Ne pillez pas la Banque de Maurice

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Fade, désarticulé, sans grandes ambitions, et surtout sans véritable stratégie de transition alors que tout le monde sait que l’actuel modèle économique est dépassé.

En raison de l’échéance électorale et des insinuations socialistes des membres du gouvernement qui jouent leur survie politicienne, le dernier Budget de Pravind Jugnauth avait créé des attentes au sein du public. Au final, hier soir, le résultat s’avère plutôt une «crisis of expectation» – les pensionnés n’auront que Rs 500 à partir de janvier 2020. Cependant, la révision des droits d’accise et de TVA sur le gaz ménager et les carburants (et d’autres items) est une tentative de plaire à tout le monde, alors que la mesure de Rs 1 000 à tous les fonctionnaires risque surtout de frustrer tous les travailleurs du privé ; tout comme les fans de Man U qui risquent de ne pas aimer le tapis rouge déroulé pour Liverpool...

Plus sérieusement, à nos yeux, la plus grave décision énoncée hier demeure celle relative à la dangereuse utilisation des réserves de la Banque de Maurice (BoM) pour réduire la dette publique, comme si l’organisme de régulation prenait des directives du gouvernement. La vérité c’est que la BoM s’est montrée incapable de stériliser l’excès de liquidités car elle fait elle-même, désormais, des pertes. Et voilà qu’on l’oblige à venir à la rescousse du pays alors qu’elle est elle-même malade.

En fait, depuis 2005, la BoM procède au transfert de 85 % de ses profits annuels au gouvernement ; les 15 % qui restent financent ses dépenses opérationnelles. Mais, pendant plusieurs années, la BoM n’a pu transférer des fonds dans les caisses du gouvernement car elle affichait du négatif. Puis, en 2016-2017, après avoir revu de fond en comble sa gestion des devises, les profits ont refait leur apparition sur la «balance sheet» de la BoM. Le gouvernement en a alors profité pour mettre le grappin sur ces profits (à hauteur de 85 %) malgré le fait que le gouverneur d’alors avait protesté parce que le surplus était requis pour éponger l’excès de liquidités sur le marché. Depuis, la Banque centrale continue à être dans le rouge. Jusqu’à décembre 2018, la BoM perdait jusqu’à Rs 100 millions par mois !

C’est pour cela que l’annonce de Pravind Jugnauth hier sonne comme une mauvaise surprise car la BoM n’a plus de surplus. «The only item in the balance sheet of the BoM unavailable for deployment is the figure for valuation of the forex reserves that is literally a paper profit not meant for utilization. It’s not a surplus. It’s robbery by the Government», confirmait hier une source proche de la Banque centrale, qui craignait un éventuel glissement de la roupie dès ce matin. Il rejoint, sur ce point, l’économiste Eric Ng, invité sur le plateau de «l’express» (à noter que le MSM a choisi d’éviter nos nombreuses questions sur le Budget).

Après Air Mauritius et ses pertes par milliard et la SBM et ses «non-performing loans», c’est désormais la Banque centrale qui va faire les frais de l’interventionnisme de ce gouvernement – qui ne respecte pas l’indépendance des institutions. Voilà de quoi alimenter les craintes des institutions internationales et des agences de notation !

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