Présidence ébranlée: Barlen Vyapoory ment pour favoriser son «ami»

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Le président véhiculé en Rolls Royce en Afrique du Sud…

Le président véhiculé en Rolls Royce en Afrique du Sud… 

Revoilà la State House ébranlée par une autre affaire embarrassante. Le président de la République par intérim a exposé son bureau, en mentant face-caméra, pour crédibiliser une entreprise dirigée par son ami, un riche Sud-Africain, K.M. 

K. M. est un riche businessman sud-africain âgé de 53 ans. Selon notre documentation extensive obtenue grâce à un confrère sud-africain affilié à l’International Consortium of Investigative Journalists, il dirige une demi-douzaine d’entreprises (KRB Investments, Saldanha Petrol and Diesel, Auto Select Pre-Owned, KM and AA Property, FFG Risk Asset Management, entre autres). Ces compagnies opèrent dans le secteur de l’automobile, l’Asset Management, l’immobilier ou encore les carburants. K. M. compte parmi ses amis une importante personnalité :  en l'occurrence le président par intérim de la République lui-même. L’émission Menteur Menteur montre des photos où K. M. fait voyager Barlen Vyapoory en Rolls Royce ou encore quand le businessman sud-africain était l’invité VVIP de la State House.

 
 

Retour en novembre 2018. KHL – une holding de K. M.– organise un roadshow étalé sur deux jours à Durban et à Johannesbourg à l’intention des investisseurs sud-africains. KHL veut visiblement être un pont entre l’investissement sud-africain et la destination mauricienne. Lors de l’événement, les organisateurs diffusent une vidéo tournée dans le bureau présidentiel à la State House quelques jours plus tôt. On y voit Barlen Vyapoory – la vidéo sera diffusée dans Menteur Menteur ce soir – à son bureau s’adressant à la caméra : «J’ai devant moi des membres de l’EDB, de la SBM et d’autres personnes du sérail des affaires. Ils viennent à votre rencontre pour vous convaincre d’investir à Maurice. Vous rencontrerez des représentants mauriciens de KHL, la compagnie de M. K.M. Je les ai tous rencontrés. On s’est parlé. Ils ont ma bénédiction. I am ‘sponsoring’ this team.» 

L’homme d’affaires K. M. publie méticuleusement les photos de ses apparitions avec ce dernier sur les réseaux sociaux.

Fort de cet élément vidéo, KHL ira à la pêche aux investisseurs sud-africains à Durban et à Johannesburg. Sauf que dans un e-mail officiel à la rédaction de Menteur Menteur, l’Economic Development Board (EDB) dément avoir participé de près ou de loin au tournage de cette vidéo, alors que dans sa vidéo, le président par intérim prétend que des représentants de l’EDB sont à son bureau. «Nous ne sommes pas au courant d’une quelconque vidéo liée à cet événement et nous n’y avons pas participé, ni de près, ni de loin. Une équipe de l’EDB en Afrique du Sud a été invitée à assister à l’événement de Johannesbourg à la demande du CEO de KHL. L’EDB n’était pas présent à Durban. Aucun représentant du Head Office de l’EDB à Maurice ne s’est déplacé en Afrique du Sud.» 

L’homme d’affaires K. M. publie méticuleusement les photos de ses apparitions avec ce dernier sur les réseaux sociaux.

Au-delà de ce «mensonge» du président, un autre problème va se poser. Durant son enquête, Menteur Menteur, qui a pu mettre la main sur la liste des sociétés de K.M., ne trouve aucune trace officielle de KHL. Rien à Maurice non plus (ni FSC, ni Registrar of Companies). Joint au téléphone, Roddy Ramsamy, un Mauricien cité dans la vidéo de Vyapoory comme étant le CEO de KHL, va nous avouer que KHL n’est à ce jour pas incorporée. Elle l’était encore moins en novembre 2018. Le président par intérim a donc encouragé des investisseurs sud-africains à se tourner vers une holding «fantôme» pour investir à Maurice. 

L’homme d’affaires K. M. publie méticuleusement les photos de ses apparitions avec ce dernier sur les réseaux sociaux.

«Je ne savais pas que la compagnie n’existait pas», nous a avoué Barlen Vyapoory quand nous l’avons rencontré à son bureau le vendredi 7 juin. Tout en refusant une interview filmée, le président par intérim déclare qu’il n’a fait qu’encourager des investisseurs sud-africains à venir à Maurice. «Qu’y a-t-il de mal dans ce que j’ai fait ?»

«Vous les avez encouragés à passer par la société de votre ami, une société fantôme, de surcroît en mentant sur le degré d’implication de l’EDB», lui répond-on. «Vous ne saviez pas que KHL n’est pas incorporée puisque vous n’êtes justement pas armé pour faire un due diligence sur un investisseur. C’est le travail de l’EDB auquel vous vous êtes substitué. Ce faisant, vous avez exposé le bureau de la Présidence. » Agacé, Barlen Vyapoory a tenté de nous convaincre de ne pas publier cette enquête. «Mon honneur n’a pas de prix», nous dit-il, tout en étant incapable d’expliquer pourquoi, dans la vidéo, il affirme qu’il accorde son «sponsoring» aux organisateurs de l’événement. «Faites attention. Je maintiens ne pas avoir dit ‘sponsoring’. C’est sans doute un montage.»

La toute dernière trace d’une collaboration Vyapoory-KHL remonte au 26 mai dernier. Dans l’invitation numérique qui a circulé, KHL invite – on ne sait qui – à une «private conversation with the President of the Republic of Mauritius».

«Lors de cet événement, et comme lors de tous les autres événements, je peux vous assurer que le président n’a jamais rien perçu de KHL», explique Roddy Ramsamy. «Il a agi en bonne foi. KHL n’a même pas payé son billet. Barlen Vyapoory était en Afrique du Sud pour assister à la prestation de serment du nouveau président et nous en avons profité pour organiser cet événement. » À la question de savoir si KHL est en train d’utiliser l’image du président par intérim pour crédibiliser son business et pousser les investisseurs sud-africains vers cette société qui n’est pas encore incorporée, Roddy Ramsamy répond que KHL n’a engendré aucun revenu à partir des événements organisés avec la présence ou la vidéo de Barlen Vyapoory.

«KHL fait donc du bénévolat pour inviter les investisseurs sud-africains ?» lui demande-t-on. «À terme, nous allons bien sûr facturer des ‘consultancy fees’, s’agissant de ceux qui veulent retenir nos services pour notre connaissance de la juridiction mauricienne, mais il faudra d’abord qu’on s’incorpore.»

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