Zoli mamzel, Ganoo, Obee, Jeeha : mercato ou vente à l’encan ?

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On aborde bientôt le mercato, version mauricienne, le transfert d’hommes politiques d’une équipe à une autre avant les élections générales. Ou s’agirait-il davantage d’une vente à l’encan ?

Pour Zoli Mamzel (le PMSD de Xavier Duval), pas de doute. Ce sera une vente à l’encan classique, avec le spectacle de quelqu’un jouant au bugle, les Mauriciens dans leur joli créole ayant transformé ce mot anglais en «bigoule». La vente à l’encan est alors décrite dans le langage populaire comme un exercice de «souffler bigoule». Pour Zoli Mamzel, l’encanteur a déjà attiré deux clients, venus avec leur pognon et leurs «pipeurs».

Zoli Mamzel est convoitée à la fois par le leader travailliste Navin Ramgoolam et le chef du MSM, Pravind Jugnauth. Qui sera le plus offrant ? Sans doute Pravind Jugnauth. Car il offre le poste de vice-Premier ministre à Xavier Duval. Et Ivan Collendavelloo dans ce marché ? Le ML sera de la partie, le chihuahua placé au château du Réduit, son fils entrant dans l’équation ministérielle. De plus, le PMSD obtient davantage de tickets du MSM que du Parti travailliste.

Les travaillistes estimeraient, eux, qu’au vu de sa force électorale, le PMSD ne mérite pas le poste de n°2 du gouvernement. Les Rouges entendent couler dans du béton la grande alliance sociologique qui avait permis en 2005 à Navin Ramgoolam de battre une alliance MMMMSM, censée représenter «là-haut 80 %» des électeurs. Le quasi-vol des avoirs de Dawood Rawat et le démantèlement du conglomérat British-American en 2015 sont appelés à avoir un impact déterminant aux prochaines élections et les travaillistes comptent bien exploiter ce facteur. Ce serait donc un élément travailliste qui serait appelé à jouer à la nouvelle Rashid Beebeejaun version 2019-20.

Le PMSD n’est pas le seul parti affiché sur la liste des encanteurs qui s’apprêtent à faire claironner leur bugle. Le Mouvement patriotique (MP) d’Alan Ganoo et le groupuscule du tandem Pradeep Jeeha chercheront eux aussi à se placer sous les ailes des grands. Alan Ganoo reste un phénomène unique de résilience et de survie politique. Il avait failli être candidat du MMM déjà en 1976 mais il refusa le ticket mauve, souscrivant totalement à la position du mouvement dissident appelé MMMSP, le MMM s’ajoutant «socialiste progressiste» ou tout simplement devenu MMM Sans Paul et dirigé par Dev Virahsawmy. Ganoo fut Campaign Manager de Raj Virahswamy (le frère de Dev) dans le n°6.

Après ces élections de 1976, le SP disparut de la scène, non sans avoir divisé les votes MMM dans certaines circonscriptions et privant ainsi ce parti de la victoire. Alan Ganoo retourna à «lakaz mama» et fut candidat du MMM aux élections de 1982 dans la circonscription de Savane–Rivière-Noire qui englobe aussi une bonne partie de la ville de Quatre-Bornes. Victorieux en 1982, Ganoo a été élu subséquemment – toujours au n°14 – en 1987, 1991, 1995, 2000, 2005, 2010 et 2014. Il n’a été battu qu’une fois – en 1983. Ganoo se met au même rang que Navin Ramgoolam et Arvind Boolell, ne concédant chacun qu’une défaite dans une succession de victoires.

Alan Ganoo serait un atout pour le parti auquel il s’alliera. Son «électionabilité» est en grande partie attribuée à sa capacité de se faire accepter par toutes les composantes de la communauté hindoue. Quand la Voice of Hindu (VOH) donne le mot d’ordre dans le n°14, c’est Alan Ganoo qui figure en premier sur sa liste. Alan Ganoo sait retourner l’ascenseur à sa façon, usant de toute son influence pour placer des activistes de la VOH dans des corps parapublics et aussi trouver de juteux contrats pour les dirigeants de ce mouvement. Alan Ganoo et ses proches collaborateurs sont très estimés de Navin Ramgoolam mais la politique étant l’art du possible, il serait risqué de ne pas parier sur une offre alléchante du MSM pour faire basculer le grand «winner» du n°14 dans le camp du Sun Trust.

Quant aux dissidents Pradeep Jeeha et Steve Obeegadoo, leur «market value» à une vente à l’encan reste problématique. Pradeep Jeeha semble être bien articulé dans le mouvement qu’il a lancé pour soutenir les revendications des petits planteurs. Jeeha a eu des relations assez difficiles avec la famille Jugnauth depuis 2000. Sous le gouvernement MSM-MMM de 2000 à 2005, il ne manquait pas d’exprimer son mépris surtout pour Pravind Jugnauth. Par contre, il a été très proche des travaillistes Lormesh Bundhoo et Anil Bachoo. Jeeha a largement contribué aux côtés d’Anil Bachoo à l’ambitieux et spectaculaire projet d’ériger la statue géante de Shiva à Grand-Bassin.

Le MSM ne prendrait pas le risque de ride a tiger en intégrant Pradeep Jeeha dans son équipe. Car l’homme maîtrisant l’hindi et le bhojpuri et les enseignements religieux ferait bien vite de l’ombre à Pravind Jugnauth un peu à la manière de Raj Dayal, mais sans traîner les casseroles de l’ancien commissaire de police.

On voit difficilement Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth s’empressant de faire un deal avec Steve Obeegadoo. Il serait le tigre que les deux dirigeants éviteront de monter. Paul Bérenger a dû faire preuve de beaucoup de tact et de sang-froid pour gérer un homme de son calibre. Obeegadoo servirait néanmoins au MSM, le temps d’une campagne électorale, en «grattant» un certain nombre de votes destinés au MMM.

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