Salil Roy: «L’avenir de la canne à sucre se trouve dans la production de l’énergie verte aussi»

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Salil Roy, président de la Planters Reform Association.

Salil Roy, président de la Planters Reform Association.

Ça y est, c’est le moment de chauffer les turbines. Alors que les usines se préparent à la production, Salil Roy maintient que si le secteur a connu des jours meilleurs, l’industrie n’est certainement pas morte. L’étude de nouveaux marchés, la production d’énergie et de sucres spéciaux, entre autres, ne doivent pas être négligées.

Le Budget est venu avec des mesures pour aider la production. Qu’en pensez-vous ?
Il y a des mesures très encourageantes, Rs 25 000 la tonne de sucre pour 2019 : c’est la première fois que nous avons un tel prix. Toutefois, je ne vois pas vraiment de mesure à long terme, Que se passera-t-il après 2019 ? Il faut une réforme en profondeur du secteur pour voir comment se présente l’avenir de l’industrie de la canne. Ces mesures aideront les planteurs qui sont toujours là mais je ne suis pas sûr que cela incitera ceux qui ont abandonné les terres à revenir. J’espère aussi que cette somme qui nous sera allouée sera payée même en partie par les Independent Power Producers (IPP). La Mauritius Cane Industry Authority (MCIA) devra être plus efficace aussi.

Lundi dernier c’était le coup d’envoi de la campagne sucrière avec l’usine Alteo. La fermeture de Médine pose problème ?
La production de Médine était en baisse, c’est pour cela que l’usine a fermé mais les planteurs ne doivent pas être pénalisés. La production qui était envoyée à Médine est d’environ 35 000 à 40 000 tonnes. Malgré la fermeture, les planteurs continuent la plantation et la canne sera redistribuée vers les trois autres usines. Pour les planteurs rien ne change, ils livrent leurs cannes à la balance, il n’y aura aucun coût additionnel pour transporter la canne aux autres usines, les planteurs ne doivent pas passer à la caisse pour cette fermeture. Le Syndicat des sucres s’assure de cela et de notre côté nous encourageons les planteurs à aller vers la Mauritius Cane Industry Authority en cas de problème.

Avec la libéralisation des quotas en Europe, le prix du sucre à la tonne ne cesse de chuter. Comment le sucre mauricien peut-il survivre ?
Il est prévu que Maurice produise environ 325 000 tonnes de sucre pour 2019 et la production mondiale est de 180 millions de tonnes environ par année. C’est évident qu’on ne peut donc pas dicter la tendance des prix, on ne pèse pas lourd sur le marché mondial et nous sommes totalement dépendants du prix international. Toutefois, nous avons de nouveaux accords, dont la Chine qui nous achètera 5 000 tonnes de sucres spéciaux à partir de 2020 et sur dix ans et nous négocions avec l’Inde pour acheter notre production, même si elle-même en produit.

Nous avons une campagne agressive sur l’Afrique aussi. Le travail de marketing sur de nouveaux marchés se fait. Il faut préciser que la production mauricienne est de haute qualité, certains pays africains ont essayé de nous concurrencer ou même de copier sur notre qualité mais on garde la main haute sur la qualité. Nous essayons de percer le marché kenyan aussi mais ce n’est pas aussi simple. Il nous faut quand même garder nos marchés acquis malgré des incertitudes. Nous exportons au Royaume-Uni et avec le Brexit certaines choses peuvent changer, de même que pour nos exportations vers les États-Unis, avec la politique de Trump, on ne sait jamais.

Êtes-vous satisfait de la stratégie marketing du Syndicat des sucres en Europe ?
Le Syndicat des sucres a recruté un représentant pour se charger de notre marketing en Europe et cela nous coûte environ Rs 20 millions par année. Nous ne sommes pas satisfaits. Je ne vois pas ce que ce représentant nous a apporté de plus. Pourquoi garder quelqu’un qui n’apporte pas de résultats ?

Y a-t-il un risque que les trois usines encore en opération ferment aussi leurs portes ?
Considérant notre production, je pense que non. Il est vrai que les usines doivent être profitables pour continuer à fonctionner mais il y a d’autres facteurs à considérer. Les usines, le gouvernement, les planteurs, le syndicat, nous sommes tous partenaires de la même industrie. Il nous faut trouver notre équilibre et le garder, surtout que le marché est très compétitif.

Il n’y a pas que le sucre... quid de la bagasse, est-elle sous-utilisée selon vous ?
Pour la bagasse, il y a beaucoup à faire, davantage de revenus devraient revenir aux planteurs. L’utilisation de la bagasse nous éviterait d’importer du charbon. Les planteurs de cannes contribuent à la préservation de l’environnement et ils doivent être rémunérés en conséquence. Les planteurs sont payés sous le Bagasse Transfer Fund et le CEB contribue plus de Rs 60 millions à ce fonds. La bagasse est un sous-produit de la canne que nous plantons mais uniquement 38 % des revenus reviennent aux planteurs alors que les IPP en obtiennent 50 %. Le système doit être revu. La production d’énergie verte à partir de la bagasse est importante mais il est vrai que la quantité diminue avec le problème d’abandon des terres.

À ses débuts, la contribution du sucre au PIB représentait 27,6 %. Aujourd’hui, son poids économique est de 0,72 % au PIB. Comment remonter la pente ?
Il faut voir les choses autrement. Le calcul du PIB ne prend pas en compte l’impact social et environnemental de la plantation de la canne à sucre. Des villages entiers vivent de la canne à sucre et parler d’une contribution de 0,72 % au PIB n’est pas représentatif de la contribution générale du secteur au pays.

Le Syndicat des sucres représente-t-il suffisamment les intérêts des petits planteurs ?
Le Syndicat existe depuis bientôt 100 ans. Je dois dire que les planteurs sont dans un business où ils n’ont pas à se soucier de marketing, entre autres. Le Syndicat s’en occupe, nous nous concentrons sur la production. Toutes les usines ne font pas de sucres spéciaux mais tous les planteurs bénéficient financièrement de la production et ce partage est une bonne chose. Quand la coupe démarre, avant même que le sucre ne soit exporté les planteurs reçoivent leur argent, de même que l’argent pour la production de mélasse et de bagasse. S’il y a des questions des planteurs, le Syndicat est là. Je n’ai pas connaissance que des planteurs aient déjà été pénalisés en ne recevant pas leur argent dans les temps. Le rôle du Syndicat est très important mais je déplore que certains représentants des planteurs soient des nominés politiques qui ne connaissent rien à la plantation de la canne, ils ne sont pas à la hauteur. Heureusement que le président du Syndicat est quelqu’un qui comprend et connaît ce secteur. Je fais un appel pour qu’il n’y ait plus de nominés politiques.

Que pourraient-ils faire de mieux ?
Il faudrait travailler à la réduction de certains coûts dont le stockage, entre autres. La consommation locale est d’environ 35 000 tonnes mais elle baisse de plus en plus car il y a trop de sucre importé de qualité inférieure en plus sur le marché. Les autorités doivent travailler pour régler ce problème.

La situation est actuellement difficile, mais y aurait-il relève pour les prochaines années ?
Il faudrait aller vers le ‘block management’ et avoir un système de service à la carte afin de donner plus d’options d’emploi dans le secteur.

Salil Roy, président de la Planters Reform Association.
Salil Roy, président de la Planters Reform Association.

Des planteurs qui abandonnent les plantations. La situation risque de s’aggraver ?
Si on ne fait rien, oui. Le problème c’est le revenu. Il faut mettre un peu d’ordre dans le secteur et surtout en redistribuer les revenus. Il faut réduire les coûts et régler le problème de la main-d’oeuvre.

Quelles étaient vos attentes à l’approche du Budget ?
Le gouvernement devrait appliquer une ‘positive discrimination’ envers les planteurs. Il y a déjà des ‘incentives’ et des fonds qui ont été mis en place pour aider les planteurs mais il y a certaines choses à régler, dont la main-d’oeuvre et la gestion de certaines institutions à l’instar du SIFB. Quand certains font mal leur travail, il doit y avoir des actions.

Dans dix ans, comment voyez-vous le secteur ?
Je suis optimiste. Pour notre avenir il faut mettre l’accent sur la production d’énergie et nous avons l’expertise pour devenir des pionniers dans la région Afrique. Il faut aussi mettre l’accent sur la production de sucres spéciaux, d’éthanol. Il faut comprendre que le sucre n’est pas l’unique produit de la canne. Je ne peux imaginer une île Maurice sans l’industrie de la canne mais je crains l’érosion des planteurs en l’absence de mesures fortes.

Concernant la recherche, les résultats des travaux doivent à un moment sortir des laboratoires, apporter des solutions concrètes et des aboutissements économiques positifs pour les planteurs et l’industrie.

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