Budget 2019/20: quand le GM s’offre la BoM comme planche de salut

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Les réserves de la BOM font polémique.

Les réserves de la BOM font polémique.

Irresponsabilité financière, vol, ingérence politique… les qualificatifs ne manquent pas pour critiquer sévèrement la décision de Pravind Jugnauth de puiser des réserves de la Banque de Maurice pour repayer la dette publique avant l’échéance.

Observateurs économiques et ex-gouverneurs de la Banque de Maurice sont choqués de la décision budgétaire de Pravind Jugnauth. Pour cause, celui-ci aura recours aux réserves de la BoM pour rembourser avant l’échéance de juin 2021 la dette publique. Il puisera Rs 18 milliards de la trésorerie de la Banque centrale. Résultat, le pays verra sa dette ramenée à 59,8 % du PIB, soit légèrement inférieure au taux de 60 % imposé par The Public Debt Management Act de 2008.

Le Country Senior Partner de Pricewaterhouse-Coopers, Anthony Leung Shing, monte au créneau pour s’élever contre cette pratique dans ses commentaires sur le dernier exercice budgétaire de Pravind Jugnauth. «Notre inquiétude est qu’une telle approche peut avoir des implications plus graves sur la politique monétaire du pays ainsi que la capacité de gérer les risques liés au forex ou encore sur la dépendance de l’institution sur l’endettement public domestique à court terme.»

Agences de notation

En fait, les spécialistes s’interrogent sur l’urgence de repayer la dette extérieure avant l’échéance. L’économiste Éric Ng s’inquiète d’ailleurs si cette mesure ne va pas fragiliser la banque avec les risques d’une dépréciation de la roupie à l’horizon. «Les réserves de la Banque de Maurice sont principalement utilisées pour soutenir, en cas nécessaire, la roupie.» Un autre économiste, qui a voulu garder l’anonymat, se demande si cette précipitation ne s’explique pas par le fait que la dette publique du pays soit dans le viseur des agences de notation et que son incapacité à respecter l’échéance pourrait lui coûter un abaissement (downgrading).

Zimbabwe et Argentine

Pour l’ex-gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Bheenick, cette démarche vient remettre en question l’indépendance de la Banque de Maurice. «Autant que je sache, c’est la première fois que le Trésor public a recours aux réserves de la BoM pour masquer son incompétence à gérer la dette publique.» Selon l’expatron de la Banque centrale, la BoM Act fait provision pour le ministère des Finances de demander à l’institution bancaire de céder un partie de ses ressources financières pour financer des projets de développement. Mais il s’empresse de souligner qu’il fallait le faire dans l’esprit de la loi et non d’une «manière brutale et illégale».

L’ex-gouverneur de la BoM a cité le cas de deux pays, le Zimbabwe et l’Argentine, où leurs banques centrales ont été contraintes de céder une partie de leurs réserves pour réduire leur niveau d’endettement. «Dans le cas du Zimbabwe, il y a eu complicité entre le président Robert Mugabe et le gouverneur de la Reserve Bank of Zimbabwe, Gideon Gono, pour mettre en place cette politique avec pour résultat que leur action concertée a détruit l’économie de ce pays et sa principale devise, le dollar zimbabwéen», soutient Rundheersing Bheenick. Autre exemple : l’Argentine, où le refus du gouverneur d’alors de la Banque centrale, Martin Redrado, d’interdire à l’ex-présidente Cristina Kirchner de disposer d’une partie significative des réserves de la banque pour repayer la dette du pays, a entraîné sa démission. «Martin Redrado, un ex-banquier de Wall Street, avait osé refuser de se soumettre aux pressions de la présidente pour défendre les réserves de la banque.»

Et Rundheesing Bheenick d’ajouter qu’il avait également été soumis à la pression, alors qu’il était gouverneur de la banque, pour transférer une partie des réserves à la trésorerie, et ce pour la mise en place d’un Treasury Foreign Currency Management Fund et un Sovereign Wealth Fund (SWF). «J’ai résisté à ces tentatives malgré le fait que j’étais partisan de l’institution d’un SWF.»

Comme on peut le deviner, cette affaire est hautement politisée. Après le MMM et le PMSD, c’était hier au tour du PTr de dénoncer cette manoeuvre financière.

Après la SBM, c’est au régulateur d’être au centre d’une polémique.

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Lundi 10 juin 2019 : dernier budget de l’actuel mandat du Premier ministre et ministre Finances, Pravind Jugnauth. Retrouvez tous les articles, les vidéos, analyses, sur cet exercice financier national.

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