Fake News from PM

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C’est à se perdre dans les dédales de l’administration publique. Ce gouvernement nous semble si désespéré qu’il s’agrippe à n’importe quoi, quitte à réécrire l’histoire relative aux fonds de la Banque centrale.

Allons droit au but : qui valide au final une mesure budgétaire ? L’Assemblée nationale ou le board dit «indépendant» de la Banque de Maurice ? C’est la confusion totale après le summing-up du ministre des Finances et également Premier ministre – qui nous semble davantage intéressé à régler ses comptes avec le MMM, le PTr et le PMSD.

Pravind Jugnauth, de plus en plus mal conseillé sur comment faire reculer la dette publique, pense pouvoir faire de l’esprit. D’un côté, il propose d’amender la BoM Act (afin que le GM puisse pomper les «paper profits» de la Banque centrale) et de l’autre, il veut insinuer que la Banque centrale en deux occasions avait, avant 2015, déjà transféré des fonds au gouvernement de la même façon que le régime Jugnauth se propose de le faire en 2019. C’est de la malhonnêteté de venir dire cela parce que si cela était le cas, pourquoi n’avait-on pas alors eu à amender la BoM Act ? Et si c’était vrai comment se fait-il que Yandraduth Googoolye, qui était directeur des opérations à l’époque, a pu être promu avec la bénédiction de Lakwizinn alors qu’il aurait dû s’être retrouvé en prison pour avoir permis cette opération «illégale», pas autorisée sous la BoM Act ?

Pravind Jugnauth n’a pas fait une, mais deux allusions à des antécédents, soit en 2004 et en 2011, qui ne sont tout simplement pas comparables au dangereux scénario échafaudé, aujourd’hui, pour faire croire que la dette publique est maîtrisée. Ce qui n’est pas du tout le cas, d’où cette tentative de faire appel à un jeu d’écriture – pire que le «trou» artificiel de Manou Bheenick...

«In 2004, when the new Bank of Mauritius Act was introduced, the amount of around Rs 13 billion standing to the Former Foreign Exchange Rate Fluctuations Reserve was legally deemed realized and transferred to the Special Reserve Fund. During that year (...) an amount of Rs 990 million was utilized to increase the capital of the Bank and an amount of Rs 2,5 billion, under the caption «Accumulated Profit», was transferred to the Special Reserve Fund.» Pourtant ce n’est pas du tout la même chose. Les Rs 2,5 milliards évoquées sont une accumulation de profits à la Banque centrale. Contrairement à ce que veut faire croire Pravind Jugnauth, cela n’est pas des «paper profits» ou du «notional money» du Special Reserve Fund, et il n’y avait pas lieu d’amender la BoM Act avant ce transfert ! Mais on peut comprendre qu’avec l’approche des élections générales, la tentation communale d’évoquer le deal Illovo pour égratigner Paul Bérenger est grande. N’empêche que dans les faits c’est inexact de comparer ce deal foncier au jeu d’écriture de 2019.

Deuxième allusion mensongère : «In 2011, Rs 1 billion was transferred from the Special Reserve Fund to the Accountant General’s bank account with the BoM…» Ici, Pravind Jugnauth fait comme si Xavier-Luc Duval n’avait pas expliqué, communiqué à l’appui, qu’«en 2011, le capital de la Banque de Maurice a été augmenté de Rs 1 milliard (comme permis par la BoM Act), par un transfert du Special Reserve Fund». Mais pourtant Jugnauth confond toujours la pomme de la discorde à l’orange.

Comme nous l’a rappelé Ramesh Basant Roi dans son interview (en date du 17 juin 2019 ; interview qui a fait mouche sur le fond, à en juger par le feedback reçu), il n’avait aucune raison de toucher au «notional money» de toute façon car la Banque centrale faisait, alors, de gros profits.

Avant la BoM Act de 2004, le transfert des profits de la Banque centrale s’était transformé en un véritable bras de fer entre le régulateur et le ministère des Finances. «The one who shot first died the second», nous avait-il expliqué. C’est dans le sillage de ces «constant back and forth» entre la BoM Tower et l’hôtel du gouvernement qu’il avait été décidé, sous la BoM Act, que seuls 85 % des profits seront transférés...

C’est peut-être la fierté qui fait que Pravind Jugnauth ne souhaite pas renoncer à sa mesure budgétaire irresponsable pour notre pays, surtout après avoir mis dans un tiroir, à la suite de la pression populaire, l’autre mesure (de l’exercice 2018-2019) qui consistait à vendre le passeport mauricien à des individus comme Álvaro Sobrinho – pour qui l’Investment Banking Licence avait été taillée sur mesure...budgétaire. Les contre-vérités de Pravind Jugnauth risquent de lui coûter bien plus cher que ses zig-zags que d’aucuns mettent sur le compte de l’inexpérience. Car si les Mauriciens peuvent, peut-être, pardonner à un ministre des Finances inexpérimenté, ne risquent-ils pas de sanctionner un PM farfouilleur...

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