Gouvernement égale Caverne d’Ali Baba?

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Comment expliquer que deux institutions différentes de l’État sont toutes deux parvenues à un chiffre tournant autour de Rs 19 milliards chacune, avec son projet ? Le tramway portant le titre grandiloquent de Metro Express coûtera environ Rs 19 milliards alors que le projet Safe City nécessitera, lui aussi, des investissements et des dépenses, à terme, avoisinant les Rs 19 milliards.

En faisant une corrélation entre Rs 19 milliards et les 4 000 caméras qui seront installées dans le cadre du projet Safe City, on est arrivé à un chiffre de Rs 4,7 millions pour chaque caméra. Personne ne contestera le fait que la Chine produit à bien meilleur marché que tout le monde, y compris des souvenirs de Maurice, «Made in China», vendus au Marché central. Rs 19 milliards dans deux cas mais aussi Rs 6 milliards pour les Jeux des îles: on a l’impression que plus les dépenses sont énormes, plus on est content chez les décideurs.

 On se croirait admis dans la caverne d’Ali Baba. Des prêts à coups de milliards mais, en ce qu’il s’agit du remboursement, on est guidé par le principe «après moi le déluge». Car, quand remboursement il y aura, les principaux acteurs auront déjà quitté la scène, les poches bien remplies.

Quant à la rentabilisation des investissements, on ne s’en soucie guère. On voit mal comment on va faire fructifier les investissements sur les nouvelles infrastructures sportives une fois les Jeux terminés et des dépenses totalisant plus de Rs 6 milliards déjà effectuées autour de cet événement qui, au final, n’intéressera les habitants des îles de la région que pendant une dizaine de jours. Évidemment, certains, à coup de mains «évidemment», chercheront à en tirer un capital politique par le biais d’un «feel-good factor».

Quant aux investissements de Rs 19 milliards sur des caméras de surveillance, il n’est pas difficile de deviner qui saura en tirer avantage. Les Américains diront que les Chinois, à travers le déploiement des équipements de Huawei, auront la possibilité de tout savoir sur les activités se déroulant sur le territoire mauricien, y compris celles de toutes les missions diplomatiques représentées chez nous. Mais, ce qui reste le plus pernicieux dans toute cette affaire, c’est la capacité d’espionnage sur les Mauriciens eux-mêmes, y compris la société civile, les forces de l’opposition et les organisations non gouvernementales.

 Dans le cas du projet tramway comme dans celui du déploiement de 4 000 caméras, les prêts ont été déguisés à travers des mécanismes qui permettent au pays de ne pas s’endetter officiellement et directement, cela pour dérouter des instances internationales comme le Fonds monétaire international, un véritable gendarme de supervision et de notation à l’échelle globale. Pour le projet tramway, les prêts ont été contractés par la State Bank of Mauritius à travers l’outil de Special Purpose Vehicles. Quant aux Rs 19 milliards de Safe City, c’est la société privée MT qui contracte les emprunts garantis par l’État.

Au chapitre des dépenses à coups de milliards, inutile de mentionner le cas d’Air Mauritius. Au lieu d’acheter six avions, on a limogé Megh Pillay pour faire l’acquisition de huit appareils tout en sachant que la compagnie était menacée de faillite. L’extrême générosité des décideurs quand il s’agit de jongler avec des centaines de millions se manifeste à plusieurs niveaux. Un cas particulier, qui a défrayé la chronique, concerne le financement du film américain Serenity. Les Américains, soutenus par l’Economic Development Board, ont bénéficié de Rs 250 millions de financement aux dépens des contribuables mauriciens. Le film s’est avéré un fiasco total. Mais certains à Maurice ont quand même récolté des bénéfices de cette aventure.

Cette mentalité de dépenser à tout prix sans se soucier du coût se manifeste à plusieurs autres niveaux. Par exemple, pour payer le prix politique permettant de s’assurer de la loyauté de Raj Dayal – que le clan Jugnauth a vite éliminé de la direction du gouvernement en utilisant le prétexte «Bal kouler» –, on n’a pas hésité à forcer les contribuables à lui faire un cadeau de Rs 15 millions bien que légalement, l’ancien commissaire de police n’avait plus droit à une telle «compensation». Récemment encore, des responsables dans une institution de l’État ont pris la décision de faire l’acquisition de 150 chaises au coût de Rs 6 millions. Ce qui indique que chaque chaise, devant sans doute accueillir des fesses royales, coûterait Rs 40 000.

Les équipes juniors émulent clairement les grands. Par exemple, Airbus contre abribus. On a ainsi répertorié le cas d’un abribus à Albion, construit avec quelques feuilles de tôle et quelques poteaux en bois, au coût de Rs 1,6 million. Le 22 mai 2018, cette affaire fut évoquée au Parlement. On a dépensé Rs 798 000, puis Rs 860 000 pour ce bus stop royal. Des spécialistes ont par la suite estimé que cet abribus n’aura réellement coûté pas plus de Rs 150 000.

Les Mauriciens s’interrogent encore sur la faisabilité de ces projets grandioses et les commissions touchées. Les Jugnauth père et fils ont sans doute donné les meilleures explications sur le projet phare qu’est le Metro Express. Le fils avait déclaré, avant les élections de 2014, qu’il y avait boukou cash dans le projet alors que le papa l’avait qualifié de kouyonad.

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