette semaine, de Cape Town, veut rendre compte des problèmes que nous voyons dans les quartiers populaires loin des shopping malls de Canal Walk ou du front de mer qui scintillent de mille feux. Les indicateurs sont au rouge, et dans la rue, les chômeurs peuplent de plus en plus les trottoirs. Un PIB qui se contracte à 3,2 % (au premier trimestre de 2019) est venu confirmer, récemment, que l’Afrique du Sud vit, ces tempsci, le plus important recul, en termes de croissance économique, depuis 10 ans. «Notre économie n’a pas atteint le niveau de croissance que nous souhaitions. Il n’y a pas assez d’emplois créés. Et ces problèmes nous touchent tous», vient de reconnaître le président Cyril Ramaphosa, dont la «nouvelle aube» promise, lors de sa récente élection, a bien du mal à émerger derrière l’horizon sombre. Le chômage avoisine les 30 %. Ce qui confirme le classement du pays en haut du tableau des nations les plus inégalitaires.

Alors que Moody’s pourrait dégrader l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa tente de rassurer les investisseurs en misant sur des projets de restructuration des compagnies publiques, gangrenées par la corruption, le népotisme et la mauvaise gestion de ces dernières années (cela vous rappelle le bilan de nos politiciens ?). Le cas le plus notoire, selon la presse d’ici, demeure celui du géant de l’électricité Eskom, qui traîne une ardoise d’environ US$ 30 milliards. Pour doper la croissance tant promise, une fourniture d’électricité fiable et viable est incontournable, de même qu’une redistribution des terres (trois-quarts des terrains du pays sont aux mains d’une minorité représentant 10 % de la population).

Depuis peu, une chaîne de pizzas vient de créer le buzz, ici, en proposant sur son menu une pizza à l’huile de cannabis. Cette nouvelle pizza a vu le jour avec l’évolution de la réglementation sur le cannabis en Afrique du Sud. En septembre dernier, la Cour constitutionnelle a légalisé la consommation à usage personnel, mettant fin à un dossier qui suscite la polémique depuis des années. Fin mai 2019, le gouvernement sud-africain, voyant une aubaine économique, a choisi, donc, de légaliser la consommation d’huile de cannabis, en limitant, cependant, la dose quotidienne maximale à 20 mg par personne.

Outre l’Afrique du Sud, la légalisation du cannabis intéresse au moins huit autres pays africains. D’ici 2023, le cannabis serait un marché lucratif avec des débouchés médicaux et récréatifs pour le Zimbabwe, le Lesotho, le Nigeria, le Maroc, le Malawi, le Ghana, le Swaziland et la Zambie, selon un rapport de Prohibition Partners (groupe de réflexion qui milite à coup d’études et de statistiques pour la dépénalisation de cette drogue douce). C’est, en fait, le Lesotho, bien avant l’Afrique du Sud, qui est le premier pays du continent à réguler le cannabis à usage médical… dès 2008.

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