Foncièrement parlant

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Depuis la nuit des temps, traversant les siècles, les continents et les océans, la question de la terre -son acquisition, son exploitation ou sa dépossession – soulève les passions et enflamme les esprits. Notre pays n’y échappe pas. Mais manifestement, c’est un dossier bien trop complexe pour nos dirigeants politiques insulaires, adeptes du communalisme scientifique, ayant compris que pour gagner les élections, il leur faut caresser les différentes franges de notre électorat – qui ne bouffent pourtant pas le même fromage – dans le bon sens du poil. D’ailleurs, il n’y a qu’à voir comment, après plusieurs jours d’hésitation, ils se sont tous déplacés pour aller s’asseoir (et se faire voir) dans le fauteuil en rotin en face de Clency Harmon, un tantinet grassouillet, allongé sur un mince matelas, faisant avec détermination sa grève de la faim.

Au-delà d’un Land Tribunal, la question de la terre mêle l’esclavage, le colonialisme, l’engagisme, les discriminations, le droit ou le passe-droit avant même qu’ils ne soient couchés sur le papier, le capitalisme et ses travers, les inégalités, les hommes de loi, les arpenteurs jurés, les voleurs et les victimes. À Maurice, si on a finalement eu le courage d’instituer une commission appelée «Truth and Justice» afin de tenter de réparer les crimes (si tant que c’est possible) et d’apaiser les séquelles de l’esclavage et de l’engagisme, d’obscurs lobbies ont fait pression, en 2011, peu après la publication des six rapports de la commission Justice et Vérité (CJV), pour que ceux-ci ne soient pas accessibles dans leur intégralité au grand public, y compris aux parlementaires.

Qui sont donc ces lobbies qui ont intérêt à ce que la réparation des descendants des victimes des crimes fonciers ne soit pas effective ? C’est la question que soulève Vijaya Teelock, un des trois membres de la CJV dans un entretien accordé au Mauritius Times d’hier. «(...) It was clear we had upset many people and many wanted the commission shut down as soon as possible at the time. The proof is the almost immediate closure of access by public to the documents they require to build their case. Who gave the orders to shut down and block access and not even submit all six reports to the National Assembly? Why were the 100 copies printed never distributed to the public libraries and other institutions?»

Vijaya Teelock, adepte de l’Academic Freedom, en rajoute une couche : «Big Question! If you can answer that, you will understand who really pulls the strings in Mauritius.» Serait-ce les mêmes qui bloquent les archives au MGI ?! Peut-être qu’il faudrait une autre grève de la faim, en cette période pré-électorale, pour déverrouiller l’accès à ceux qui veulent cerner le phénomène de l’engagisme et son impact sur les partis politiques…

* * *

Athée, hacker, polémiste aussi adulé que redouté, complotiste inclassable politiquement, l’Australien Julian Assange a été arrêté en fin de semaine par les autorités britanniques. Dans sa main, il tenait fermement un livre de l’écrivain américain Gore Vidal, qui aimait être au centre des controverses. Pour dire le moins, Assange a fait plus fort que Vidal, à tel point que le monde ne sait plus s’il est un héros de la démocratie (il a révolutionné le «whistleblowing» avec WikiLeaks) ou un anarchiste anti-capitaliste qui sème le désordre. Si Edward Snowden, en exil en Russie, parle d’un «jour sombre pour la liberté de la presse», Theresa May, elle, martèle qu’Assange était loin d’être un héros. C’est comme les combattants, certains les perçoivent comme des terroristes et d’autres comme des Freedom Fighters… Foncièrement, c’est une question de savoir de quel côté de la barrière l’on se trouve, n’est-ce pas ?

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