Rama enfin d’accord avec Vishnu

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On dit qu’ils sont cousins mais qu’ils ont rarement été sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la stratégie économique. Rama Sithanen, qui croit aux chiffres, estime qu’il ne peut y avoir de miracle en économie. Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui nous avait surpris en confiant qu’il ne croit pas trop aux chiffres alors qu’il était aux Finances, jure, lui, par des miracles, même si le second miracle économique promis par lui (du temps de Lepep) demeure virtuel. Aujourd’hui, à un tournant de leur carrière et vie respectives, Sithanen et Lutchmeenaraidoo sont finalement d’accord sur la situation économique du pays : il n’y a pas eu d’embellie, les promesses n’ont pas été matérialisées, et la tendance n’est guère réjouissante. Et que pour devenir ce pays à revenus élevés, il ne suffit pas de tenter de dépasser laborieusement la barre des 4 %, mais qu’il nous faut changer de paradigme.

Séparons le buzz des mesures sociales adoptées (augmentation de la pension de vieillesse, introduction du salaire minimum et de la Negative Income Tax) et focalisons sur les chiffres, sans passion, ni visière. En page 7, Sithanen compile, à cet effet, un tableau pour démontrer que «the economic achievements for the four year period (2015- 2018) are well below par».

Comme déjà explicité dans les colonnes de l’express, entre autres par les économistes Ramesh Basant Roi et Eric Ng, Sithanen et Lutchmeenaraidoo réalisent que les gros chantiers infrastructurels (Metro Express et Road Decongestion Programme), même s’ils donnent l’impression d’une économie qui va (du moins pour le secteur de la pierre), ne sont pas, pour autant, synonymes de développement durable. Outre l’importation des matières premières et de la maind’oeuvre, ces travaux d’Hercule bénéficient d’une aide financière de l’Inde qui nous donne, en fait en un «one off», bien moins que ce que l’on perd, de manière durable, avec la révision du traité de non-double imposition. De plus, même si on prétend le contraire avec l’illusion des Special Purpose Vehicles, la dette publique atteint des sommets qui sont bien loin de la promesse de 50 % du PIB faite en 2015 – selon le calcul du FMI, elle est au-delà de 70 % du PIB.

Sithanen estime que la honte de Lutchmeenaraidoo est plus que justifiée par les chiffres. Si Lepep avait promis une croissance de 5,5 % par an, la moyenne pour ces quatre ans est de 3,75 %. Si on nous avait prédit un revenu par tête de $ 13 500 en 2018, nous en sommes à $ 11 180. Si on devait augmenter par 20 000 le nombre d’emplois créés chaque année, les statistiques démontrent que seulement 3 200 emplois ont été créés annuellement. En termes d’investissement, on annonçait que ce serait de l’ordre de 25 % du PIB, mais il est tombé à 17,7 %. Pour ce qui est du Foreign Direct Investment, on se gargarisait d’un montant de quelque Rs 28 milliards par an, mais jusqu’ici on a attiré moins de Rs 14 milliards… Et pour le secteur manufacturier, la défunte alliance Lepep avait promis d’inverser la tendance baissière et de la ramener à 25 % du PIB, mais triste est de constater que le secteur est à 12,3 % du PIB, et ce, alors que la balance commerciale affiche, en 2018, un déficit de Rs 112 milliards (22,2 % du PIB !) alors qu’il était, en 2015, à Rs 74,7 milliards (16 % du PIB).

Le tableau, au niveau sectoriel, était déjà assombri avec le sucre, le textile et les services financiers qui ont perdu leurs privilèges d’antan et qui risquent de ne jamais retrouver leur compétitivité. Maintenant vient se greffer le tourisme, qui en est à son troisième mauvais mois consécutif, et qui donne des signes d’essoufflement et de panique (avec Gayan qui pointe Air Mauritius du doigt).

Le gouvernement a commencé sa législature avec des promesses économiques. Il la termine avec un chapelet de prétextes sur fond de campagne électorale…

***

Alors que le public s’arrache les cheveux en prenant connaissance de la maladministration chronique au sein des compagnies d’État comme Air Mauritius, la State Bank of Mauritius et la National Insurance Company, ne voilà-t-il pas que le président d’un de ces conseils d’administration vienne s’en prendre à l’un de nos journalistes économiques qui ne fait pas dans la complaisance. Comme les explications peu convaincantes de Georges Chung sur le Metro Express, on arrive difficilement à comprendre comment Kee Chong Li Kwong Wing, en professionnel de la finance, accepte d’encaisser des sommes astronomiques de la State Bank sans pour autant engager sa responsabilité (alors même qu’il est membre du Risk Management Committee de SBM Holdings Ltd), face à la déconvenue financière de l’organisme qu’il dirige qui se chiffre en milliards. En termes de «pa mwa sa, li sa», il y a, dans ce domaine, au moins, un pic sans précédent…

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