La guerre froide n’est pas finie !

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C’est durant la guerre froide que les Chagos ont été déracinés de Maurice et remis aux Américains en échange des missiles Polaris. C’est dire à quel point l’affrontement entre l’Occident et le bloc soviétique a redessiné la carte géopolitique du monde, en laissant des cicatrices toujours vives. À l’époque, pour avoir son indépendance ou pour survivre économiquement, il fallait choisir un camp ou l’autre. Pas question de «manz banane dan deux bouts». Davantage que Maurice, le continent africain a été — et demeure, à bien des égards, — trituré par le conflit entre les deux superpuissances mondiales, bien des années après la chute du mur de Berlin. Entre-temps, d’autres acteurs, aussi différents que contrastés, sont entrés en scène… dont Poutine et Trump ! Dans un scénario à faire blêmir Ian Fleming ou John Le Carré ! 

Après pratiquement deux années d’enquête, le tant attendu et volumineux rapport Mueller (sur l’ingérence alléguée des Russes dans la joute électorale opposant Donald Trump à Hilary Clinton en 2016) a été rendu public jeudi dernier, mais grandement tronqué par le ministre de la Justice, William Barr (un nominé de Trump). C’est depuis devenu le «talk of the town» non seulement de Washington, DC, mais de tous les États-Unis et des capitales du monde. Il prouve bel et bien que les agents secrets ne sont pas du tout à bout de souffle en ce XXIe siècle. Et qu’avec ou sans WikiLeaks, nous sommes loin d’imaginer ce qui se trame vraiment dans les coulisses du pouvoir international en termes d’«Information Warfare» (qui a pris le relais de la guerre nucléaire)...

Si le procureur spécial Robert Mueller n’a pas exonéré Donald Trump des soupçons d’obstruction à la justice, la Maison Blanche, elle, jubile sur Twitter : «Pas de collusion. Pas d’entrave (à la justice). Game over.» Ces mots sont placés sur une affiche inspirée de Game of Thrones, comme s’il fallait démontrer que la fiction dépasse la réalité. 

La lecture du rapport Mueller requiert une bonne dose de patience, tant les formules sont alambiquées, nuancées, à la fois contre ou en faveur de Trump, à la fois contre les Russes avant d’admettre, au paragraphe suivant, que les preuves ne sont pas suffisantes. C’est comme un film dont le suspense est sans fin. Mais ce que l’on retient, nous, est surtout ce passage : «The evidence we obtained about the president’s actions and intent presents difficult issues that would need to be resolved if we were making a traditional prosecutorial judgment. At the same time, if we had confidence after a thorough investigation of the facts that the president clearly did not commit obstruction of justice, we would so state. Based on the facts and the applicable legal standards, we are unable to reach that judgment. Accordingly, while this report does not conclude that the president committed a crime, it also does not exonerate him.» Mueller ajoute que le président pourrait être poursuivi en justice après son départ de la Maison Blanche. Et quand l’on rassemble ces éléments, il devient clair, à nos yeux, que ce rapport est des plus accablants pour Trump sur le plan de l’obstruction à la justice. 

Mais, entre-temps, les politiques ont récupéré le rapport. Les deux chambres du Congrès sont divisées, voire polarisées. D’un côté, le camp démocrate souhaite poursuivre l’enquête de Mueller avec un objectif clair au bout : le fameux «Impeachment» du president. De l’autre côté, le camp républicain tente de dédramatiser : «Democrats want to keep searching for imaginary evidence that supports their claims, but it is simply not there. It is time to move on.» La solution pourrait être une approche bipartisane, comme durant la guerre froide, afin de contrer collectivement la menace russe. «Unless [there’s] a bipartisan conclusion, an impeachment would be doomed to failure (…) I continue to think that a failed impeachment is not in the national interest», estime Adam Schiff, le president du «House Intelligence Committee», qui compte appeler Mueller dans les jours qui viennent afin de le questionner davantage sur son rapport. 

Les soupçons de collusion de l’équipe de Trump avec Moscou vont rythmer la vie politique des Américains pour de longs mois encore. Cela rappelle, du moins sur le plan de l’engouement médiatique, le Watergate ou l’affaire Lewinski, mais cette fois-ci à une sauce bien plus explosive, soit celle d’espionnage à l’échelle mondiale, à l’ère de Huawei et de WikiLeaks… Restons branchés ! 

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